À Noël déjà, Crans-Montana avait failli ne pas ouvrir son domaine

Après deux jours de fermeture, cette semaine, le calme a été rétabli sur le Haut-Plateau. Mais bien avant cette affaire, la commune avait déjà frôlé la catastrophe à plusieurs reprises.

Fermées mercredi et jeudi, les pistes de Crans-Montana ont de nouveau accueilli les skieurs dès vendredi.

Fermées mercredi et jeudi, les pistes de Crans-Montana ont de nouveau accueilli les skieurs dès vendredi. Image: Jean-Christophe Bott/Keystone

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Deux jours de fermeture et voilà un conflit réglé pour trois ans. Mais derrière le soulagement, les dégâts d’image pour Crans-Montana sont bien réels. Et cet arrangement, mené à la baguette par le conseiller d’État Christophe Darbellay, ne rassure qu’à moitié. Pour les uns, l’abcès a été crevé. Pour les autres, la rupture de confiance est consommée. Car, dans la station, l’orage était annoncé depuis des mois.

Avant la fermeture du domaine skiable décrétée mardi, un ultimatum pendait au nez de la commune depuis mi-février. «Les choses étaient claires depuis six semaines, lance Philippe Magistretti, président des remontées mécaniques de CMA SA. C’est un peu facile d’avoir voulu nous faire passer pour des gangsters. Vous croyez que ça m’a fait plaisir d’en arriver là? C’est avant cette date butoir du 3 avril qu’il aurait fallu une médiation.» A la sortie de la séance de conciliation, jeudi, il décrivait sa stratégie comme payante.

La crise était en réalité plus profonde qu’il n’y paraît. Juste avant Noël, on a frôlé le désastre et le domaine a bien failli ne pas ouvrir du tout en début de saison. «CMA nous avait avertis que, sans accord financier avec les autorités, le domaine skiable serait fermé pour le début de la saison et pour Noël. Seul l’actionnaire majoritaire, le multimilliardaire tchèque, Radovan Vitek, et ses amis auraient pu en profiter», confie un proche du dossier, qui tient à l’anonymat. Il y a pire. À la fin novembre, plusieurs millions auraient même été exigés par CMA des autorités de Crans-Montana pour régler le conflit et éviter une fermeture. Cela n’a pas abouti, mais deux mois plus tôt, la commune annonçait son intention de participer, à hauteur de 3,5 millions, à l’augmentation de capital de CMA, après des hésitations qui avaient préalablement énervé le milliardaire. Au total, ce dernier attendrait entre 12 et 15 millions, sur trois ans, de la part des communes, mais ce point coince toujours. Certains de nos interlocuteurs y voient un chantage permanent.

Philippe Magistretti rejette ces accusations en bloc mais admet les tensions. «La commune avait pris des engagements, puis plus rien ne s’est passé. Très agacé, un des représentants de l’investisseur m’a assuré que ce n’était plus tenable d’exploiter la société à perte sans le soutien de la commune. Il a alors envisagé de retarder l’ouverture», assure celui qui est aussi le proche associé de Radovan Vitek. Il promet aujourd’hui s’être lui-même opposé à cette menace, «pour le bien de la station». Tout cela en serait resté à des paroles et aucune exigence n’aurait été formulée officiellement.

Mais dans le camp adverse, on n’y croit pas. Car une crise comparable a été vécue en mai, lors de l’assemblée générale de CMA. «Les représentants communaux ont été sommés d’éviter de questionner les comptes de la société. Un accord a été validé cinq minutes avant le début de la séance et la crise a été évitée», se souvient un autre acteur. Plusieurs menaces

CMA n’avait encore jamais appuyé sur le bouton rouge. Sans vouloir commenter des cas particuliers, Nicolas Féraud, président de Crans-Montana, confirme «avoir été menacé d’une fermeture une bonne dizaine de fois.» A chaque reprise, ce serait le fait de Philippe Magistretti et de Radovan Vitek. Le coup de force reste difficile à saisir puisque, depuis son arrivée en 2013, le Tchèque a investi plus de 100 millions de francs dans la station. Forfaitisé, il se déclare amoureux de la station. Magnat de l’immobilier, il possède un vaste empire dans toute l’Europe et a la réputation d’agir sans tergiverser.

Crans-Montana en a fait l’expérience. Avec 87% du capital-actions de la société, l’homme d’affaires ne se prive pas d’user de ses pleins pouvoirs. À ce titre, l’accord est fragile, car Radovan Vitek reste omnipotent. Nicolas Féraud, avant la médiation, ne cachait pas son amertume. «Certains ont vu en lui un mécène généreux mais ses intérêts se révèlent différents des nôtres.» Le conflit s’estompe, mais l’inquiétude demeure. Quant aux touristes qui ont vécu cette situation, ils garderont une tache indélébile dans l’album de leurs vacances. (TDG)

Créé: 07.04.2018, 23h00

En dates

2001: Les remontées mécaniques de Crans-Montana sont au bord de la faillite. Les communes acceptent de renoncer à 10 millions de créances. Philippe Magistretti entre au conseil.

2013: Devenu président de CMA, en 2009, Philippe Magistretti convainc Radovan Vitek d’investir dans la société. Il entre au capital.

2016: Déjà actionnaire majoritaire, en 2014, Radovan Vitek injecte 50 millions dans le capital et possède 87% des actions. Les communes perdent leur minorité de blocage et tombent à 10%.

Des versions différentes

Avec l’accord trouvé, jeudi dernier, Philippe Magistretti a obtenu les 800 000 francs qu’il exigeait des communes pour les prestations gratuites que fournit CMA. Ce montant a été obtenu pour trois ans.

Officiellement c’est bien une querelle à hauteur de 800 000 francs, qui avait causé la fermeture du domaine, la veille. Philippe Magistretti estime que c’est la part minimum que les communes doivent à CMA pour compenser des prestations offertes à la communauté. Mais toutes les versions ne s’accordent pas.

Depuis février, il n’aurait ainsi plus été question de 800 000 francs, mais de deux millions. Une pilule difficile à avaler pour les communes, qui ont déjà engagé plusieurs dizaines de millions depuis l’arrivée de Radovan Vitek, en prêts ou cautionnements. Et qui n’ont plus aucun pouvoir sur la société.

Pour Philippe Magistretti, ce montant n’a jamais été formellement exigé. Il explique que l’investisseur tchèque, fâché de tourner en rond, a articulé ce chiffre lors d’une séance houleuse du conseil d’administration. «Il a simplement prévenu que si 800 000 francs n’étaient pas envisageables, la facture totale représenterait plus de 2 millions.»

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