«La Suisse est riche, nous ne laisserons personne de côté»

La présidente de la Confédération, Simonetta Sommaruga, exhorte la population à suivre les consignes. La socialiste assure que le Conseil fédéral est à ses côtés.

Simonetta Sommaruga est convaincue que la Suisse peut gérer cette crise. Mais «les autorités ont aujourd’hui besoin que la population les aide».

Simonetta Sommaruga est convaincue que la Suisse peut gérer cette crise. Mais «les autorités ont aujourd’hui besoin que la population les aide». Image: Yvain Genevay

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Un conseiller fédéral, ça peut télétravailler?
Pas exclusivement. Mais depuis un moment, nous organisons nos séances de manière à pouvoir garder la distance nécessaire. Mes collaborateurs font du télétravail dans la mesure du possible. Les horaires de travail sont flexibles, afin qu’ils ne doivent pas prendre les transports publics aux heures de pointe. Notre but est clair: nous voulons protéger la santé de toute la population. Moi-même, j’essaie de me déplacer en ville à pied. J’ai annulé des événements et repoussé des voyages à l’étranger.

Les familles, les liens intergénérationnels, sont au cœur du chamboulement. Comment s’organiser?
Pour beaucoup de familles, l’organisation est déjà un défi en temps normal, j’en suis consciente. Souvent les grands-parents gardent les enfants. Ce n’est plus possible à cause du coronavirus. Il va falloir faire différemment. Les Cantons ont donné un signal important en promettant qu’aucun enfant ne sera laissé sans solution. Les autorités sont là pour soutenir la population. En même temps, elles ont aujourd’hui besoin que la population les aide.

Pour les plus âgés, l’isolement est aussi un danger…
C’est vrai. Nous devons être créatifs et trouver des moyens de rester proches tout en gardant de la distance. J’ai entendu parler d’un EMS, désormais fermé aux visites, qui a installé un grand écran dans la salle commune où les petits-enfants peuvent appeler leurs grands-parents par vidéoconférence. Je trouve cet exemple formidable. J’aimerais remercier l’engagement extraordinaire de toutes les personnes, les soignants, mais aussi les vendeuses ou encore les chauffeurs de bus, qui font en sorte que la vie reste un brin normale.

Pour quelle population avez-vous le plus peur?
Dans l’état actuel de nos connaissances, nous savons que les personnes de plus de 65 ans, celles qui souffrent de maladies chroniques, d’un cancer, de diabète, de problèmes respiratoires, d’hypertension artérielle ou encore de déficience immunitaire, font partie des plus à risque. Mais le plus important, c’est que tous ceux qui ne se sentent pas concernés par le coronavirus soutiennent les mesures prises. C’est la seule manière de protéger les personnes à risque. Il faut se laver soigneusement les mains, garder ses distances et rester à la maison en cas de fièvre. Nous devons ralentir la propagation du virus pour que nos structures médicales ne soient pas surchargées et que les hôpitaux aient suffisamment de capacités pour pouvoir prendre en charge toutes les personnes gravement malades.


Lire aussi: La seule chose qui protège contre les virus – et que tout le monde fait faux


À 18 ans, vivre six semaines sans sortie, c’est une éternité. Comment convaincre?
Les mesures prises ne sont pas compliquées à appliquer, même pour les jeunes. C’est compréhensible qu’il faille un peu de temps pour que chacun les intègre. Mais il y a urgence. Pour pouvoir ralentir la progression du coronavirus, nous avons besoin immédiatement de l’aide de chacun. Cela dit, je sens une grande solidarité, entre voisins, entre jeunes. Je suis aussi impressionnée par la vitesse avec laquelle de nombreux employeurs ont réagi pour trouver des solutions pragmatiques pour leurs employés.

«Les mesures prises ne sont pas compliquées à appliquer, même pour les jeunes»

Beaucoup de gens se sont aussi précipités dans les magasins. Vous, vous avez fait des réserves?
Non. Il n’y a pas de raison. Beaucoup d’entreprises se soucient de notre approvisionnement et le Conseil fédéral a pris toutes les mesures pour garantir les livraisons, y compris de matériel médical dans les hôpitaux. Il faut comprendre que c’est seulement en respectant maintenant les mesures décrétées que nous pourrons surmonter la crise ensemble. Si chacun ne pense qu’à soi, nous n’y arriverons pas.

