«Ici, on finit nos discours par «Vive la Broye, vive le canton de Vaud!»

Syndique PLR de Payerne, Christielle Luisier est la favorite pour l’élection au Conseil d’État vaudois. Rencontre en son fief avec une battante.

Christelle Luisier doit affronter trois «petits» candidats qu’elle se refuse de sous-estimer.

Christelle Luisier doit affronter trois «petits» candidats qu’elle se refuse de sous-estimer. Image: Florian Cella

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Après quelques minutes, on se met à parler d’engagement écologique, c’est inévitable, par les temps qui courent. Elle reconnaît la thématique environnementale comme «importante», mais se dit aussitôt «orientée solutions». Et pas lamentations ou panique générale. Elle s’enflamme au sujet des avancées technologiques qui peuvent permettre de filtrer ou de réutiliser le CO2 et rappelle que le parc solaire le puissant du pays, il est à Payerne, ici, après tout, dans cette commune dont elle est la syndique depuis 2011. Il y a une passion qui se dégage d’elle, alors. L’envie de convaincre, de se battre pour ses arguments. Elle pense d’ailleurs que sa réputation de politicienne plutôt à droite du PLR vient de la forme – cette façon d’asséner son discours, d’y croire fort – et pas du fond: elle se dit femme de dialogue, toujours prête à chercher le compromis utile.

Elle a 45 ans, Christelle Luisier. Elle est archifavorite pour succéder dès le 9 février prochain, soir du premier tour, à Jacqueline de Quattro, conseillère d’État vaudoise démissionnaire pour cause d’élection au parlement national. «Je ne crois absolument pas que c’est fait. Je suis prête à affronter si besoin un second tour le 1er mars. Je ne me considère pas du tout comme élue d’office», clame-t-elle. «Du coup, je mène une campagne assez classique, les marchés, les rencontres, un peu les réseaux sociaux.»

Sur les affiches, elle a l’air vaguement gauchiste, avec son écharpe colorée: «Elle est bordeaux, pas rouge, je le dis à tous ceux qui me font la remarque! On a passé une heure et demie au froid pour la photo. Je voulais cette image dans la rue, au milieu des gens.» Elle entend se «concentrer sur ce que j’ai à dire et proposer. Je ne passe pas mon temps à critiquer les autres.»

Les «autres» n’ont semble-t-il guère de chances: un représentant du Parti Pirate, un commerçant lausannois sans parti, et le collectif de la Grève du climat qui vient aux urnes avec une candidate de 19 ans, tirée au sort. «Ces candidatures sont toutes légitimes», souligne Christelle Luisier. «Je n’ai jamais imaginé être élue tacitement. Et cette campagne démontre encore une fois la manière vivante dont fonctionne le système suisse.»

Dans cette salle de l’Hôtel de Ville de Payerne, elle est en noir, passe sa main dans une chevelure de lionne. Christelle Luisier a un charisme convivial, la bonne humeur qu’elle porte dans le sourire. Elle est grande, aussi, elle dégage une présence et une énergie certaine.

Cesla Amarelle, copine de classe

D’où lui vient cette force? Elle prend dans une respiration le fil de son histoire. Sa mère était une Broyarde fribourgeoise. Famille très conservatrice, c’était les années 50. «Pour s’en échapper, maman a accepté un travail de sommelière au Locle.» C’est là qu’elle rencontre son futur mari, un Valaisan. Après douze ans de mariage leur vient Christelle, qui restera fille unique. «Mes parents m’ont eue tard, ils pensaient qu’ils ne pouvaient pas avoir d’enfant.» Elle a 4 ans quand ils décident de rentrer à Martigny, d’où vient son père, gérer un bar. Puis ce sera Payerne, le Café de la Poste. «On avait l’appartement en dessus, pas de cuisine. Donc je vivais beaucoup au bistrot.»

