Rencontre au QG de Mike Horn avec ses filles

Les deux filles de l’aventurier suivent sa progression à chaque instant. Depuis la mort de leur mère, les sœurs gèrent d’une main de maître la communication et l’organisation de l’explorateur.

Les deux filles de l’aventurier suivent sa progression à chaque instant.

Les deux filles de l’aventurier suivent sa progression à chaque instant. Image: Yvain Genevay

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Elles ont les yeux un peu cernés et laissent échapper un petit bâillement de temps à autre. Ces derniers jours ont été rock’n’roll pour Annika et Jessica Horn. À peine débarquées de Hong Kong, où elles sont parties négocier un partenariat, les filles de l’explorateur repartent ce week-end en Norvège. À ces allers-retours s’ajoutent les rebondissements quotidiens de l’expédition en Arctique de Mike Horn et son compère, le Norvégien Børge Ousland. La vie des deux jeunes femmes, âgées de 24 et 26 ans, est presque aussi mouvementée que celle de leur père.

Il règne un gentil désordre dans les bureaux sis dans un immeuble cossu du centre-ville de Lausanne. Assises l’une à côté de l’autre, les deux sœurs détaillent les conditions actuelles de Mike et Børge, dans un discours ultrapro et bien construit. «Tous deux ont perdu beaucoup de poids, entre 10 et 15 kilos chacun, explique Jessica Horn. Ils ont un début de gelures, mais leur expérience permet de maîtriser leurs blessures. Pour l’instant, ils parviennent à gérer la situation.» Une collègue interrompt la conversation. «Non, Mike n’est pas disponible ce week-end-là… il va à Monaco, lui répond Jessica. Peut-être en février?»

Annika et Jessica gèrent toute l’organisation de Mike Horn, de la recherche des sponsors à la gestion de son agenda, sans oublier la gestion de sa communication. Elles en ont fait leur métier. Toutes deux ont d’ailleurs fait des études de communication, Annika à Paris, Jessica à Boston. «Ce n’était pas prévu à la base, raconte Annika. C’était maman qui gérait tout cela avant. Même lorsqu’elle est tombée malade, je ne pouvais pas m’imaginer qu’elle disparaîtrait. J’avais prévu de faire un master… Lorsqu’elle est partie, papa m’a lancé l’ordinateur et il m’a dit: «Je ne connais même pas le code de ce machin-là.» J’ai dû reprendre les choses en main. Ma sœur m’a rejointe.»

Des nouvelles une fois par jour

Depuis quelques années, la «machine» Mike Horn s’est professionnalisée. «C’est surtout depuis qu’il a fait de la télévision que cela a explosé, souligne Jessica. L’intérêt est devenu énorme, dans le monde entier.»

Site internet ultraléché et moderne, présence intelligente sur les réseaux sociaux… les jeunes femmes et leur équipe ne laissent rien au hasard. Ce sont elles qui nourrissent les comptes Instagram de l’expédition et de Mike Horn. «Il nous donne des nouvelles une fois par jour via un téléphone satellite, explique Jessica. C’est marrant de voir l’évolution, d’ailleurs. Au départ, il nous donnait beaucoup de photos, des selfies avec Børge… Là, on voit qu’ils n’ont plus envie et se contentent de nous écrire du texte que nous retranscrivons sur son compte.»

Effectivement, le fil des publications se fait toujours plus sombre, au fil des difficultés rencontrées et de la nuit permanente qui s’est installée depuis bientôt 50 jours. «C’est normal qu’en fin de course le moral soit en descente, reprend Annika. D’autant plus que l’expédition dure bien plus long que prévu, notamment à cause de cette glace plus fragile. Il ne s’y attendait vraiment pas. En treize ans (ndlr: lors de sa première expédition), le terrain a complètement changé. À chaque message qu’il nous écrit, il nous dit son étonnement. Il s’est vraiment pris les effets du changement climatique en pleine figure.»

Aux dernières nouvelles, après une accalmie et une belle progression ces derniers jours – plus de 30 km par jour – les conditions météo se sont à nouveau gâtées. Le thermomètre est descendu à – 40 degrés, et le vent, qui jusqu’ici soufflait dans la bonne direction, devrait à nouveau tourner en leur défaveur. «La situation ne cesse de changer et peut à tout moment subir un revirement, commente Jessica. Nous sommes constamment sur le qui-vive.»

Pas de problèmes, que des solutions

Ne sont-elles pas lasses de craindre pour leur père? Le fait d’avoir grandi avec cette tension semble avoir forgé une certaine résistance.

«On prend les choses différemment. On n’a pas été élevées comme cela, répond Annika. Nos parents nous ont toujours répété qu’il n’y avait pas de problèmes, que des solutions. Et c’est ce que l’on fait. On trouve des alternatives, on étudie les possibilités. Dans ce cas, nous sommes épaulées par l’équipe norvégienne de Børge Ousland. Heureusement, car ce sont eux les spécialistes du polaire. Mais sinon, on se serait débrouillées autrement.»

Les sœurs concèdent tout de même qu’elles auraient bien aimé que leur père accepte d’être rapatrié en hélicoptère. «Il ne veut pas, il faut respecter cette décision, soupire Annika en haussant les épaules. On le comprend aussi. Il veut absolument finir en bateau, comme il a commencé. Il a pour modèle les grands explorateurs d’antan, qui n’avaient pas toute cette technologie à l’époque. On a d’ailleurs essayé de lui donner un traceur GPS. Il prétend qu’il l’a perdu, mais on le soupçonne fortement de s’en être débarrassé.»

Des plats de Giovannini

On sent beaucoup de tendresse dans les voix des deux jeunes femmes lorsqu’elles évoquent les facéties de leur personnage de père. Comme lorsqu’elles racontent les fantasmes culinaires que Mike Horn leur décrit via le téléphone satellitaire, après 78 jours de régime de boule de graisse et de nourriture lyophilisée. «Il nous a déjà fait acheter deux meules de fromage chez l’un de ses copains valaisans. Il rêve aussi de boules Lindt, les rouges je crois. Et Frank Giovannini (ndlr: le chef du restaurant trois étoiles de l’Hôtel de Ville de Crisser) lui a préparé des plats traiteurs sous vide. C’est chou, c’est hyperprécis comme demandes», sourit Annika.

Pour pouvoir enfin manger leur fondue, Mike Horn et Børge Ousland devront encore parcourir près de 150 km jusqu’au point de ralliement, où un bateau les attend. C’est là que se rendent les filles aussi, avec les meules de fromage dans leurs sacs. «Il pourra enfin voir le soutien incroyable qu’il a reçu de par le monde entier, se réjouit Annika. Et qu’il nous raconte ce qu’il a vécu. Ils ont vu de leurs yeux les effets directs du changement climatique, et ce sont les seuls à avoir été dans ces zones-là. Il a maintenant un rôle d’information important à jouer.»

Créé: 30.11.2019, 23h10

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