La guerre des trottoirs s'envenime

La cohabitation se complique. Les engins électriques n’arrangent rien. Des associations dénoncent le laxisme des autorités.

À Lausanne, de nouveaux pictogrammes appellent à la vigilance dans les zones mixtes piétons/vélos.

À Lausanne, de nouveaux pictogrammes appellent à la vigilance dans les zones mixtes piétons/vélos. Image: Yvain Genevay

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Le trottoir n’appartient pas à tout le monde. L’article 43 de la loi sur la circulation routière ne laisse planer aucun doute: les trottoirs sont à l’usage des… piétons. La Fédération suisse des aveugles et malvoyants (FSA), à l’instar du Genevois Joël Favre, en fait aujourd’hui un combat majeur:

«Nous voulons que la loi soit appliquée par la police. Les nouveaux véhicules électriques n’ont pas le droit de rouler sur les trottoirs. Nous sommes frôlés par des véhicules très rapides que nous n’appréhendons que trop tard. Nous sommes toujours sur le qui-vive sur une surface où nous sommes censés justement pouvoir enfin être relax.»

Sandrine Burger est la porte-parole de la Fédération suisse des sourds et malentendants:

«C’est un fait de société et nous devons commencer à le thématiser: de plus en plus de monde circule partout. Pour les sourds, c’est véritablement dangereux lorsque les conducteurs viennent de derrière.»

Joël Favre invoque ce thème si cher à la Suisse: la sécurité.

«Dans la balance, il faut mettre cette sécurité des piétons, des aveugles, des enfants, des personnes âgées par rapport au fun ou au plaisir de se présenter comme une personne cool et moderne.» L’actualité lui donne malheureusement raison. Jeudi soir, un enfant à trottinette de 5 ans a été heurté à Bex (VD) et son pronostic vital est engagé.

Des piétons à bout de nerfs

Ce sont évidemment les villes les plus densément peuplées qui rencontrent le plus de problèmes. À Lausanne, les piétons sont à bout de nerfs. Georges a la septantaine. Il y a un mois, il a été heurté légèrement et a bien failli tomber. «Heureusement que ce jeune a freiné à temps. Le choc a été un peu contenu. Mais j’ai eu très peur.»

Quelques rues plus loin, une autre habitante:

«J’ai un vrai problème avec ces engins qui foncent sur les trottoirs. J’habite dans une rue en pente qui descend vers le lac. Parfois, je sors de chez moi, et moi et mon chien, on se retrouve à deux doigts de l’accident. Il y a une insouciance liée à la vitesse et cet espace censé appartenir aux piétons.»

Non loin de la gare, une quadragénaire dénonce:

«Ces véritables petits bolides se croient tout permis. Chaque jour, on est confronté à cette cohabitation forcée. C’est insupportable, il faut que cela cesse.»

Que font nos villes pour améliorer le quotidien des usagers? Récemment, de nouveaux pictogrammes ont été apposés sur le sol au centre-ville de Lausanne. «Respect, vitesse adaptée.» En bleu pétant, ce pictogramme illustre la problématique.

«Toutes les zones de mixité entre les piétons et les vélos sont concernées, assure Sébastien Jost, chargé de communication à la Ville. Lorsque des policiers constatent des comportements inadéquats, ils agissent, lorsque l’interception est possible et opportune. Cela peut aller du message de prévention à la mise en garde ou à l’amende.»

Lausanne mise aussi sur une prévention accrue, et pas seulement auprès des écoliers. «Il pourrait se révéler bienvenu de développer des actions de sensibilisation auprès des adultes souvent moins réceptifs que les plus jeunes.»

Repenser l’espace public

Conseiller administratif en charge de l’Aménagement à Genève, Rémy Pagani s’appuie sur des études réalisées dans des villes européennes.

«D’une manière générale, les propriétaires de trottinettes et vélos électriques ont tendance à adopter une conduite raisonnable. Ce sont les utilisateurs ponctuels qui peuvent se sentir grisés par un sentiment de liberté et exposer les autres usagers à des risques considérables.»

Patrick Lacourt, architecte et membre du comité de la section genevoise de l’association Mobilité piétonne, en est persuadé. Il faut repenser l’espace.

«En ville, la voiture devra céder de l’espace aux autres usagers. Elle le fait déjà pour les transports publics. Il devrait y avoir des pistes cyclables partout. Certains urbanistes prétendent que tout le monde devrait partager le même espace, qu’il ne faut plus diviser la chaussée. Vous imaginez? Ça deviendrait un western invivable.»

Joël Favre va dans le même sens. «Il faut des espaces séparés. Les simples marquages au sol ne suffisent plus.»

Créé: 16.06.2019, 15h28

Les cyclistes se sentent en danger

Patrick Rérat, Chercheur et professeur à l’Université de Lausanne, spécialiste en mobilités, auteur du livre «Au travail à vélo…» (Éd. Alphil)

Votre enquête, menée auprès de 14 000 participants cyclistes de toute la Suisse, montre que la pratique du vélo rencontre aussi des problèmes. Lesquels?

De nombreux cyclistes se sentent menacés sur le trajet domicile-travail par les automobilistes (refus de priorité, dépassement trop proche, etc.). La Suisse romande est particulièrement concernée. Plus d’un tiers des Lausannois ou Vaudois ne se sent pas en sécurité sur la route. Ils sont plus de la moitié dans les villes de Genève et de Lausanne.

Selon votre livre, l’infrastructure est déficiente…

Elle n’est encore que peu présente. Les itinéraires cyclables sont rarement continus ou ils s’arrêtent souvent là où ils seraient le plus nécessaires. Le type d’intervention privilégié est la bande cyclable marquée au sol. Le problème, c’est qu’elle ne protège pas physiquement les cyclistes.

Que faudrait-il entreprendre pour rendre les trottoirs aux piétons?

Ils sont les plus vulnérables. Toutefois, il faut avoir une vision plus globale de la mobilité en ville et la place que l’on donne aux différents moyens de transport. La solution se trouve en dehors des trottoirs. Si un e-cycliste utilise le trottoir, c’est souvent parce qu’il ne se sent pas en sécurité dans le trafic.

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