Elle raconte une adolescente timide, au milieu de parents qui n’étaient pas politisés. «Mais il y avait au café la table ronde des habitués. Souvent, je m’y asseyais, j’écoutais beaucoup.» C’est là qu’elle entend les histoires, discussions locales, et qu’elle y prend peut-être goût. «Mes amies proches datent de cette époque, je les vois toujours.»

Le gymnase, c’est à Yverdon-les-Bains qu’elle le fréquente. Dans sa classe, il y a une fille qui s’appelle Cesla Amarelle, devenue depuis une ministre socialiste vaudoise qu’elle pourrait rejoindre bientôt au gouvernement. Elle rit: «C’est amusant, bien sûr. Je me souviens d’elle comme une jeune fille extrêmement joviale. Et surtout: pas une seule fois il n’y a eu entre nous la moindre conversation politique.»

Elle se lance dans des études de droit, à l’Université de Fribourg. «J’ai tout de suite été nettement plus intéressée par le droit public: l’organisation de l’État, les relations entre les institutions, le droit constitutionnel.» Elle fera son master – traitant du droit des médias – en Allemagne. «J’adore cette langue, et j’ai beaucoup aimé vivre quelque temps là-bas, où j’ai fréquenté des Allemands pleins de curiosité pour les autres.»^

Son engagement dans la cité avait commencé au sein du Conseil paroissial payernois. «J’y connaissais des amis. Je suis croyante. Cela s’est fait naturellement.» Et puis, à la fin des années 90, on lui demande d’être candidate au Législatif local, dans les rangs radicaux. Elle passe. Radicale dans l’âme? «Disons que les valeurs du parti me correspondaient: liberté individuelle, volonté d’entreprendre, une certaine idée du bien commun.» En 1999, elle fait partie de la Constituante vaudoise. «J’étais parfaitement dans mon élément. Ce dont nous débattions avait été au cœur de mes études, et je me suis retrouvée cheffe du groupe radical. Je crois que c’est là que j’ai pris confiance, que j’ai attrapé le virus politique.»

Changement de vie et destin

Puis ce sera le brevet d’avocate, obtenu à Lausanne en 2005, rythmé par l’arrivée de ses enfants, nés de sa rencontre au temps de l’université avec un Gruérien: Ségolène, en 2002 («J’ai eu des remarques de gens qui trouvaient que ça faisait socialiste, mais j’adore ce prénom»), puis Zacharie en 2005.

Alors qu’elle pourrait entrer au Grand Conseil vaudois, elle préfère ensuite accepter une offre de Pascal Broulis, conseiller d’État et cador du parti: elle devient secrétaire générale adjointe au Département cantonal des finances. «Être au cœur d’un dicastère m’a énormément appris.»

Dans la foulée, en 2008, elle prend la tête des radicaux vaudois, alors en plein processus de fusion avec les libéraux. «Ce n’était pas toujours simple. Avec Catherine Labouchère, qui présidait les libéraux, nous étions amies. On est allé dans toutes les arrière-salles du canton, et nous n’étions pas toujours accueillies avec des brassées de fleurs.» Elle y expérimente une donnée essentielle: «Parfois, en politique, tout ne s’explique pas par la raison. Il y a les tripes, l’émotionnel.»

À Payerne, devenue syndique, elle est populaire, privilégie les transports, pousse pour une meilleure prise en charge enfantine. Christelle, c’est l’enfant du pays, la fille du Café de la Poste, réputée bonne vivante, adorant les Brandons. «On a une fausse idée de cette ville: on a de la brume de temps en temps, mais c’est aussi festif, convivial, plein d’initiatives.» Elle aime sa région: «Ici, quel que soit le parti, on finit nos discours par «Vive la Broye, vive le canton de Vaud!» Il y a un sentiment de communauté.»

Être ministre cantonale, elle pressentait depuis longtemps que ça pouvait advenir. Elle en a discuté en famille avant de se lancer, en famille. «C’est un changement de vie.» D’autres appelleraient ça un destin.

Créé: 01.02.2020, 22h57

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