Les femmes à l’assaut de l’espace

La première sortie 100% féminine souligne à quel point les femmes astronautes restent une denrée rare. Des différences physiologiques se manifestent mais les études sont encore partielles.

Jessica Meir (à g.) et Christina Koch (à dr.) se préparent pour leur sortie de la Station spatiale internationale, vendredi 18 octobre.

Jessica Meir (à g.) et Christina Koch (à dr.) se préparent pour leur sortie de la Station spatiale internationale, vendredi 18 octobre. Image: NASA/Keystone

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Vendredi 18 octobre aura été une journée de travail pas tout à fait comme les autres pour Christina Koch et Jessica Meir. Trois jours plus tard, micro en main lors d’une conférence de presse donnée en apesanteur depuis la Station spatiale internationale (ISS), les deux astronautes ont admis la portée historique de leur mission, mais aussi avoir bossé comme elles l’ont toujours fait, sous-entendu, lors d’opérations menées avec des collègues masculins.

Les deux Américaines composent en effet le premier tandem exclusivement féminin de l’histoire à avoir effectué une sortie dans l’espace. Durant plus de sept heures, arrimées à l’extérieur de l’ISS, elles ont mené une opération de maintenance, qui consistait à remplacer un système de recharge de batteries électriques.

Un événement dont les images ont été retransmises dans le monde entier, et qui a donné lieu à une cascade de réactions, dont un tweet d’Hillary Clinton confiant que, petite fille, elle avait écrit à la NASA pour leur dire qu’elle rêvait de devenir astronaute, avant de recevoir une fin de non-recevoir de la part de l’agence américaine, car les filles n’étaient pas admises.

C’était il y a un bout de temps, mais si les femmes astronautes sont aujourd’hui sous les feux projecteurs, elles restent une denrée rare. Et là-haut, elles s’exposent encore à de drôles de couacs, comme en mars dernier, lorsque la première sortie 100% féminine avait dû être repoussée parce qu’il manquait, à bord, une combinaison de la bonne taille.

Une femme sur la Lune?

L’exploration spatiale est un bastion masculin, «longtemps resté réservé aux militaires, aux pilotes d’essai», comme le rappelle Alain Cirou, directeur de la rédaction du magazine «Ciel et Espace» et de l’Association française d’astronomie.

Aujourd’hui, pourtant, les femmes occupent le devant de la scène: à côté du tandem Koch/Meir, les Américains martèlent leur intention d’envoyer une femme sur la Lune, d’ici 2024, et viennent de présenter leurs nouvelles combinaisons mettant en avant… une femme (voir encadré).

Une stratégie qui laisse Alain Cirou un peu sceptique. «L’espace est aujourd’hui un domaine de communication extrêmement puissant, relève-t-il. Il faut des femmes dans l’espace, oui, mais rappelez-vous que la deuxième personne à y être allée était déjà une femme.

C’était Valentina Terechkova, en 1963. Elle a malheureusement essuyé, après Gagarine, tous les problèmes, car si lui n’a réalisé qu’une fois le tour de Terre – sa mission n’a duré qu’une heure trente, pas assez pour se rendre compte que l’espace n’est pas fait pour l’être humain – Terechkova, elle, est restée quatre jours en orbite. Elle en a été violemment malade.

On découvrira plus tard que beaucoup de gens sont sensibles à ce qu’on appelle le mal de l’espace. Mais les dirigeants soviétiques de l’époque n’ont pas du tout aimé ça et ont décrété que l’espace n’était pas fait pour les femmes».

Cet avis est assez largement partagé alors. Il faudra attendre une vingtaine d’années avant de voir des femmes astronautes.

La cosmonaute russe Svetlana Savitskaya décollera en 1982 et l’Américaine Sally Ride, en 1983. Sur le point de partir pour un séjour de sept jours, cette dernière avait reçu un pack de cent tampons hygiénique, ainsi qu’une trousse de maquillage.

Au-delà de l’anecdote, Alain Cirou estime que si «aujourd’hui, le souci de la parité, de l’égalité prévaut, les femmes vont dans l’espace depuis longtemps et depuis longtemps, elles ont démontré qu’elles sont aussi capables que les hommes de réaliser des travaux à l’intérieur et à l’extérieur des stations spatiales. Le vrai problème, estime-t-il, c’est l’accès aux domaines scientifique et technologique, qui reste un obstacle culturel». D’ailleurs, les femmes constituent à peine 10% des effectifs des astronautes dans le monde.

