Le manifestant voulait rester en retrait, il est arrêté quand même

Arrêté de façon musclée lors de la dernière manifestation d’Extinction Rebellion à Lausanne, Loris Socchi incarne à sa façon les combats pour le climat. Portrait.

Loris Socchi, 19 ans, milite pour la cause écologique depuis qu’il en a 16. Son arrestation le 14 décembre fait l’objet d’une vidéo qui tourne sur les réseaux sociaux.

Loris Socchi, 19 ans, milite pour la cause écologique depuis qu’il en a 16. Son arrestation le 14 décembre fait l’objet d’une vidéo qui tourne sur les réseaux sociaux. Image: Patrick Martin

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Il dit que ça l’énerve. Il sent le glissement, il est bien obligé d’en convenir. Avec sa belle gueule christique, cheveux longs, regard droit, il est en train de devenir une incarnation du mouvement de la Grève pour le Climat. Loris Socchi, 19 ans, étudiant laborantin à l’École supérieure de médecine, à Lausanne, est pour ainsi dire «repéré»: «Cela commence à me mettre une pression sociale quand je suis simplement en train de me balader en ville. La police me reconnaît, c’est une drôle d’impression. Beaucoup de personnes «racisées» connaissent cette manière de se sentir «illégal». Ce que je subis est évidemment très minime, anecdotique par rapport à ça, mais c’est du même ordre. Et tout ça est encore accentué avec cette vidéo qui tourne.»

La vidéo, c’est celle de la manifestation d’Extinction Rebellion, à Lausanne, samedi dernier. Blocage d’une artère commerçante, militants accrochés les uns aux autres, le principe est déjà classique. La nuance du week-end dernier: davantage de monde, près de 500 personnes, le mouvement gagnant en ampleur. «Je sais que j’ai tendance à aller devant, à me montrer plus que les autres. Alors cette fois, j’avais décidé de rester en retrait. Je suis venu pour soutenir, sans participer à l’action.»

Loris Socchi reste ainsi derrière la rubalise blanc et rouge déployée par la police. «Je n’avais pas envie de me faire arrêter encore une fois.» Car il a déjà deux procédures contre lui. La première parce qu’au printemps dernier, lors de la manifestation pour le climat, il a apposé des mains rouges (de la gouache écologique qui s’en va avec la pluie) sur les murs du Credit Suisse, banque que les militants dénoncent pour ses investissements dans les énergies fossiles. Le Ministère public a eu la main lourde: 500 francs d’amende, 50 jours-amende avec sursis, plus des frais. Un recours est pendant. Il a aussi été interpellé lors des deux premières actions de blocages d’Extinction Rebellion, toujours à Lausanne, en septembre. «Évidemment que ça m’inquiète. Mais je n’ai pas l’intention de payer l’État pour ces actions légitimes. Alors je vais peut-être au final devoir aller quelques jours en prison. Sans faire le malin: j’ai franchement plutôt peur.»

Mais samedi dernier, lorsqu’il voit le photographe de l’agence de presse Keystone empêché par la police de s’approcher des manifestants que l’on cherche à déloger, il se met, parmi d’autres badauds ou camarades, à crier contre les agents, qui vont «nous ficher une dictature». Les vidéos sur YouTube montreront la scène. Des policiers l’encerclent. Dans un bref échange, il leur dit: «Qui vous a dit que j’étais pacifiste?» Un officier saisit sa main, l’invite à venir à l’intérieur du périmètre de sécurité, lui passe la rubalise par-dessus la tête: il est plaqué au sol puis déposé à quelques mètres. «Ils n’avaient aucun motif pour m’arrêter, ils ne m’ont rien dit. C’était débile: je me suis mis à courir pour m’enfuir.» Il échoue, se fait rattraper de manière musclée – «quelques bleus» – sur la place de la Palud voisine, panier à salade, une poignée d’heures en cellule pour, notamment, refus d’obtempérer.

Le retour du rapport de force

Sent-il un durcissement dans le rapport avec l’autorité? «Oui, aussi bien du point de vue policier que juridique.» L’heureux temps de la bienveillance envers les jeunes qui se battent pour la planète dans une ville politiquement à gauche évolue vers un rapport de force plus traditionnel. «Ça ne fait que commencer. L’urgence est telle que l’on ne peut plus se contenter d’expliquer, d’attendre que les politiciens agissent.» C’est pour cela que Loris Socchi croit de moins en moins à la politique. «J’avais 16 ans lorsqu’un ami m’a téléphoné pour me proposer de m’inscrire aux Jeunes Verts. Au début, j’ai trouvé ça formidable: j’avais enfin, malgré nos nuances, des interlocuteurs.» Il fait les marchés, milite, recueille des signatures, mais est frappé par le peu d’efficacité de son engagement. «On perdait presque toujours les votations.»

Aux dernières élections fédérales, il était sur la liste des Jeunes Verts. «Mais je crois que c’est à leur contact que je me suis radicalisé.» On s’étonne du vocable, il le revendique. «Je suis pacifiste, mais ça ne veut pas dire qu’il faut tout le temps se laisser faire, que la non-violence est le seul chemin. Je crois qu’il faut aller au contact parfois, et que si l’on se bat pour le climat, nous devons le faire avec une solidarité des stratégies: certaines sont institutionnelles, d’autres plus spectaculaires.» Il est inscrit dans de nombreux groupuscules associatifs, est aussi membre du collectif de la Grève pour le Climat (il demandait les autorisations de manifester) qui présente une candidate, Juliette Vernier, à l’élection complémentaire au Conseil d’État vaudois.

Fils unique, parents peu politisés, Loris Socchi se souvient que son engagement vient de loin: «Ma mère raconte qu’ enfant, j’ai vu un balayeur de rue. «Je veux faire ça quand je serai grand, protéger la nature.» Elle m’avait répondu: «Balayeur, tu ne protégeras que ton quartier.» Alors j’ai dit que je deviendrai président.» Il rit, aime toujours les balayeurs, et sa maman lui a offert «Une rose et un balai», le merveilleux petit ouvrage du cantonnier fribourgeois Michel Simonet. Son combat continue. On reverra vite Loris Socchi en première ligne.

Créé: 22.12.2019, 17h05

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