Les filles de joie déclarent la guerre aux salons clandestins

Deux ans après que Payerne (VD) a mis un frein à ses maisons closes, les prostituées disent souffrir d’une concurrence déloyale.

L’un des rares salons ayant survécu au nouveau règlement et à la mise aux normes dénonce le manque de fermeté des autorités locales dans la répression de la prostitution clandestine. Image: Patrick Martin

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Derrière les portes des maisons closes de Payerne, l’ambiance n’est plus rose du tout. Plutôt rouge vif.

«Pas assez répressif», «mal appliqué», «trop gentil»… Le très discret milieu du sexe tarifé dénonce ouvertement le règlement communal entré en vigueur il y a plus de deux ans dans la cité de Berthe. Ironie de l’histoire, c’est ce même règlement qui a fait fermer définitivement vingt-trois des quelque trente maisons closes autrefois connues en ville.

La prostitution était devenue ingérable au dire des autorités. Certains salons avaient essaimé dans des bâtiments entiers du centre. L’immeuble du King’s Pub, celui de l’ancienne école catholique… Avec pignon sur rue et des images sans ambiguïté affichées à l’entrée, ces maisons avaient fait de Payerne un incontournable du sexe tarifé en Suisse romande. Une réputation peu flatteuse pour une ville autrement plus ambitieuse.

Ce règlement ne tolère plus que les établissements patentés, en affectation commerciale, et uniquement loin des endroits sensibles. Mais aujourd’hui, la petite poignée de salons ayant survécu aux descentes de police et aux longues démarches de mise aux normes critique le résultat. Notamment une des figures de la place, «maîtresse Xena», sympathique et déterminée tenancière d’un petit salon sadomasochiste, discrètement installé dans une rue résidentielle. «Il y a un gros problème. On compte sur nous pour dénoncer les salons clandestins qui ouvrent par-ci, par-là. Mais est-ce que c’est à nous de faire ça? De se mettre les gens à dos? Ce n’est plus tenable. Les petits, comme nous, on va finir par disparaître au profit des réseaux organisés. Ce n’était pas ça le but.»

Ce que la mère de famille et son associé dénoncent, c’est la trop grande vivacité d’une concurrence déloyale: ces dizaines de petites annonces cachées sur les honnêtes sites généralistes ou seuls connus des connaisseurs. Sofia, brune exotique. Paloma, vraie cochonne. Michelle, belle Latine, etc. Une autre, «discrétion garantie», reçoit dans son appartement du centre-ville en semaine, au tarif de 80 francs la demi-heure. Le week-end, seulement sur rendez-vous.

Adresses fictives

Très volatile, réactive, répartie dans des logements aux propriétaires peu regardants ou dans des hôtels (l’une d’entre elles aurait même installé ses activités au camping, à en croire son annonce en ligne), la prostitution n’a donc pas quitté Payerne. L’endroit reste une référence. Certaines prostituées y ont même des adresses fictives, pour capter les habitués. «Tout le monde a le droit de vivre, réagit une clandestine. Ceux qui dénoncent feraient mieux de se mêler de leurs affaires.» Ambiance.

En régression pour les uns, en augmentation pour les autres, la prostitution non déclarée n’est pas inconnue des autorités locales. «C’est un phénomène difficile à évaluer, ça dépend aussi des sensibilités et surtout du point de comparaison, réagit le municipal chargé du dossier, Eric Küng. Ce qu’on voit, c’est que les gens se plaignent moins des odeurs et du bruit.»

«On ne voit pas tout, soupire «maîtresse Xena», d’origine brésilienne. Si l’une d’entre elles se fait avoir, c’est quelques francs d’amende. Pas assez dissuasif. Ces salons arrivent facilement à éviter la police, et nous, on s’épuise à les dénoncer. C’est injuste, poursuit la tenancière. Nous mettre aux normes, trouver des assurances, jouer le jeu, nous a coûté des dizaines de milliers de francs. À côté, ils renoncent à empêcher les clandestines qui posent réellement problème. On est des professionnels. Elles, des personnes vulnérables qui finissent par plonger. Il se passera quoi le jour où il y a un accident dans un immeuble rempli d’enfants?»

Priorité à la prévention

Les autorités nuancent. «On ne passe pas notre temps à chasser des gens, concède le municipal payernois. Par contre on a besoin de partenariats, des régies et des salons déclarés. Nous prenons toutes les informations qui nous parviennent et nous réagissons de manière systématique. Mais on ne peut pas être partout. La mission des deux assistants de sécurité publique que nous allons engager sera notamment de regarder ce qui se passe.» Quant au montant des amendes, l’élu renvoie au cadre légal. Même réaction de la police vaudoise, qui précise, via son chargé de communication Pascal Fontaine, «donner suite à chaque signalement». En sachant toutefois que la priorité des services reste de s’assurer des conditions de travail des prostituées, et non la chasse aux activités clandestines. «Il s’agit d’une population vulnérable, nous privilégions des efforts sur la prévention et l’information.»

L’avenir dans les ruelles payernoises? Certaines prostituées le voient simplement ailleurs. Ou alors en restant sur place, arguant que les rancunes internes auront rendu la situation plus difficile encore. La Commune préfère rester positive. «Ces activités répondent à un besoin, mais avec ce règlement, nous avons réussi à mettre un cadre, souligne Eric Küng. Quant à celles qui sont non déclarées, elles finiront par s’essouffler.» (TDG)

Créé: 01.12.2018, 23h00

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