Ils pensaient trouver 3 espèces de moustiques, ils en découvrent 17

La rive sud du lac de Neuchâtel concentre une grande diversité de culicidés. Les espèces invasives, comme le moustique tigre ou son cousin japonais, ne s’y sont pour l’heure pas établies.

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Ce n’est pas encore la saison de se prémunir de leurs piqûres, mais l’Association de la Grande-Cariçaie a tout de même décidé de parler de moustiques. Cette organisation, qui gère les réserves naturelles de la rive sud du lac de Neuchâtel, vient de publier les résultats de l’inventaire conduit par elle entre le printemps et l’été dernier. But de l’opération? Mieux connaître les culicidés – nom à sortir pour briller en société quand la discussion évoque les moustiques – vivant dans ses réserves naturelles.

Sur l’ensemble du pays, le plus mal-aimé des invertébrés est représenté par une grosse trentaine d’espèces différentes. Or, seulement trois étaient jusqu’alors répertoriées dans la Grande-Cariçaie. «Au vu des milieux naturels que nous gérons ici, il y en a certainement d’autres sans que nous le sachions», reconnaissait, en mai dernier, Antoine Gander, biologiste en charge de ce travail, qui ne se mouillait pas trop en avançant cela.

Car ce que l’inventaire a révélé va bien au-delà de ses espérances. Au total ce sont dix-sept espèces de moustiques qui ont été piégées et identifiées lors des six sessions de capture organisées dans quinze zones différentes, définies entre Cudrefin et Yverdon-les-Bains.

Une diversité remarquable, qui allonge de quatorze lignes le déjà très riche bestiaire de la Grande-Cariçaie. «De quinze lignes en fait, sourit le biologiste. Une des espèces dont nous avions déjà connaissance n’a pas été trouvée au cours de cette étude.» L’Aedes communis, dont il est question ici, est un moustique hivernal ou de premier printemps présent dans le nord de l’Europe. Il est dès lors probable qu’il ne soit pas passé sous les radars des biologistes, mais plutôt que le piégeage mis en place par ces derniers a été installé trop tard pour le repérer.

Conduit en collaboration avec des experts tessinois et zurichois, cet inventaire permet d’affirmer que cinq genres de la famille des culicidés sont présents le long de la rive sud: des anophèles (de trois espèces différentes), des Aedes (sept), des Coquillettidia (une seule), des Culex (trois) et des Culisetta (trois également). Inutile de chercher à y identifier le redouté moustique tigre, vecteur de maladies tropicales tels que le chikungunya, la dengue ou le virus Zika. Présent au Tessin, en Suisse alémanique et en France voisine, il ne se trouve pas (encore) dans cette région à cheval sur les cantons de Berne, Fribourg et Vaud. Pas plus d’ailleurs que d’autres espèces invasives craintes, comme ce moustique japonais déjà repéré aux portes de la Suisse. L’opération avait également pour but d’apporter une réponse à cette question que se posait le Centre suisse de cartographie de la faune.

Deux méthodes de capture

L’absence du moustique tigre n’a pas surpris les spécialistes, persuadés que la Grande-Cariçaie n’offre pas à cette espèce urbaine les conditions nécessaires à sa reproduction. Les voilà d’autant plus rassurés que la pose des différents pièges n’avait pas seulement pour cadre le marais proprement dit et ses forêts riveraines. Certains ont été installés aux abords de zones touristiques ou urbaines, également présentes le long de la rive sud du lac de Neuchâtel.

La fiabilité de leurs données se trouve renforcée par le recours à deux méthodes complémentaires de capture. En plus des pièges à CO2 posés pour attirer les maringouins adultes, les biologistes ont aussi récolté des larves dans les plans d’eau situés à proximité.

Bonne nouvelle pour les riverains, les populations de moustiques anthropophiles se sont montrées relativement faibles le long du lac de Neuchâtel, comparé à d’autres sites où des nuisances sont avérées, comme autour du lac de la Gruyère. «On y procède en effet à des traitements annuels au BTI, une bactérie qui s’attaque aux larves. Idem à la Bolle di Magadino, près de Locarno», explique Jérôme Gremaud. Ce biologiste indépendant participe au contrôle des larves sur le plan d’eau gruérien. Les importantes variations du niveau d’eau, liées à son exploitation pour la production électrique, représentent des conditions idéales pour la reproduction, ce qui ne serait apparemment pas le cas des fluctuations des nappes phréatiques observées ces dernières années dans la Grande-Cariçaie. «L’étude montre en tout cas qu’elles ne sont pas favorables à une prolifération des espèces autochtones au potentiel élevé de nuisances», se réjouit Antoine Gander.

Créé: 15.02.2020, 22h56

Un tiers des espèces préfère piquer l’homme

Des dix-sept espèces authentifiées dans la Grande-Cariçaie, Aedes cantans est la plus représentée. «Elle aime bien piquer l’homme, mais, bonne nouvelle pour les eux, elle ne s’éloigne pas beaucoup de son lieu de reproduction, situé dans les réserves naturelles», explique Sylvie Flämig, qui a participé au projet comme employée de la SUPSI (Ecole universitaire professionnelle de Suisse italienne). La totalité des culicidés présents en Suisse pique, par nécessité.

Ce n’est pas une légende urbaine, seules les femelles jouent les Dracula miniatures, parce qu’elles ont besoin des protéines présentes dans le sang pour assurer la maturation de leurs œufs. Au moment du prélèvement, elles injectent, via l’un des deux stylets de leur trompe, de la salive anticoagulante qui occasionne la réaction allergique redoutée des humains.

Le long de la rive sud du lac de Neuchâtel, trois types de moustiques ne s’intéressent pas à l’homme et piquent en priorité oiseaux, batraciens et reptiles. Les autres s’en prennent à des mammifères. «Six des espèces trouvées fréquemment sont anthropophiles et ont donc une préférence pour l’homme», précise cette diplômée en sciences naturelles de l'environnement.

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