Grâce à son smartphone, l’usager pourra se passer de billets

Plus de 1,7 million de personnes utilisent chaque jour train, bus, tram ou bateau en Suisse. L’an prochain, tous pourront emprunter le moyen de transport de leur choix sans devoir préparer leur itinéraire. Une première mondiale.

Avec Fairtiq, les CFF innovent. Les usagers des transports publics pourront voyager dans tout le pays, sans s’interroger sur le choix de leur titre de transport.

Avec Fairtiq, les CFF innovent. Les usagers des transports publics pourront voyager dans tout le pays, sans s’interroger sur le choix de leur titre de transport. Image: Christof Schuerpf/Keystone

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Les usagers des transports publics pourront vivre une véritable libération l’an prochain, en Suisse. Ils pourront en effet voyager dans tout le pays, sans s’interroger sur le choix de leur titre de transport. Et cela même sans appartenir à l’élite des 490'000 titulaires du fameux «abonnement général».

Après une expérience de plus de deux ans, à laquelle ont participé quelque 200'000 volontaires sur plus de 1,715 million de personnes utilisant chaque jour les transports publics en Suisse (chiffre 2017 de l’OFS), c’est décidé: en 2020, grâce à son smartphone, tout le monde pourra se doter d’une application appropriée et payer son trajet après être arrivé à destination. Et cela, au meilleur prix! À condition, toutefois, de se mettre à nu pendant tout le voyage.

Comment ça marche? Nous montons dans un train, un tram, un bus, un bateau de n’importe quel lac, une Mouette genevoise, la ligne 4 du tram de Zurich ou un trolleybus des TL (Transports publics de la région lausannoise). Après le tout premier départ, nous dégainons notre smartphone, effleurons le logo de l’application obtenue en écrivant son nom sur la barre de recherche du magasin d’applications, puis effectuons une seconde fois ce geste sur le mot «start». À partir de ce moment-là, nous sommes localisés grâce au smartphone et disposons d’un titre de transport valable jusqu’à destination. Et nous sommes libres!

Nous pouvons en effet nous rendre où nous voulons. Nous pouvons multiplier les rendez-vous – personnels, professionnels, avec nos clients –, changer nos projets selon notre humeur ou les ordres de nos supérieurs, et ce, sur tout le territoire. L’application étudie en effet les grilles de seize communautés tarifaires, auxquelles se réfèrent actuellement 247 compagnies de transports publics en Suisse. Puis elle nous décoche le meilleur prix possible en fin de journée, ou dans la nuit, entre minuit et 2 heures du matin, lorsque les passagers les plus gourmands en kilomètres ont eux aussi actionné le curseur de leur smartphone sur «stop».

Les deux rivaux

Voilà! C’est tout. Il s’agit d’un système de post price ticketing, ou billetterie automatique en bon français, toutefois moins usité. Cette immense simplification de la vie du voyageur sera étendue à l’échelle de tout un pays, pour la première fois dans le monde, l’an prochain.

«Aucune date précise n’est encore fixée à ce jour, mais nous pouvons déjà confirmer que le système sera intégré à notre propre application mobile l’an prochain», indique Frédéric Revaz, porte-parole des CFF. Mais la prise de risques de l’ex-régie fédérale est raisonnable, puisque le post price ticketing est testé en Suisse depuis deux ans et demi, avec les applications Lezzgo, de la compagnie de chemins de fer BLS, et Fairtiq, de la start-up bernoise homonyme. Les CFF ont pour leur part mené leurs propres expériences avec Fairtiq, dirigée par Gian-Mattia Schucan, physicien et ex-manager aux CFF de 2007 à 2013.

Mais si ces deux partenaires ont apporté un immense confort dans la vie des voyageurs, ceux-ci ont dû consentir un effort significatif de transparence. Rappelons que l’accès aux apps passe par des smartphones, dotés de capteurs de déplacement, qui permettent leur localisation. Les détenteurs de smartphones choisissent certes d’activer ou non les capteurs, mais le partenaire bernois des CFF exige que le passager «autorise toujours» la localisation quand il voyage.