Jessica Meir a rejoint l’ISS en septembre, alors que Christina Koch s’y trouve depuis le mois de mars. Cette ingénieure née dans le Michigan doit y passer 328 jours, soit la plus longue mission jamais réalisée par une femme, et permettre de collecter de nouvelles données physiologiques utiles, notamment, pour planifier des vols ou séjours de longue durée dans l’espace.

Les observations recueillies jusqu’ici – peu abondantes du fait du petit nombre de femmes astronautes – montrent néanmoins quelques différences selon le genre. Les femmes semblent souffrir plus d’intolérance orthostatique, qui se traduit par plus grande difficulté à tenir sur leurs jambes immédiatement après un vol en microgravité – peut-être parce qu’elles possèdent une résistance vasculaire moindre dans le bas du corps. Par ailleurs, face au stress, elles répondent plutôt par une hausse du rythme cardiaque, alors que les hommes présentent une hausse de la résistance vasculaire.

Elles connaissent, en outre, moins de problèmes de déficience visuelle liée à la pression intracrânienne que les hommes. Quant au fameux mal de l’espace, il est plus marqué chez elles lors du passage vers la microgravité, alors que les hommes en souffrent surtout au moment du retour sur Terre.

Enfin, les femmes, plus sensibles aux radiations, seraient plus susceptibles de développer des cancers induits par les rayonnements cosmiques.

La pilule pour tout le voyage

Beaucoup de questions restent encore ouvertes, y compris en matière de santé reproductrice. Mais on sait qu’un voyage dans l’espace réduit provisoirement la concentration de spermatozoïdes, ainsi que le niveau de testostérone, chez les hommes.

Du côté des femmes, celles qui ont donné naissance à des enfants après un séjour dans l’espace n’ont pas présenté plus de complication que la moyenne. Quant aux menstruations, elles ne changent pas. En tout cas elles ne refluent pas comme ont pu le prétendre certains pour recaler les candidatures féminines.

N’empêche, il faut les gérer là-haut, et ce n’est pas une mince affaire. Dans l’ISS, par exemple, la plupart des WC recyclent l’urine en eau potable et ne tolèrent pas le sang. Beaucoup d’astronautes choisissent donc de ne pas avoir leurs règles durant leur mission, relève la gynécologue Varsha Jain, auteure d’une étude sur la question, en 2016. Elles prennent ainsi la pilule en continu. Pour un aller-retour vers Mars (trois ans), prévoyez 1100 comprimés, s’est amusé à compter la gynécologue, qui pencherait plutôt pour un implant sous-cutané.

La cohabitation entre hommes et femmes fait aussi l’objet d’études, de simulations en milieu isolé. «Il y a des discussions et des expérimentations qui portent sur la composition des équipages, notamment dans le cadre d’un voyage vers Mars, observe Alain Cirou. Il s’agit de déterminer ce qu’est un bon équipage. Est-ce un équipage composé d’un nombre équivalent d’hommes et de femmes? Et quid du rang hiérarchique? Une femme peut-elle commander un équipage d’hommes?» Sans parler des couples…

Créé: 01.11.2019, 11h23

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Les Américains présentent la nouvelle combinaison unisexe


Les nouvelles combinaisons unisexes de la NASA devraient être utilisées en 2024.

En attendant le grand voyage vers Mars, les Américains répètent à l’envi que le premier homme à re-marcher sur la lune sera une femme. Lors de la présentation officielle des nouvelles combinaisons spatiales, la semaine dernière, c’est donc une femme, l’ingénieure de la NASA Kristina Davis, qui a endossé le prototype baptisé xEMU – acronyme anglais pour l’unité mobile d’exploration extravéhiculaire.

La combinaison doit fournir de l’oxygène, évacuer le CO2 et réguler la température dans des conditions extrêmes, entre autres, tout en offrant plus de confort et de mobilité. Moins rigides et unisexes, ces nouveaux modèles seront portés par les astronautes du programme Artemis – baptisé en référence à la sœur jumelle d’Apollon dans la mythologie grecque – dont l’objectif est de fouler la lune en 2024.

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