Les petits épargnants sous la menace des taux négatifs

La BNS va bientôt réduire ses taux d’intérêt, qui sont déjà en territoire négatif. Les banques risquent de ponctionner les dépôts des épargnants pour préserver leurs marges.

Permettant d’échapper à l’intérêt négatif, les billets de 1000 francs, facilement stockés dans les coffres-forts, pourraient devenir très recherchés.

Permettant d’échapper à l’intérêt négatif, les billets de 1000 francs, facilement stockés dans les coffres-forts, pourraient devenir très recherchés. Image: SNB2018

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Vous avez 25'000 francs sur votre compte d’épargne. Un petit pécule économisé ou hérité. Aujourd’hui, votre banque vous verse un micro-intérêt en fin d’année. Avec les frais de tenue de compte, vos gains se réduisent comme peau de chagrin. Les choses ne vont pas s’améliorer. Demain, vous pourriez même voir ces économies ponctionnées d’un intérêt négatif.

En Suisse, les petits épargnants risquent effectivement de passer à la caisse. La faute à des taux de plus en plus négatifs en lien avec la vigueur du franc. «Si les taux baissent davantage, ce qui est aujourd’hui attendu, les banques devront prélever un intérêt négatif sur tous les déposants», explique Nikolay Markov, économiste senior chez Pictet Asset Management.

Les Suisses friands d’argent liquide

De combien la Banque nationale suisse (BNS) doit encore réduire les taux d’intérêt avant que cela ne touche tous les déposants? «Encore 0,5% de baisse des taux au maximum avant que cela ne soit transmis aux déposants», estime-t-il. Cela impliquerait que les taux d’intérêt de la BNS passent de leur niveau actuel de –0,75% à –1,25%. À ce niveau, les banques devront ponctionner les dépôts des clients lambda pour préserver des marges sous pression. Cela aura de multiples conséquences. Le commerce du mythique billet de 1000 francs devrait prendre l’ascenseur. Nichées au fond d’un coffre-fort, vos 25 coupures de 1000 ne seront pas rognées par un intérêt négatif. L’or et l’immobilier pourraient aussi en profiter.

Les Suisses restent d’ailleurs friands d’argent liquide. «Le pays est le second utilisateur de cash en moyenne après le Japon», rappelle Nikolay Markov. Une ruée sur les billets est même à craindre. C’est pourquoi la BNS a peu de marge de manœuvre sur les taux. «Elle court le risque de déstabiliser le système bancaire», rappelle l’économiste. Comment faire en sorte que les banques ne se retrouvent pas à court de liquidité? «Il faudrait pouvoir taxer les retraits en liquide en appliquant le même taux d’intérêt négatif que sur les comptes de virement des banques auprès de la BNS, analyse-t-il. Mais cela demanderait une modification du cadre légal, ce qui sera compliqué étant donné le caractère impopulaire de cette mesure.» Bref, la partie s’annonce délicate.

Pas concernés jusqu’à aujourd’hui

Jusqu’à aujourd’hui, les banques n’ont pas répercuté les taux négatifs sur les petits comptes. Ces derniers n’ont été prélevés que sur les gros dépôts en cash. C’est par exemple le cas au Credit Suisse, où l’on indique continuer «d’observer l’évolution du marché». Le monde bancaire se veut plutôt rassurant. «UBS n’envisage pas de répercuter des intérêts négatifs sur l’ensemble de sa clientèle, réagit Jean-Raphaël Fontannaz, porte-parole de la grande banque. Seules les positions de clients privés de 2 millions ou plus devront s’acquitter, à partir de novembre, des 0,75% que facture la BNS.»

À Genève, la BCGE ponctionne uniquement les comptes dotés de 3 millions en liquide. «On peut encore faire un effort pendant un certain temps, mais on devra réagir et s’adapter si les taux de la BNS reculaient à –1,25% ou –1,5%», expliquait récemment Blaise Goetschin, patron de l’établissement, dans la «Tribune de Genève». Du côté de Julius Bär et de Postfinance, les clients sont déjà touchés à partir d’un dépôt de 500 000 francs. Rien ne paraît cependant gravé dans le marbre.

Ce phénomène inquiète au-delà des frontières de la Suisse. En Allemagne, les épargnants craignent le pire à l’heure où la récession pointe son nez. Le ministre des Finances, le social-démocrate Olaf Scholz, veut même interdire aux banques d’imposer des taux négatifs sur les dépôts de moins de 100'000 euros. Il est vrai que la probabilité d’une nouvelle baisse de taux de la Banque centrale européenne (actuellement à –0,4%) n’est à cet égard guère rassurante. S’enfoncer en territoire négatif ne restera pas sans conséquences pour les déposants. En Europe, les taux à moins de 0% sont une mesure prise pour soutenir l’économie en incitant les banques à prêter aux ménages et aux entreprises. Elle doit permettre d’éviter que les liquidités ne restent parquées stérilement auprès de la BCE. Bref, l’épargne doit sortir des comptes et venir nourrir la consommation.

