Des solutions contre le fléau du plastique

Alerte plastiqueLes initiatives se multiplient, aux quatre coins de la planète, afin de limiter la pollution issue de ce matériau polymère.

A Lima, lors de la Journée mondiale pour l’environnement du 5 juin 2018, des volontaires s’activent pour nettoyer une plage recouverte de déchets plastiques.

A Lima, lors de la Journée mondiale pour l’environnement du 5 juin 2018, des volontaires s’activent pour nettoyer une plage recouverte de déchets plastiques. Image: Ernesto Benavides/AFP

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Un dragon composé de déchets plastiques à usage unique a sillonné la Suisse au mois d’avril dernier. Conçu sur une initiative de Greenpeace, le monstre de détritus a terminé sa course devant le siège de Nestlé à Vevey. «Une sorte de juste retour à l’expéditeur», selon l’ONG. Cette campagne rappelle surtout à quel point le chemin vers une consommation raisonnable et durable du plastique s’annonce long.

Sans changements majeurs, en se basant sur la croissance de la population et la production actuelle de plastique, le WWF a calculé que, d’ici 2030, la quantité de matière accumulée dans les océans pourrait doubler et atteindre les 300 millions de tonnes. Des prévisions inquiétantes, comme l’a souligné Erik Solheim, le directeur de l’ONU Environnement lors d’un sommet mondial sur les océans à Bali. «Nous avons été spectateurs pendant trop longtemps et le problème n’a fait que s’aggraver. Cela doit cesser!»

Depuis quelques mois, tant au sein du monde industriel que politique, la lutte contre la matière synthétique est en marche et pourrait porter ses premiers fruits. Aux quatre coins du monde, des initiatives sont apparues avec toutes le même but: réduire notre dépendance au plastique.

1) Interdire les plastiques à usage unique

Alors que la paralysie subsiste sur le plan fédéral, la Ville de Genève a décidé d’agir. Dès l’an prochain, la Cité de Calvin aura banni les plastiques à usage unique pour «les activités qu’elle autorise sur son domaine public». Avec ceux des cotons-tiges, des touillettes à café, des gobelets, des assiettes et services en plastique, les jours des pailles y sont comptés.

En agissant de la sorte, Genève suit les traces de nombreuses autres villes et pays. De mois en mois, la liste ne cesse de s’allonger, à l’exemple récent de la Tanzanie en passe de rejoindre la soixantaine de nations à avoir déjà interdit l’utilisation de sachets en plastique. D’ici à 2022, l’Inde devrait interdire les plastiques à usage unique. Pour l’Union européenne, ce sera d’ici à 2021.

De son côté, le monde industriel n’est pas resté sourd aux alertes. Début février, Nestlé anticipait la décision européenne en éliminant les pailles de l’ensemble de ses produits. Dans plusieurs pays, dont la France ou le Royaume-Uni, McDonald’s s’est aussi engagé à rapidement interdire ou remplacer les pailles ainsi que les couvercles en plastique de ses gobelets. Quant à Disney, sa filiale exploitant Disneyland Paris a banni les sacs en plastique et propose désormais des pailles en papier 100% biodégradables et «distribuées uniquement à la demande des visiteurs».

2) Utiliser d’autres solutions

Afin de s’adapter aux futures normes en vigueur, le monde industriel met aussi les bouchées doubles pour développer des alternatives viables. Des initiatives très diverses sont en cours pour remplacer la matière tirée du pétrole, à l’exemple des multiples générations de bioplastiques ou plastiques dits naturels. Ne se décomposant que dans des conditions bien spécifiques, ces matériaux sont toutefois sources de controverses et n’ont pas su gagner les faveurs des défenseurs de la nature.

À cela s’ajoute le fait que leur composition entre en compétition avec l’alimentation humaine. Une deuxième génération, à base de déchets agricoles, d’algues ou encore d’autres matières premières ne mettant pas en péril les ressources alimentaires, est en développement. À terme, cette alternative pourrait freiner les levées de boucliers actuels.

Alors que certains parviennent déjà à redonner au plastique sa forme originelle, voire à le transformer en carburant, d’autres étudient l’option de créer de la matière synthétique à partir de CO2. Fin 2018, les premiers travaux ont été présentés autour de cette idée. Le géant Covestro (ex Bayer MaterialsScience), aux 16 milliards de dollars de revenus et 16 000 salariés, ouvrait une première usine de production en Allemagne, dont les procédés utilisent partiellement du CO2 (environ 20%) pour produire un composant en mousse polyuréthane.

