Le prince danois s’est opposé à un chalet illicite à Verbier

Frederik de Danemark a reconnu qu’il avait acquis un chalet à Verbier il y a dix ans. Mais sans le savoir, il éclaire toute l’affaire des constructions illégales.

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Et si la lumière sur l’affaire des constructions de Verbier venait du prince du Danemark? Ce n’est pas si saugrenu. Début janvier, la couronne royale du Danemark annonce par voie de communiqué que les quatre enfants du couple héritier seront scolarisés à Verbier, à la Lemania-Verbier International School durant douze semaines.

Mais ce début de semaine, la presse danoise s’emballe et révèle que Frederik de Danemark, fils de la reine Margrethe II, et son épouse Mary avaient omis d’annoncer qu’ils possédaient un chalet de 200 m2 dans la station valaisanne. Nous avons également appris que le chalet était régulièrement mis en location, pour un montant allant de 4000 à 12 500 francs la semaine. Mais depuis que nos confrères danois se sont intéressés à cet aspect, les annonces ont été retirées. Au Danemark, on attend des explications.

Mais cette affaire qui ne semblait concerner que les deniers de la couronne danoise révèle des secrets inattendus. En effet, l’histoire du prince du Danemark à Verbier offre, malgré lui, une lecture limpide de toute l’affaire des constructions illégales de chalets à Verbier, qui court depuis quatre ans.

Rembobinons d’abord le fil. Frederik de Danemark achète ce bien en octobre 2009 à un ancien homme d’affaires suédois, désormais domicilié dans la station. Les deux hommes se connaissent de longue date. L’ancien propriétaire, que nous avons pu contacter, ne dira rien, au nom d’une promesse faite au prince. Dans ce quartier à 600 mètres du départ des remontées mécaniques que les connaisseurs surnomment «Little Stockholm» en raison du nombre important de résidents scandinaves, un tel bien devait valoir à l’époque «entre 3 et 4 millions» de francs, bien plus aujourd’hui, selon plusieurs agents immobiliers sollicités.

Deux ans après avoir fait cette acquisition, le prince du Danemark apprend en décembre 2011 qu’un nouveau chalet risque de remplacer une petite bâtisse historique aux volets jaunes juste devant chez lui. Il fait opposition, s’implique personnellement dans la procédure, et obtiendra gain de cause à l’été 2014, après plus de deux ans d’une procédure riche d’enseignements.

Nous avons pu nous procurer les plans et l’essentiel du dossier d’opposition, mais les portes des acteurs concernés se sont refermées les unes après les autres. Après nous avoir d’abord fixé rendez-vous pour en parler, le promoteur du chalet a brusquement annulé et n’a plus donné suite à nos appels.

Les pratiques illicites démontrées

L’affaire est éloquente. Le 2 avril 2012, le Tribunal fédéral rappelle à la Commune de Bagnes, dont dépend Verbier, que sa pratique qui consiste à ne pas compter dans la densité de l’immeuble les saunas, spas, jacuzzis et autres piscines en sous-sol est illégale. C’est entre autres l’ignorance de ce rappel juridique qui aboutira à l’éclatement de l’affaire des constructions illégales, en 2015, avec la mise au jour de plusieurs dizaines de chalets construits avec l’assentiment des autorités locales, en contradiction avec le droit communal, cantonal et fédéral. L’histoire de ce projet de chalet vient démontrer à quel point le système était rodé.

Nous ne sommes que le 24 avril 2012 lorsque la Commune délivre l’autorisation de construire pour ce chalet et écarte l’opposition du prince. Or, selon les plans que nous avons consultés, on peut y voir très précisément un jacuzzi, un espace de détente, un sauna et un hammam, le tout en sous-sol. En clair, le chalet dépasse largement la surface maximale autorisée sur cette parcelle. Et alors qu’elle a l’arrêt du Tribunal fédéral dans la main depuis vingt-deux jours à peine, l’autorité ne juge pas adéquat d’annuler le permis et, au contraire, déboute Frederik de Danemark.

Le prince fait recours devant le Conseil d’État valaisan. Mais la Commune ne change pas sa position d’un iota durant les deux ans de procédure jusqu’en juillet 2014. Cela alors même que le gouvernement a signifié à la Commune, dès juin 2012, que sa pratique en matière de sous-sol n’était plus admissible.

La surveillance de l’État en cause

L’autorité cantonale a fini par donner raison au prince, précisément en raison des pièces surdimensionnées en sous-sol, et annulé le permis. Mais l’affaire interroge aussi sur le rôle du gouvernement valaisan. En effet, celui-ci n’a remis concrètement la commune à l’ordre qu’en 2016, soit après l’éclatement de l’affaire. Or à la lueur de cette bisbille princière, il avait, dès 2012, sous les yeux la preuve que la Commune faisait le choix d’ignorer la jurisprudence fédérale et le rappel à l’ordre gouvernemental.

Quant à l’avocat du prince sur ce dossier, il n’a pas souhaité s’exprimer même s’il en est sorti victorieux parce qu’il compte aujourd’hui la commune de Bagnes comme cliente. Ce sont par ailleurs ses associés au sein de l’étude Ritz à Sion qui défendent la Municipalité dans l’affaire des constructions illégales, précisément.

À Verbier, ceux qui côtoient le prince évoquent un homme très bien intégré dans la station. Ils ne croyaient sans doute pas si bien dire: il y a fait appliquer la loi.

Créé: 18.01.2020, 22h34

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