La BNS se bat pour que la Suisse reste compétitive

En Suisse, les taux d’intérêt ont plongé dans le rouge fin 2014. Concrètement, cela veut dire que les banques sont aujourd’hui contraintes de verser une pénalité de 0,75% sur une partie de l’argent placé auprès de la BNS. L’idée est de limiter la hausse du franc en faisant payer pour détenir la devise. En clair, il faut dissuader les investisseurs d’acquérir du franc afin que l’industrie suisse reste compétitive à l’international.

Les banques ont porté une partie du fardeau ces dernières années. Les gros clients et autres institutionnels également. La hausse des frais de gestion sur les petits comptes en a aussi absorbé une partie. Mais la prochaine vague de baisse va changer la donne. Il est probable que votre petit capital de 25 000 francs ne sera plus que 24'750 francs douze mois plus tard, intérêt négatif oblige.

Les taux d’intérêt à court terme de la BNS

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Créé: 01.09.2019, 09h29

«Il faut faire jouer la concurrence, car il y a moyen d’économiser»

L’étau se resserre autour des petits épargnants. Les taux appliqués à leurs avoirs bancaires menacent de devenir négatifs. Le point avec Robin Eymann, responsable de la politique économique à la Fédération romande des consommateurs.



Estimez-vous possible que les banques prélèvent bientôt un intérêt négatif sur les petits clients?

Oui, les banques facturent déjà aujourd’hui les taux négatifs appliqués par la BNS à certains clients. Il s’agit généralement de comptes disposant de gros montants. Je note cependant que la tendance va vers une réduction du seuil à partir duquel les clients sont touchés. On est passé progressivement de 10 millions à 5 millions, puis à 2 millions, voire moins selon les établissements. La banque alternative applique déjà un taux négatif à tout le monde.

Est-ce problématique pour vous?

Oui, ça l’est. Selon nos relevés, les frais de tenue de compte ont augmenté de 45% depuis 2012, alors que les intérêts payés aux clients ne dépassent pas le 0%. Cela concerne la plupart des établissements, à l’exception de certaines banques cantonales. Les grandes banques sont particulièrement chères pour les petits épargnants. Cela me laisse à penser que les taux d’intérêt négatifs sont déjà appliqués d’une manière détournée.

Que préconisez-vous?

Le petit épargnant ne doit pas hésiter à comparer les frais bancaires pour déterminer quel établissement est le plus intéressant en fonction de ses besoins. Fait-il ses paiements en ligne? Retire-t-il beaucoup de montants aux bancomats? Les coûts générés peuvent varier sensiblement d’une banque à l’autre.

Vraiment?

Oui. Il faut faire jouer la concurrence, car il y a moyen d’économiser plus d’une centaine de francs par an. À cet égard, le site Moneyland.ch propose un bon comparatif où l’on peut faire des scénarios selon son profil. Nous venons par ailleurs de publier un comparatif des frais sur notre site.

La cherté du franc est le reflet de l’instabilité mondiale

Ça secoue dans tous les sens et le franc s’envole. Il est vrai que les nuages s’amoncellent à l’horizon. La guerre commerciale entre la Chine et les États-Unis menace de faire dérailler l’économie mondiale. On frôle le bain de sang à Hong Kong, où pro et anti-Pékin s’affrontent. Le scénario d’un Brexit dur, sans accord sur les conditions de sortie de la Grande-Bretagne de l’Union européenne, se précise jour après jour.

Fort de son statut de valeur refuge, le franc suisse grimpe fortement ces derniers mois. Presque logiquement.


La cherté du franc n’est pas une bonne nouvelle. Elle met à mal la compétitivité des nombreuses sociétés suisses (horlogères, chimiques, pharmaceutiques ou encore spécialisées dans les machines) tournées vers l’exportation.

Les inquiétudes autour de l’envolée du franc ne sont pas nouvelles. En témoigne la lutte de la Banque nationale suisse, qui l’a obligée à vendre plus de 750 milliards de francs contre des devises étrangères depuis le début de la décennie, pour limiter le phénomène.

Les inquiétudes redoublent aujourd’hui. Avec les craintes de récession mondiale, les taux menacent à nouveau de piquer du nez en Europe et aux États-Unis. Peu de croissance et peu d’inflation. Cela ne va pas rester sans effet en Suisse. «La BNS sera alors obligée de réagir si elle ne veut pas risquer une forte appréciation du franc, avec à la clé une récession en Suisse», estime Alessandro Bee, économiste chez UBS. Actuellement à –0,75%, les taux de la BNS risquent de plonger davantage en territoire négatif ces prochains mois. Guère rassurant.

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