Olivier Français, l’homme menacé par deux femmes

Après avoir ravi le siège vert au Conseil des États il y a quatre ans, le PLR vaudois est candidat pour rempiler. Le combat face à la paire féminine de gauche sera sans merci.

Olivier Français saisi cette semaine dans le jardin 
du «Popu», café-restaurant de Vers-chez-les-Blanc qu’il affectionne.

Olivier Français saisi cette semaine dans le jardin du «Popu», café-restaurant de Vers-chez-les-Blanc qu’il affectionne. Image: Yvain Genevay

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Devant ce bistrot populaire de Vers-chez-les-Blanc, il parque son vélo. Il a le front luisant, ça monte, depuis Lausanne. Évidemment, on lui demande derechef avec une pointe d’ironie s’il est venu à bicyclette pour nous faire un numéro écolo avant les élections. Évidemment encore, il bougonne, au bord de le prendre mal: Olivier Français adore l’échappée à vélo, se déplace ainsi autant qu’il le peut depuis des années, et s’est encore lancé cet été dans un périple à la force du jarret entre le Pays basque français et La Rochelle. «Alors vos remarques, à vous les journalistes…» tance-t-il.

En solo contre le duo

Un peu d’arithmétique: onze listes déposées, quinze candidats, trois qui ont de vraies opportunités d’occuper un des deux sièges à la Chambre des Cantons. Car, Géraldine Savary en partance, il devra faire face en solo au duo de députées Ada Marra (PS) et Adèle Thorens (Les Verts).

Ce sera serré, revanchard, elles ne lui feront pas de cadeaux, jouant sur le velours du genre et de l’écologie, portées par les revendications nées autour de la grève des femmes du 14 juin et par les inquiétudes climatiques grandissantes. Et comme si ça ne suffisait pas, il y a aussi deux candidats UDC qui lui prendront des voix au premier tour. «Si je finis devant eux, j’espère qu’ils se retireront pour moi ensuite, on verra bien.»

Il y a quatre ans, tout s’était joué à pas grand-chose: il avait terminé deuxième, à peu près 3000 voix derrière Géraldine Savary, 3000 voix devant Luc Recordon. «Comme outsider, on a juste des idées à défendre, on est créatif, rien ne nous fait peur. Je pensais qu’être sortant allait m’apporter un apaisement. Mais non. Je suis plus nerveux pour cette élection que pour d’autres.»

À 63 ans, on ne se refait pas. Le PLR Olivier Français, conseiller aux États vaudois depuis 2015, reste carré dans l’énoncé, rudesse de façade souvent sœur d’un heureux bouillonnement intérieur.

«Si on n’a pas cela, l’émotion, si on ne fait pas de la politique avec passion, autant laisser tomber.» Il ne laisse pas tomber, après une première législature à la Chambre haute fédérale, et se représente pour un second mandat cet automne. Il y a quatre ans, il avait piqué un siège réputé imprenable au Vert Luc Recordon, et rejoint la socialiste Géraldine Savary aux États.

«Je ne vais pas vous dire comme les autres que je dois continuer parce que j’ai des dossiers à finir, lâche-t-il. Je suis de nouveau candidat parce que j’adore ce que je fais, et que je trouve l’ambiance particulière du Conseil des États formidable.»

Mais revenons à la bataille contre les duettistes féminines et socialo-Vertes. On le devine pressé de mener bataille, de poser ses arguments sur la table. «Sur le thème des femmes, je suis à l’aise. Durant ma vie, j’ai souvent travaillé avec elles, je pense être féministe: j’ai eu des femmes comme collègues, comme cheffes aussi. Lorsque j’étais municipal à Lausanne, j’ai nommé la première femme cheffe de service. Je n’ai pas de leçons à recevoir.»

Avec Savary, ils ont composé une représentation vaudoise à Berne respectueuse mais distante: ce ne fut pas un duel, sûrement pas non plus un duo. «Mais ça n’avait rien à voir avec le fait qu’elle soit une femme», dit-il.

On lui demande qui il préférerait à ses côtés, à Berne. Il refuse de répondre. «Menons la campagne, parlons des dossiers, voyons nos différences, et laissons les gens choisir.» On lui rappelle les instants houleux qu’il connut avec Adele Thorens alors qu’il était municipal à Lausanne, il botte en touche: «Avec les Verts, le compromis est de toute façon la plupart du temps impossible.» Côte à côte à Berne avec Thorens, la guerre est garantie.

Un «homme de la terre, pas du béton»

Il s’est souvent, dans sa carrière politique, retrouvé à passer pour un solitaire. «En tout cas, je ne suis pas isolé», objecte-t-il. Pour preuve, le soutien de sa base. «Bien sûr qu’il y a quatre ans, au sein même des dirigeants de ma famille politique, tout le monde n’y croyait pas. Mais la ferveur que j’ai ressentie chez les délégués, dès le congrès qui m’a désigné, et ensuite sur le terrain, c’était très fort, très motivant. Ça porte. Je sens que c’est toujours là.»

Durant la législature, il souligne les alliances qu’il a su trouver. «Quand il s’est agi de combattre l’initiative «Vache à lait», qui menaçait selon moi autant le financement de la route que du rail, j’ai pu travailler, et aussi par la suite, avec Paul Rechsteiner, socialiste saint-gallois, ou Roland Eberle, UDC thurgovien. C’est important pour les Romands de pouvoir construire avec des Alémaniques, ou des gens de Suisse centrale. Sinon, on part perdants.»

Et le climat, l’écologie qui seront au centre des débats? «J’adore la nature. Dans ma jeunesse, j’ai failli devenir guide de montagne. La fonte des glaciers, la neige qui disparaît, le permafrost, j’en parle depuis les années 90: j’évoquais les laves torrentielles qui allaient débouler sur nous il y a vingt ans.»

Même s’il ne vote pas souvent les taxes et règlements souhaités par les Verts ou le PS, il se considère comme très alerté sur le sujet, malgré des adversaires qui ne considèrent pas son engagement pour le rail comme une preuve d’écologie. «Pourtant je suis géotechnicien: ça veut dire que je suis un homme des sols, de la terre, pas du béton.» Il est lancé, sourit, finit sa bière. «Je me réjouis qu’elle commence, cette campagne. Avec ma vie professionnelle d’ingénieur, mes engagements associatifs, ce poste de conseiller aux États est un plus, une vraie chance, pas un besoin. C’est ma façon de faire: je reste un homme libre.»

Créé: 26.08.2019, 08h04

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