Elle fournit les armes, son fils les revend à l'école

Importé d’Amérique du Sud, un arsenal «softair» aurait transité par le préau d’un collège privé. Une mère et son fils ont été condamnés.

Les armes softair tirent des petites billes de plastique 
et sont considérées, en Suisse, comme de vraies armes. Elles ne peuvent donc pas être détenues par des mineurs.

Les armes softair tirent des petites billes de plastique et sont considérées, en Suisse, comme de vraies armes. Elles ne peuvent donc pas être détenues par des mineurs. Image: Urs Jaudas/Keystone

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Le site internet de l’établissement privé accueillant la jeunesse de la Riviera vante son enseignement de qualité, respectueux du potentiel de ses élèves et attentif à dispenser une éducation bienveillante. Mais dans le préau de l’établissement, un drôle de trafic aurait eu lieu entre 2016 et 2017.

Dingue de combats à l’arme fictive, un étudiant aurait revendu des armes «softair» à des camarades. Au nez et à la barbe des enseignants, racontent deux anciens étudiants. «À l’extérieur de l’établissement», assure son directeur.

Il n’en reste pas moins que la mère de ce garçon, épouse d’un haut cadre d’une multinationale basée dans la région, a été condamnée récemment par le Ministère public de l’Est vaudois à des jours-amendes, doublés d’une peine pécuniaire de quelques centaines de francs, pour avoir importé à au moins deux reprises des armes softair.

Les Rambos

Ces répliques destinées aux loisirs, mais considérées comme de vraies armes en Suisse, auraient équipé un groupe d’ados fréquentant l’établissement privé, qui jouaient les Rambos dans les bois des hauts de la Riviera. Ressemblant à s’y méprendre à des vrais, ces pistolets et fusils doivent faire l’objet d’une déclaration auprès d’instances officielles et ne peuvent être détenus par des mineurs (lire l’encadré).

Chose que ces férus du tir à la bille de plastique préféraient ignorer: «Je me doutais bien que ce n’était pas légal. Mais à l’époque, j’étais surtout un gars qui avait envie de s’éclater, je ne voulais pas y penser», raconte Arthur*.

Arthur, c’est celui par qui l’affaire a éclaté. Surpris aux abords de l’école avec un pistolet factice en février 2017, il avait déclenché une opération policière d’envergure, débouchant sur une saga médico-judiciaire kafkaïenne (Lire encadré). Le tout s’était achevé par son renvoi du collège. Bien qu’ils aient été une dizaine d’étudiants du collège à s’adonner à ce sport, il est le seul à avoir subi cette sanction.

«Je ne suis pas de nature à accepter que mon fils serve de bouc émissaire», s’énerve le père d’Arthur. Après avoir attaqué l’école, litige réglé en conciliation, il n’a jamais obtenu l’égalité de traitement à laquelle il aspirait.

Un élève renvoyé

«Cet élève est le seul que l’enquête de police a permis d’identifier formellement comme ayant possédé une de ces armes», se défend le directeur de l’école en question. Quid du fils de l’importatrice sud-américaine, pourtant sanctionné par la justice des mineurs?

«Je n’ai pas eu connaissance de condamnations, on ne nous a pas tenus au courant de toute l’enquête de police, affirme encore le directeur. Et si ces personnes avaient rapporté des armes dans leurs bagages, c’est sans doute en méconnaissance de la loi suisse.»

L’ordonnance pénale de la procureure Myriam Bourquin invalide cette supposition: «L’Office fédéral de la police édite une brochure intitulée «Législation suisse sur les armes», accessible très facilement sur internet», y est-il argumenté. La magistrate exclut la négligence et souligne que la convoyeuse ne s’est pas contentée d’un unique transport. Sachant que ces objets étaient problématiques, elle en a à nouveau emporté dans ses valises, à son retour des vacances de Noël 2016.

Les armes retrouvées dans ces bagages auraient été commandées par des élèves, assure Arthur, qui avait investi une centaine de francs dans le pistolet à l’origine de sa mésaventure: «Avant de partir en vacances, notre camarade avait pris les commandes. On était quelques-uns à avoir demandé différentes choses, des armes softair, mais aussi des couteaux ou des gilets pour ranger le matériel. Quand ensuite il y a eu l’enquête de police, j’ai couvert tout le monde alors qu’ils se sont détournés de moi. Je l’ai assez mal vécu», relate celui qui a dû terminer ses études ailleurs et passer une batterie de tests innombrables pour pouvoir accomplir son école de recrues.

