«Il y a une tension sexuelle dingue dans ces endroits»

Les salles de fitness servent toujours plus de cadre aux vidéos pornographiques. La réalité n’est pas toujours éloignée du fantasme. Enquête en Suisse romande.

Des couples se forment souvent au pied de l’elliptique, quitte à faire du surplace.

Des couples se forment souvent au pied de l’elliptique, quitte à faire du surplace. Image: Getty Image

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Une chronique filmée de Marina Rollman sur «France Inter» devrait franchir le cap du million de vues sur YouTube la semaine prochaine. Dans cette capsule de trois minutes intitulée «Porno, les dernières tendances», l’humoriste suisse révèle que «l’une des catégories de pornographie qui a le plus de succès à l’heure actuelle concerne les scènes se déroulant dans des fitness».

Comme elle possède elle-même un abonnement dans un club, elle ne peut faire mine d’être étonnée. «Il y a une tension sexuelle dans ces endroits, c’est un truc de dingue!» Or certains considèrent justement la salle de sport comme un moyen de relâcher la tension.

«Un jour, un couple est entré dans une cabine privée pour se changer et se doucher. Après une heure, j’ai quand même frappé à la porte», relate un instructeur de fitness vaudois, presque admiratif devant tant d’endurance. Un autre a observé le même manège mais dans un solarium, cette fois. Les possibilités sont infinies.

Des acteurs se plient en quatre pour en faire la démonstration sur gymfucking.com, une plate-forme spécialisée qui se vante de proposer la plus vaste collection de scènes tournées entre le bar à protéines et les rameurs. La génération «porno-biscotos» en redemande.

Des habits très courts

C’est que tout, dans les salles de fitness, favorise le rapprochement des corps. Le tutoiement généralisé, la musique de club, les jeux de miroirs que chacun utilise selon son amour pour lui-même ou pour le prochain, ou les tenues de sport si courtes qu’elles en viennent à menacer l’industrie du textile.

Rollman, incrédule: «J’ai essayé d’acheter une brassière de sport, je n’en ai pas trouvé une seule qui ne soit pas rembourrée. C’est fini, les shorts informes et les couleurs moches. Tout le monde est désormais harnaché dans des tenues ultramoulantes.» «Les sous-vêtements de sport sont utilisés comme vêtements pour les entraînements», constate Sophie, abonnée à une chaîne de fitness depuis 2012.

Les garçons montrent eux aussi plus qu’ils ne suggèrent, les fines bretelles de leur marcel ne servant souvent qu’à sublimer leurs pectoraux gonflés comme des baudruches. Une attitude que proscrit la chaîne de fitness Viv’Eden.

«Chez nous, les habits provocants ne sont pas acceptés», pose Laurent Jouniant, responsable d’une salle en France. «On n’est pas dans la frime, on est dans la forme», proclame son collègue, prêt à intervenir en cas d’association douteuse de type «brassière-shorty». La branche lausannoise de Viv’Eden a adopté une politique semblable mais se déclare plus permissive dans son application. «On est attentif aux tenues, mais pour des raisons d’hygiène. On veut éviter que la peau n’entre en contact avec les appareils.»

Des hormones à fond

L’effeuillage est donc autorisé sur les tapis de sol, ce qui fait naître des fantasmes inavouables chez une population dont le jeune âge et la pratique du sport mettent en ébullition les hormones. C’est chimique, se défendent les plus imaginatifs. En 2012, une étude pratiquée sur des campagnols a révélé que sous l’effet de l’ocytocine, les rongeurs les plus sportifs «se liaient plus facilement et avec plus de détermination que les autres aux nouvelles femelles introduites dans leur cage».

«En plus, entre 18 et 30 ans, les hormones sont à fond», souligne malicieusement un employé de fitness, aux premières loges pour assister au «jeu sexuel» entre filles et garçons, sur des appareils qui favorisent la souplesse.

Les corps se frôlent, puis se rapprochent. Comme en discothèque, «mais en mieux», selon Robert Jakab, qui a rencontré ses deux femmes dans un club de gym. «C’est plus sûr qu’en boîte, assure-t-il. Parce qu’on voit la personne plusieurs fois par semaine, qu’on a le temps de s’en faire une idée. Et puis je ne pourrais pas être avec quelqu’un qui boit de l’alcool.»

Des boissons survitaminées

Des couples se forment souvent au pied de l’elliptique, quitte à faire du surplace. «Le plus souvent, la séduction ne débouche sur aucune relation longue durée», glisse une employée, amusée. «Chaque client a ses propres objectifs, et pour certains ce sont les rencontres (ndlr: des speed datings sont même organisés dans des clubs de gym). Avant la signature d’un contrat, on m’a déjà demandé plusieurs fois, sans gêne, s’il y avait beaucoup de filles inscrites», raconte un coach sportif.

«Quand les gars voient une fille en minishort, ils viennent direct me voir pour me demander son prénom», reconnaît un entraîneur.

Car on trouve parfois, au fitness comme dans tous les lieux favorisant les rencontres, des dragueurs plus lourds que les poids qu’ils soulèvent. Marina Rollman n’en parle pas dans sa chronique, car ils ne font rire personne. Elle préfère ironiser sur le maquillage des unes, le gel capillaire des autres, et cet espace clos, humide, dans lequel les garçons «boivent de mystérieuses boissons bleues pour tenir plus longtemps» au rythme d’une musique entêtante. Ce qui lui fait dire que «les salles de fitness, en fait, on dirait déjà du porno»!

Créé: 03.11.2019, 17h28

Des clubs réservés aux femmes qui veulent échapper aux regards lubriques

Un digicode, et deux portes d’entrée successives préviennent le visiteur: on ne pénètre pas dans le fitness lausannois réservé aux femmes sans l’autorisation de la responsable qui, après avoir jeté un coup d’œil méfiant à notre barbe de trente jours, nous éconduit poliment. Le refus est le même à Sion, à Martigny ou à Tavannes, partout où les messieurs ne sont pas les bienvenus. «On est entre nous. Ce n’est ni un bien ni un mal. C’est un choix», assume Nadine Dussey, la gérante de la salle sédunoise.

Ce choix est parfois motivé par une conviction religieuse ou par la possibilité de s’entraîner sur du matériel adapté à la morphologie féminine. Mais le plus souvent, c’est pour échapper aux regards insistants des hommes que ces dames fuient la mixité.

«On fait toujours un sondage au moment de l’inscription. Or on s’est rendu compte que 99% de nos nouvelles adhérentes disent que ça les arrange vraiment de pouvoir s’entraîner sans hommes, sans regards», révélait Catherine Weber, gérante de la salle de Tavannes, sur les ondes de RJB en 2013.

«Certaines, c’est sûr, en ont marre de se faire mater», admet en substance la patronne de Sion, ce que le propriétaire de la salle lausannoise confirme: «Les femmes viennent ici car les regards des hommes dans les salles de sport peuvent les déranger.»

Les fitness féminins répondent donc à une demande, érigée en argument de vente par les propriétaires des établissements, soucieux que leurs adhérentes puissent «bouger dans la discrétion, sans être ennuyées», comme il est relevé sur le site des deux clubs valaisans. Mais le jeu peut être risqué.

Un club de fitness belge devenu excluant pour les hommes a été condamné pour discrimination avant de gagner en appel. «En Suisse, d’une manière générale, on peut admettre une certaine discrimination fondée sur le sexe lorsque des intérêts prépondérants le justifient», renseigne un juriste, précisant que cette question doit «être tranchée au cas par cas».

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