Comment le policier doit-il gérer les nouveaux manifestants?

Alors qu’Extinction Rebellion souffle sa première bougie, le commandant de la police de Lausanne se dit prêt pour les prochains face-à-face avec ces militants d’un nouveau genre.

En poste depuis dix mois, le colonel Olivier Botteron, 53 ans, est au front depuis l’apparition d’Extinction Rebellion en terre romande.

En poste depuis dix mois, le colonel Olivier Botteron, 53 ans, est au front depuis l’apparition d’Extinction Rebellion en terre romande. Image: Sébastien Anex

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Maîtres d’enseignement, chercheurs, doctorants: ils sont plus de 180 représentants du monde académique suisse – très majoritairement des Romands – à s’être ralliés, depuis le début de la semaine, au plaidoyer «pro-désobéissance civile» de dix professeurs lausannois (dont le Prix Nobel de chimie Jacques Dubochet), publié sur la plateforme SoutienXR.ch.

Seule ville romande à avoir véritablement fait les frais de l’organisation Extinction Rebellion (XR), la capitale vaudoise a vu certains axes et ponts routiers majeurs bloqués à quatre reprises depuis l’apparition du mouvement dans notre pays.

Le commandant de la police municipale, Olivier Botteron, revient sur les défis inédits posés par ces adeptes de la «résistance passive».

Extinction Rebellion se distingue par des activistes au profil inhabituel: une majorité de gens lambda et davantage de femmes, d’aînés ou même d’enfants que dans d’autres mouvements. Que dites-vous à vos policiers pour les préparer à interpeller des novices non violents?
On touche effectivement à toutes les strates de la société. Il s’agit d’une typologie des foules et d’un mode d’action très pointu, qui sont nouveaux pour nous. Nous suivons une formation continue en gestion de l’ordre public, où ces sit-in sur la voie publique sont entraînés.

Ces manifestants qui se collent les mains au moyen d’une super glue à des éléments de l’espace public, voire sous une remorque comme lors du blocage du pont Bessières, est-ce compliqué à gérer?
Je dois reconnaître que c’est la première fois en plus de trente ans de métier que je vis une situation pareille. Un autre jeune s’est collé sur la ridelle de la remorque. L’échelon sanitaire est intervenu pour agir sur les mains, même si je pense qu’une partie de la peau est partie. Ces manifestants prennent des risques, qui sont, à mon sens, démesurés par rapport à leur souhait de s’exprimer dans l’espace public.

Depuis avril, Lausanne a fait les frais de quatre actions de blocage orchestrées par des activistes aux méthodes inédites. Photo: Florian Cella.

Les actions non autorisées des 20 et 27 septembre ont duré plusieurs heures, alors que les militants étaient peu nombreux. Pourquoi ne pas avoir durci le ton plus rapidement?
Nous avons reçu une multitude d’appels de gens mécontents lors des différents sit-in. Mais ma première mission, lorsque des activistes s’approprient une rue ou un pont, c’est indirectement de les protéger en fermant les différents axes, comme pour un cortège autorisé – même si je ne peux pas accepter leur mode de faire. Car on n’est jamais à l’abri d’un automobiliste qui perd patience, et qui, sans forcément percuter les manifestants frontalement, les pousse avec son véhicule.

Qu’est-ce qui vous a pris autant de temps?
La situation doit revenir à la normale par le dialogue; que cela prenne 3, 6 ou 9 heures. Sans passer – comme on nous l’enseigne habituellement – par une phase de haute intensité. C’est quelque chose de nouveau pour tous les corps de police. J’ai aussi introduit le fait que l’on peut aussi rétablir l’ordre en arborant la tenue du policier de tous les jours (qui n’est pas ignifuge), sans recourir à quelque protection que ce soit, ni à un quelconque dispositif antiémeute, tout en restant fermes. Nous sommes face à des gens qui ne cherchent pas la confrontation, je n’ai pas de raison de montrer plus d’autorité et d’utiliser des moyens coercitifs.

Un activiste d'Exctinction Rebellion est évacué sur une brouette par deux policiers, le 27 septembre 2019 à Lausanne. Photo: Emmanuel Borloz.

La diffusion des opérations en direct, par XR, sur les réseaux sociaux, complique-t-elle le travail des policiers?
Il est clair que cela leur met une pression supplémentaire. Mais ils doivent agir tous les jours conformément à leur métier, à ce qu’ils ont appris. C’était à ce titre important de me trouver à leurs côtés lors des deux événements du mois dernier, pour leur montrer que je vis la même chose qu’eux.

La présence d’avocats-observateurs, lors de l’occupation du pont Bessières, était tout aussi inédite.
Au départ, j’étais sceptique: dans mon dispositif, j’aurais très bien pu refuser leur présence sur le terrain qu’occupait la police. Au final, j’étais très content qu’ils soient là. Cela a permis de démontrer que la police – qui est très souvent accusée d’abus d’autorité, ou d’être trop coercitive – fait son travail correctement. Mais leur présence sera évaluée de cas en cas.

Lors de chacune des deux actions de septembre, un militant a été dénoncé pour violence contre les autorités. Les pacifistes ont-ils dérapé?
Au pont Bessières, lorsque l’un de mes collègues s’est penché pour désolidariser deux activistes, l’un d’eux s’est intentionnellement débattu avec ses pieds. Une semaine plus tard, aux abords du giratoire de la Maladière, il y a eu des coups de pied et des crachats à l’endroit d’un agent. Ces deux personnes se sont très vite retrouvées bannies par le groupe et ont passé la nuit à l’Hôtel de police.

Sur le fond, le message de XR suscite-t-il une certaine compréhension au sein de votre corps de police?
Je suis convaincu de la justesse de leur discours et je dois garantir cette liberté d’expression, mais également préserver l’État de droit en rétablissant l’autorité publique, qui m’est déléguée par l’État. Lors des manifestations à prévoir ces prochaines années, mes collaborateurs pourraient très bien se retrouver face à leurs enfants. J’en ai parlé avec ma fille universitaire de 19 ans: je lui ai dit qu’elle a le droit d’exprimer son opinion, mais qu’elle se retrouverait face à son père…

Créé: 26.10.2019, 22h59

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