«Introduisons un abo général à 100 francs pour les jeunes»

Le syndic socialiste de Lausanne, Grégoire Junod, estime que la Confédération doit aider les villes à diminuer les rejets de CO2. Il propose des mesures concrètes.

Grégoire Junod s’est fixé un objectif très ambitieux: que la ville de Lausanne atteigne la neutralité carbone en 2030.

Grégoire Junod s’est fixé un objectif très ambitieux: que la ville de Lausanne atteigne la neutralité carbone en 2030. Image: Yvain Genevay

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Pour réduire les émissions de CO2, vous proposez d’agir en priorité sur la mobilité des jeunes. Comment?

Le débat ne peut se résumer à de nouvelles taxes. Il faut aussi des mesures positives, qui font le lien entre l’écologie et le social. C’est pourquoi je propose de lancer un abonnement général à 100 francs pour tous les jeunes jusqu’à 25 ans. Ça soulagera fortement le budget des familles. Les transports publics sont devenus un produit cher en Suisse. Si nous continuons comme ça, on en fera bientôt un produit de luxe. Une telle mesure serait un appui fort de la Confédération aux villes qui sont engagées dans des politiques de transfert modal et de restrictions de circulation.

Mais vous avez une idée de ce que cela coûterait aux caisses publiques?

Pour que ça ne se fasse pas au détriment de l’offre, il faut que les CFF et les compagnies locales soient indemnisés sur les pertes induites. Le financement doit donc être assuré par la Confédération. Aujourd’hui, pour les Transports publics lausannois et les abonnements juniors des catégories concernées, le manque à gagner serait de l’ordre de 10 à 12 millions par année. À l’échelle de la Confédération, c’est très difficile à dire, probablement plusieurs centaines de millions. Mais la Confédération réalise quelques milliards de bénéfices.

Ça serait absorbable?

Oui. Si la Confédération veut faire du climat un enjeu et un projet mobilisateur pour le pays, elle doit y mettre des moyens. Financer une telle mesure, c’est aussi susciter de l’enthousiasme et de l’adhésion. C’est extrêmement important dans le débat actuel.

Les transports publics, c’est très bien en ville. Mais que dites-vous aux gens qui habitent dans les coins reculés de nos campagnes et qui n’ont pas d’autre choix que de rouler en voiture?

Cet abonnement à 100 francs par an profiterait à toutes les familles. C’est une offre attractive, y compris pour un petit nombre de déplacements. Et une politique de transfert modal ne signifie pas interdire à tout le monde de se déplacer en voiture.

Vous proposez aussi d’agir sur l’habitat, un autre domaine qui a un gros impact en matière d’émission de gaz à effet de serre.

Oui. Mon idée est de constituer un fonds spécifique pour l’assainissement énergétique des immeubles à loyers modérés, avec un système de contrôle des loyers.

Il existe déjà un programme bâtiments au niveau fédéral, doté de 450 millions par année. Parfois, il n’est même pas épuisé. Pourquoi en créer un nouveau?

Le fonds actuel sert beaucoup les villas… Dans les villes, nous avons de gros parcs d’immeubles anciens, qui contribuent à préserver des logements à loyers accessibles. Ces bâtiments sont souvent des passoires sur le plan énergétique. Si on veut pouvoir initier de manière très dynamique des programmes d’assainissement, on doit pouvoir y mettre des moyens et prévoir des dispositions qui garantissent aux locataires de pouvoir rester titulaires d’un bail, sans hausse de loyer, après les travaux.

Qu’est-ce que vous imaginez, comme mécanismes?

Il faudrait que l’octroi des fonds soit assorti de dispositions de contrôle des loyers. Nous avons déjà des mécanismes un peu similaires dans les cantons de Vaud, Genève et Neuchâtel. Avec un fonds spécial de la Confédération, on pourrait réaliser des progrès considérables en termes d’assainissement, sans que cela ne se fasse au détriment des locataires.

Comment ce fonds serait-il alimenté?

Par le budget courant de la Confédération. Si on doublait le fonds actuel pour l’assainissement énergétique des bâtiments, avec environ un demi-milliard par an, ce serait déjà un signal fort.

Pour porter ces mesures, vous avez des relais? L’Union des villes suisses? Votre parti?

Avec tous les maires des villes suisses, nous avons des discussions régulières sur le climat. On est tous confrontés aujourd’hui aux mêmes enjeux. Nous sommes en train d’identifier les mesures à prendre pour pouvoir atteindre des objectifs de neutralité carbone. Mais évidemment, la question sur laquelle nous allons tout de suite buter est celle des compétences. Nous avons besoin d’appui de la part des Cantons et de la Confédération. C’est la lance que j’aimerais rompre avec ces quelques propositions concrètes. J’espère qu’elles seront relayées ensuite au niveau fédéral.

À Lausanne, votre objectif de neutralité carbone en 2030 est très ambitieux. Comment allez-vous vous y prendre dans les limites de vos compétences actuelles?

Nous faisons déjà beaucoup d’efforts en termes de mobilité et d’énergie. Nous allons enclencher un programme d’assainissement des bâtiments scolaires. Nous nous sommes toutefois donné jusqu’à fin 2020 pour identifier l’ensemble des mesures à prendre pour parvenir à ces objectifs.

L’Administration fédérale restreint les vols en avion de ses cadres. C’est aussi quelque chose que vous songez à faire à Lausanne?

Oui. Aujourd’hui déjà, les déplacements en train sont privilégiés. Nous ne prenons l’avion que s’il n’y a pas moyen de faire autrement.

La loi sur le CO2 en discussion à Berne comprend plusieurs taxes, dont celle sur les billets d’avion. Vous croyez à l’effet dissuasif de telles taxes et aux bénéfices qu’on pourrait en tirer?

Ce dont je suis absolument convaincu, en tout cas, c’est que les taxes doivent être assorties de mesures d’encouragement à l’utilisation des transports publics. On parle en Suisse, et c’est tant mieux, de redévelopper les trains de nuit et de faciliter des liaisons vers des villes européennes. Faisons aussi des efforts pour que cela reste des trajets accessibles. Il ne faut pas créer de fracture sociale dans le droit aux déplacements et aux voyages.

Vous-même, vous prenez encore l’avion? Avez-vous modifié votre comportement en réaction à la crise climatique?

Je me suis mis au vélo. Je me déplace presque exclusivement à vélo électrique. À Lausanne, on a le droit de recourir au moteur (sourire)… Je ne suis pas assez sportif pour faire sans. Pour mes déplacements professionnels, j’utilise l’avion si je dois aller sur un autre continent, mais sinon, je privilégie le train chaque fois que c’est possible. Et c’est vrai aussi pour mes déplacements privés.

«24 heures» a annoncé il y a quelques jours qu’à Lausanne, un automobiliste sur six roule en SUV. Vous en faites partie?

(Sourire.) J’ai une Fiat 500! Pour ne rien vous cacher, depuis dix jours seulement. Mais ma voiture précédente n’était pas un SUV.

Cette statistique vous énerve?

Ce sont des chiffres impressionnants. Mais dans les villes, et globalement dans ce pays, on va vers une restriction du trafic automobile. Les contraintes pour les automobilistes deviennent plus fortes. Ça doit s’accompagner de mesures de soutien financier pour les transports publics. Je pense que c’est vraiment la clé pour que ces mesures soient soutenues et acceptées par tous.

Créé: 14.12.2019, 22h45

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