Ce jour-là, l’amoureuse des chats a sauvé une vache

Émue par la soif de liberté d’une génisse simmental qui s’était échappée d’un pâturage du Val-de-Ruz (NE), Tomi Tomek, la pasionaria des félins a convaincu l’éleveur de lui vendre son bovidé. Elle lance un appel aux parrainages pour payer la pension de la rescapée.

Tomi Tomek a fait l’acquisition d’«Isaline» le 14 février. La cofondatrice de l’association SOS Chats lui a évité une mort certaine en la plaçant dans une étable des Montagnes neuchâteloises, à Brot-Plamboz. Établie dans le village voisin depuis quarante ans, la sexagénaire compte aller rendre visite à l’ex-fugueuse au moins deux fois par mois.

Tomi Tomek a fait l’acquisition d’«Isaline» le 14 février. La cofondatrice de l’association SOS Chats lui a évité une mort certaine en la plaçant dans une étable des Montagnes neuchâteloises, à Brot-Plamboz. Établie dans le village voisin depuis quarante ans, la sexagénaire compte aller rendre visite à l’ex-fugueuse au moins deux fois par mois. Image: Sébastien Anex

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«Oh que t’es belle ma chérie…!» lance Tomi Tomek à Isaline, la vache de race simmental qu’elle vient de sauver d’une mort certaine. Grâce à la cofondatrice de l’association SOS Chats de Noiraigue (NE), un refuge pour félins créé en 1981, la génisse du Val-de-Ruz pourra fêter, ce printemps, ses 2 ans. Car, élevée pour la viande, Isaline aurait dû finir à l’abattoir en ce mois de février… «Cette vache a démontré qu’elle voulait vivre: elle a pris la fuite alors qu’elle est de nature plutôt craintive, et a survécu en forêt pendant deux semaines. Il fallait tout faire pour la sauver!» lâche la Neuchâteloise.

Retour sur le fabuleux destin d’Isaline, depuis sa fugue l’automne dernier jusqu’à son transfert dans une étable des Montagnes neuchâteloises, le jour de la Saint- Valentin. Ce 2 novembre, un samedi, il pleuvait et le vent soufflait fort sur l’arc jurassien. Un éleveur du village de Savagnier faisait monter ses treize bovidés dans une bétaillère. Ce qui n’était pas du goût d’Isaline qui en a profité pour quitter le pâturage et se réfugier dans les bois, au pied de la colline de Chaumont. Elle resta inaperçue des jours durant. Régulièrement, son propriétaire déposait de l’eau et du foin à son attention en lisière de forêt.

Repérée au bout d’une semaine, Isaline prit peur et sauta par-dessus un fil électrique. Il a fallu attendre le 16 novembre et l’arrivée des premières neiges pour que la simmental redonne signe de vie, en pénétrant dans un parc à bovin sis à quelques kilomètres du lieu de sa fugue. Relatée quatre jours plus tard dans les colonnes d’«ArcInfo», l’aventure de la vache fugueuse est parvenue jusqu’aux oreilles de Tomi Tomek.

Des chats, des chiens, un lynx, un ours

«Une dame m’a dit de faire quelque chose pour cette vache qui s’était enfuie et qui était destinée à l’abattoir», témoigne la sexagénaire. Tomi Tomek est connue pour ses actions en faveur des félins mais aussi pour la défense de toutes sortes d’autres animaux. Il y a dix ans, elle avait obtenu une intervention de l’UEFA auprès du gouvernement ukrainien afin que Kiev stérilise les chiens et chats errants plutôt que de les massacrer par milliers à l’approche de l’Euro 2012.

«Au début des années 2000, ajoute-t-elle, nous avions aussi sauvé un lynx en le plaçant dans les Pyrénées, et un ours de Roumanie avait pu finir dans un zoo en Autriche.» Depuis cinq ans, les soutiens de son association aux êtres «extrafélins» se sont multipliés avec la mise sur pied de la Fondation SOS Chats Noiraigue – «créée pour porter secours aux animaux en détresse et promouvoir le respect de la vie animale», peut-on lire dans les statuts.

«Isaline a fait preuve de beaucoup de courage pendant sa fugue, continue Tomi Tomek. J’ai du respect pour cette génisse: elle a un peu le caractère sauvage des chats errants ou maltraités que l’on accueille chez moi (ndlr: près de 100 pensionnaires se font dorloter dans son ancienne ferme, contre 400 en 2005)».

L’infatigable militante ne cache pas se reconnaître aussi dans ce tempérament farouche. Rappelons qu’avant d’arriver en Suisse, cette éducatrice sociale a passé sept ans à Berlin où elle a été à l’origine du premier foyer pour femmes battues d’Allemagne.

La génisse lors de ses deux semaines de cavale, en novembre. Photo: DR

«En tant que soixante-huitarde, j’ai aussi eu ma période rebelle, et j’ai toujours travaillé avec des enfants et adultes qui avaient soif de liberté. Les vaches ont aussi un droit à la vie, et ce sont des animaux intelligents qui peuvent apprendre plein de choses. J’aimerais montrer aux gens comment elles peuvent évoluer sur quinze ou vingt ans; c’est le meilleur moyen de leur faire diminuer leur consommation de viande, voire d’y renoncer complètement.»

Restait à convaincre le propriétaire de Savagnier de lui vendre Isaline. «À notre premier contact il y a trois mois, il a d’abord refusé, en disant qu’il vivait du commerce de ses bovidés, poursuit Tomi Tomek. Je lui ai suggéré d’en parler à sa femme, et je pense que c’est elle qui a fait pencher la balance parce qu’il m’a finalement dit de le rappeler au printemps pour prendre une décision.»

Seulement voilà: courant janvier, la pasionaria des félins apprend par la bande que l’éleveur était sur le point d’emmener une partie de son troupeau à l’abattoir. «Quand je l’ai rappelé, il m’a confirmé l’information et semblait étonné qu’Isaline m’intéressait toujours. Il m’a dit qu’il fallait me dépêcher de trouver une solution pour la transporter.»

Photos «très sexy» de Bardot à saisir

Madame Chat, comme on l’appelle, a convaincu une amie agricultrice de Brot-Plamboz, un village voisin de Noiraigue, perché à 1000 m d’altitude, de l’accueillir dans son étable. Le prix pour une génisse dépassant les 500 kg a été fixé à 3500 francs. Les trois quarts ont été payés le jour de son acquisition, le 14 février.

«La fondation a mis 1000 francs, et le reste provient de deux donateurs, dont une Vaudoise qui a aussi mis 1000 francs, détaille Tomi Tomek. Cette semaine, nous avons encore reçu 250 francs.»

Pour la pension d’Isaline ainsi que pour ses futurs frais de vétérinaire et d’assurance, SOS Chats cherche des parrainages. «Nous avons déjà une paysanne à la retraite qui s’est manifestée et, dans le même temps, Brigitte Bardot m’a envoyé dix nouvelles photos dédicacées d’elle dans les années 1950 et surtout 1960, très sexy, que l’on peut vendre pour notre cause», se félicite la militante, que «BB» soutient depuis la création de son association.

L’histoire ne dit pas si la vache fugueuse a été saillie durant sa cavale, son acheteuse ayant refusé que l’éleveur finance une échographie ainsi que la piqûre permettant l’avortement. «Je lui ai dit que si Isaline faisait un bébé, on se débrouillerait pour le faire garder!» sourit Tomi Tomek.

Créé: 22.02.2020, 22h31

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