Vous avez commencé votre présidence calmement dans une boulangerie. Aujourd’hui c’est la crise. Comment vous vous y préparez?
En 2015, ma présidence avait commencé par les attaques terroristes à «Charlie Hebdo». Chaque crise est différente. Nous connaissons désormais une situation particulière non seulement en Suisse, mais dans le monde entier. Nous nous y sommes préparés du mieux possible. Nous avons beaucoup travaillé avec les Cantons, en incluant l’économie, et maintenant tout un chacun. Je suis confiante.

Ça sert à quoi une présidente dans ces moments?
Ces dernières semaines, le ministre de la Santé, Alain Berset, et le ministre de l’Économie, Guy Parmelin, m’ont tenue informée, parfois plusieurs fois par jour. Tous deux étaient en contact permanent avec les Cantons et l’économie. Mardi, j’ai organisé une séance avec Alain Berset et Ueli Maurer. Mercredi, j’ai invité la députation tessinoise afin de parler très concrètement de la situation. Jeudi, nous avons tous préparé les nouvelles mesures jusque tard dans la nuit. Et vendredi, le Conseil fédéral a pris ses nouvelles décisions. Nous avons analysé en profondeur le sens de chaque mesure, pour que la population comprenne pourquoi elles sont nécessaires. Et nous avons mis 10 milliards de francs à disposition de l’économie pour offrir une aide immédiate. C’est le rôle d’une présidente dans une telle situation. Les gens n’attendent pas de moi que j’intervienne publiquement tout le temps, mais que je fasse ce travail-là.

Avez-vous peur pour vous-même? Pour votre mari? Pour votre collègue Ueli Maurer, 69 ans?
Je suis inquiète, bien sûr. Pas pour moi personnellement, mais pour toutes les personnes, et bien sûr aussi mes proches, qui vivent dans l’incertitude. Le virus peut toucher chacun de nous. Heureusement, nous ne sommes pas totalement démunis. Nous pouvons agir pour freiner sa propagation. Certaines personnes ont aussi peur de perdre leur travail. Nous avons pris des mesures pour que les salaires puissent continuer à être versés. Nous nous soucions aussi des indépendants, des milieux du sport et de la culture.



Dix milliards de francs, cela suffira pour payer les Suisses à rien faire pendant des mois?
La Suisse est un pays riche. Nous ne laisserons personne de côté. Le Conseil fédéral l’a dit avec grande clarté: nous sommes en mesure de faire face à cette crise, sur le plan médical et financier. En ce sens, nous sommes privilégiés. Il s’agit maintenant de voir où sont les besoins et ce que nous pouvons faire rapidement et sans trop de bureaucratie.

La Suède a débloqué 50 milliards d’euros pour son économie…
Le fonds de 10 milliards doit servir à fournir une aide immédiate. Mais le Conseil fédéral peut adapter ses mesures à l’évolution de la situation.

Et si les conseillers fédéraux tombent malades, qu’est-ce qui se passe?
Chacun d’entre nous a un remplaçant. Et nous avons la possibilité de prendre des décisions par conférence téléphonique ou par voie de circulaire, c’est-à-dire sans devoir se réunir. Même si certains d’entre nous devaient être confinés à la maison ou malades, nous serions encore en mesure de prendre des décisions.

Créé: 14.03.2020, 23h00

Articles en relation

Coronavirus: guide des gestes de prudence selon les âges

Le Matin Dimanche Le coronavirus touche l’ensemble de notre vie, jusqu’aux moindres gestes quotidiens. Suivant les générations, les problématiques et les défis à relever ne sont pas les mêmes. Manuel de survie de base pour chacun. Plus...

Ils sont nos élus «vulnérables» en cas d’infection au coronavirus

Le Matin Dimanche Six parlementaires romands font partie des personnes à risque. Ils nous disent comment ils gèrent la situation. Plus...

Sport à l'arrêt: et maintenant, on fait quoi?

Le Matin Dimanche Privés de compétition, parfois de revenus, un grand nombre de sportifs suisses attendent fébrilement de connaître leur sort. Rencontre. Plus...

La rédaction sur Twitter

Restez informé et soyez à jour. Suivez-nous sur le site de microblogage

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.