Cette disposition inspire d’ailleurs quelques préoccupations au responsable de politique économique de la Fédération romande des consommateurs, Robin Eymann: «Les entreprises de transport auront accès à des données très sensibles. C’est la raison pour laquelle ces données ne doivent servir qu’à la facturation des prestations délivrées et en aucun cas à d’autres fins. Le préposé fédéral à la protection des données examine d’ailleurs de très près ces évolutions.»

Détection des fraudeurs

Fairtiq prévient toutefois que les capteurs ne sont pas seulement des sources d’information vouées à la facturation: «Les données recueillies sont également traitées aux fins de lutte contre les fraudes.»

Lorsque l’intelligence artificielle détecte un départ indiqué tardivement ou, au contraire, une arrivée à destination annoncée prématurément, Fairtiq adresse un message aux contrevenants pour les rappeler à l’ordre. À notre connaissance, de tels incidents se sont produits à plusieurs centaines de reprises pendant les deux ans d’essais, et la société a exclu quelques récidivistes de sa clientèle.

Les technologies contre la resquille tendent à se perfectionner, mais les aspects commerciaux ne sont pas ignorés non plus.

«Les données relatives aux trajets sont conservées pendant douze mois pour les services après-vente. Une anonymisation de ces données est ensuite effectuée de manière à empêcher toute déduction de l’identité des clients», tient à nous rassurer la direction de Fairtiq. Quoi qu’il en soit, le partenaire des CFF et son mandant mènent évidemment leurs activités en respectant les dispositions légales, suisses et européennes, relatives à la protection des données.

Entre les soucis légitimes de protection de sa vie privée et un espoir de baisse raisonnable des prix à moyen terme, dans quel sens le cœur des consommateurs balancera-t-il? Verdict l’année prochaine.

Créé: 05.10.2019, 22h33

«Des baisses de tarifs sont logiques. À compter de 2021»

En faisant faire leur travail par leur clientèle et les machines, les entreprises qui digitalisent leurs services réduisent leurs coûts d’exploitation.

C’est tellement vrai que Fairtiq, partenaire des CFF lors des premières expériences de post price ticketing, ou billetterie automatique, a d’emblée présenté son application comme «une solution idéale de distribution des titres de transport, avec des coûts avantageux».

De plus, la vente de billets par l’application de cette start-up bernoise accroît l’efficacité des contrôles. Ce dispositif fonctionne en effet en corrélation avec les capteurs de déplacement des smartphones de chaque voyageur, lesquels doivent en tout temps être activés pendant le voyage. Sous peine d’être privés de voyage sans ticket!

«Le contrôle efficace des titres de transport garantit les recettes», se félicite la direction de Fairtiq, start-up se distinguant depuis plusieurs années dans l’exportation de ses applications mobiles (en Autriche, Allemagne, Finlande).

Les deux compagnies de chemin de fer suisses les plus engagées sur la voie du post price ticketing, CFF et BLS, nient pourtant toute perspective de réduction de leurs coûts dans la distribution ou les contrôles. Il paraît donc inutile d’espérer dans l’immédiat une baisse de leurs tarifs.

Porte-parole des CFF, Frédéric Revaz ne cache pas pour autant le féroce appétit de la société en données: «Si nous savions où et quand nos clients montent et descendent des trains, à quelles heures ils circulent, nous pourrions personnaliser nos offres.»

Le cadre légal n’autorise toutefois pas encore l’exploitation de tels éléments.

Dans leur volonté d’être compétitifs, les CFF doivent en plus tenir compte d’un ordre du Surveillant des prix, Stefan Meierhans, daté du 29 mai: «Il est nécessaire de baisser les tarifs dans l’ensemble des transports publics, si l’on vise des prix équitables. Ces baisses tarifaires sont dans la logique des choses, à compter de 2021» Tout en précisant: «Les trains constituent le socle du trafic longue distance et du trafic régional, trafic local inclus.»

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