3) Nettoyer les zones polluées

Interdictions politiques et alternatives industrielles ne règlent pas pour autant le problème de la pollution actuelle. Ils sont nombreux désormais à imaginer des solutions pour ramasser les déchets ou en limiter la propagation. Sur les réseaux sociaux, surfant sur la mode des challenges, s’est propagé le «Trash Challenge». Son concept est simple: il suffit de prendre une photo avant puis après avoir nettoyé une zone ciblée.

Cherchant à éveiller les consciences lors d’un tour du monde en catamaran, la fondation lausannoise Race for Water s’est donnée aussi pour mission de recueillir les déchets directement sur terre afin d’éviter qu’ils finissent leur parcours en mer. Puis, grâce à une nouvelle technologie baptisée Biogreen (basée sur un système de pyrolyse), l’institution créée par Marco Simeoni compte les transformer en énergie. «En moins de trois semaines nous pouvons être opérationnels sur un site et traiter jusqu’à 4,8 tonnes de déchets plastiques par jour. De quoi générer 2,5 MWH/T d’électricité», explique Philippe Gaemperle, directeur des projets de développement et de collecte de fonds. D’ici le second semestre 2020, Race for Water espère déployer pour la première fois sa solution sur l’Île de Pâques (Chili).

Sur le plan marin, les tentatives se succèdent également, à l’exemple du projet de Boyan Slat baptisé «The Ocean Cleanup». À l’aide de barrages flottant au gré des courants, ce dernier vise à récolter les déchets flottant à la surface des eaux. La première phase de test s’est toutefois terminée en septembre 2018 sur une avarie. Le jeune entrepreneur néerlandais parle d’une «première bataille perdue», mais assure ne pas vouloir renoncer à sa lutte pour autant.

Créé: 19.05.2019, 09h05

«Notre système économique n’est plus acceptable»

Entretien avec Asti Roesle, de Greenpeace Suisse



Greenpeace fait partie des ONG à avoir été très actives dans la lutte contre le plastique au cours de ces dix-huit derniers mois. Asti Roesle, experte des questions liées aux objets à usage unique pour la division suisse, fait le point sur ce combat.

Concernant la pollution plastique, assiste-t-on à une vraie prise de conscience ou à un effet de mode qui s’estompera en faveur d’un retour au «business as usual»?
Je pense qu’il y a eu une prise de conscience par le public des enjeux en cours. Toutefois, la prochaine étape, à savoir l’adoption de mesures efficaces par la politique et les entreprises pour rompre avec le statu quo, n’a pas encore atteint la dimension nécessaire.

De quelles mesures parle-t-on?
Notre système économique actuel, basé sur une consommation sans fin et une culture du jetable, a des conséquences dévastatrices et n’est plus acceptable. Un changement de paradigme s’impose d’urgence. Il entend la mise en place de systèmes d’approvisionnement et de distribution alternatifs basés sur le réapprovisionnement et la réutilisation, plutôt que sur des emballages jetables.

De nombreuses ébauches de solution sont apparues au cours des derniers mois… Sommes-nous quand même sur la bonne voie?
Non. Du côté des entreprises, il y a beaucoup de belles paroles et quelques petits progrès, mais ceux-ci sont loin d’être suffisants. Prenez un géant comme Nestlé qui assure que la solution passe par le recyclage et l’utilisation d’autres matériaux… nous pensons que c’est une imposture car 90% des plastiques produits dans le monde n’ont pas encore été recyclés, que l’emballage soit recyclable ou non. Quant aux alternatives, elles ne feront que reporter le problème, à l’exemple des emballages en papier. À base de cellulose, ils nécessiteront d’abattre des forêts sensibles au climat.

Dans les mois à venir, qu’est-ce qui devra être rapidement adapté?
En ce qui concerne le secteur industriel, nous appelons à la mise en place du principe du pollueur-payeur. Quant à la politique, en Suisse, il n’est plus tolérable que le Conseil fédéral ne reconnaisse pas le problème et fasse pression contre toute amélioration juridique en ne comptant que sur les mesures volontaires de l’industrie.

La seconde vie de nos déchêts



CHAUSSURES Adidas a déjà vendu plus d’un million de baskets en plastique recyclé. Dès 2024, l’ensemble de ses chaussures et vêtements sera
à base de matière recyclée.



DÉCORATION Sur la Toile, les idées rivalisent pour transformer les déchets en décoration ou objet d’intérieur comme sur le site lushom.com



TEXTILE Patagonia ou la dernière collection de Debbie Harry illustre l’attrait croissant de l’industrie textile pour des vêtements à base de déchets plastiques recyclés.



AMEUBLEMENT Créée l’année dernière par deux designers anversois, la marque EcoBirdy redonne vie aux jouets en plastique sous la forme de meubles destinés aux enfants.



LUNETTES La marque SEA2SEE est parvenue à transformer les filets de pêche et de cordage abandonnés en un matériau assez résistant pour fabriquer des lunettes de soleil.

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