Au collège, la page est tournée. «Lorsque cette affaire a eu lieu, nous avons directement mis les points sur les i, se remémore le directeur. Les élèves concernés ont eu une séance d’information et une communication a été adressée aux parents. Nous avons rappelé la législation.»

Depuis lors, le règlement de l’établissement a été affiné, sans pour autant mentionner explicitement les armes: «Il stipule désormais clairement que les infractions à la loi en général, dans ou hors de l’enceinte de l’école, sont punissables. Par exemple par une expulsion temporaire ou définitive», affirme le directeur.

Enjeu caché?

Y a-t-il eu un enjeu sous-jacent justifiant une éventuelle inégalité de traitement entre élèves du collège? C’est ce que pense le papa d’Arthur: «À cette époque, Nestlé avait décidé de supprimer sa subvention pour les écoles privées et beaucoup d’élèves avaient quitté l’école. La direction ne voulait probablement pas prendre le risque d’en perdre davantage.»

Le directeur de l’institution privée dément: «Nestlé n’avait pas et n’a toujours pas supprimé le versement des subsides aux familles expatriées, mais a mis en place dès 2015 des montants forfaitaires, identiques quelle que soit l’école, et qui ne couvrent pas forcément la totalité des écolages. Nous n’avons pas constaté de départ massif d’élèves dû à ce changement.»

*Prénom d’emprunt


Un quiproquo met le feu aux poudres

L’affaire avait mis la Riviera vaudoise en émoi en février 2017. Surpris avec son pistolet factice non loin de son collège, Arthur* avait été signalé par une camarade inquiète.

Résultat, un imposant déploiement policier, y compris le détachement d’action rapide et de dissuasion (DARD) de la police cantonale vaudoise. Le jeune garçon, alors pas encore majeur, est conduit au poste de gendarmerie de Rennaz, où il est maintenu durant sept heures. Tour à tour soupçonné d’avoir voulu se suicider ou prendre part au djihad en Syrie, le garçon qui souffre de migraines ophtalmiques inquiète les policiers par son attitude.

Un placement à des fins d’assistance (Plafa) est ordonné. À 16 ans, Arthur est conduit menotté à l’Hôpital psychiatrique de Nant, dans un secteur adulte. Deux ans plus tard, le père d’Arthur ne décolère pas. «Nous sommes dans la surréaction, devant une mécanique délirante où, à aucun moment, quelqu’un n’a réussi à se dire que quelque chose déconnait… Mais il ne m’a pas été possible de calmer les choses, le dialogue m’a été systématiquement refusé.»

L’avocat de la famille s’est battu bec et ongles pour faire sortir Arthur de l’hôpital après trois jours, au lieu des trois semaines préconisées initialement. Depuis, Arthur a pu reprendre le cours de sa vie, mais, relate son père «les conséquences ont été lourdes et longues».

Créé: 16.11.2019, 22h48

Les armes softair, pas si inoffensives

La loi suisse considère les armes softair comme de vraies armes, au motif que ces répliques ressemblent à s’y méprendre à de vraies.

«Par ailleurs elles peuvent occasionner des blessures, rappelle Alexandre Bisenz, porte-parole de la police cantonale vaudoise. Elles tirent de petites billes en plastique, mais vont très, très vite. On n’est pas sur un jouet.»

Il faut donc être majeur pour en acquérir et remplir une déclaration auprès de l’armurier, transmise au bureau cantonal des armes, doublé d’une copie de la carte d’identité et d’un extrait de casier judiciaire.

Venant de l’étranger, l’importation d’une arme doit faire l’objet d’une annonce à l’Office central des armes de Berne, qui vérifie ensuite l’identité et les références du détenteur auprès du canton de domicile.

Le jeu de softair est principalement autorisé en intérieur, où un mineur pourrait s’y adonner en empruntant une arme, pour autant qu’il soit membre d’un club. Le jeu en extérieur est aussi soumis à autorisation, auprès d’un garde forestier, par exemple.

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