Tina Turner fête ses 80 ans et mérite le nom de sainte

La chanteuse du Tennessee, Suissesse depuis 2013, vit près de Zurich. Alors que l’histoire folle de sa vie triomphe sur la scène à Broadway, elle fête ses 80 ans. Hommage à une extraordinaire miraculée.

Tina Turner saisie en 1985, au moment de son grand retour discographique.

Tina Turner saisie en 1985, au moment de son grand retour discographique. Image: Brian Aris/Camera Press/Keystone

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Ne croyez rien de ce que semblent dire les images, ces dernières années. Anna Mae Bullock, dite Tina Turner, vit depuis 1994 à Küsnacht, à côté de Zurich, avec le producteur allemand Erwin Bach, dix-sept ans de moins qu’elle, ancien cadre de l’industrie du disque qu’elle aime depuis 1985. Ils sont mariés depuis 2013, année où elle a pris la nationalité suisse. Ne croyez pas cet apaisement de façade, tranquillité souriante de star au crépuscule mise enfin à l’abri par ici.

Le 7 novembre dernier, elle était à New York, Broadway assistant à la première de «Tina», show musical comme seule l’Amérique sait les fabriquer. Elle se fait rare, c’était un événement de la voir arriver, limousine noire, son mari lui tenant la porte, sa copine Oprah Winfrey à ses côtés. Devant les caméras, son visage apparaît, vous entendez la foule, assourdie, puis cela monte, de plus en plus fort, comme si une clameur demandait à sortir des cœurs: «Tina, Tina, Tina!…» hurlent ou chantent les gens.

Encore une fois, ne croyez pas qu’il s’agisse là de fêter une chanteuse, faiseuse de tubes d’autrefois. Non, ils font allégeance à une femme, à un courage, à une manière de résister, de recommencer, de survivre et faire ainsi de son existence un miracle, donc un exemple, d’où que vous veniez: c’est une sainte.

Du sang dans la gorge

Son histoire est fameuse, elle a fait l’objet de millions d’articles, d’un biopic, en 1993, avant que cela ne devienne une mode au cinéma, puis de livres, dont une autobiographie récente, au début de cette année, «My Love Story»: la traduction française paraît ces jours.

Alors faisons court. Naissance à Nutbush, trou du Tennessee. Champs de coton, père violent qui se barre, maman qui se barre, chorale à l’église. Anna Mae a 18 ans quand elle tombe sur Ike Turner, guitariste de R’n’B, qui l’engage dans son groupe comme chanteuse, l’épouse en 1962, et la bat sans discontinuer. Elle devient Tina Turner, chante comme un incendie, «River Deep Mountain High», «Proud Mary».

Mais elle confessera surtout que, prenant tellement de coups de son mari violent et toxicomane, elle sentait parfois le sang couler dans sa gorge alors qu’elle chantait. Un jour de juillet 1976, avant un show à Dallas, elle s’enfuit. Elle se sauve, littéralement, mais sans ce saligaud de Ike, on la croit perdue pour la musique.

Il lui faudra du temps, cette résilience, pour réussir le plus grand come-back de toute l’histoire de la pop. On est en 1984, le disque s’appelle «Private Dancer», la chanson «What’s Love Got to Do With It». Vous la connaissez. C’est un cri et une prière, elle envahit la terre, entrant dans le Livre des records après un concert de Tina à Rio: 184 000 spectateurs payants, ce n’était jamais arrivé dans l’histoire. Durant plus de vingt ans, Tina Turner sera la plus grande show-woman du monde.

Elle a fêté ses 80 ans mardi dernier. Son mari lui a donné un rein, il y a deux ans, alors qu’on la croyait perdue. Son fils Craig s’est suicidé l’an dernier à 59 ans, il avait toujours été «émotif» et désespéré. Cela l’a dévastée. Au jour du birthday, elle a posté un émouvant message vidéo: «Je suis au top, je me sens bien, j’ai traversé des choses très graves médicalement que je surmonte. C’est comme avoir une deuxième chance dans la vie.»

Dans ce monde où les hommes et les femmes se cherchent des icônes, en voilà une vraie, une forte, marquée des stigmates de l’espérance en la vie. À Broadway le 7 novembre, à la fin du spectacle, elle est venue sur scène, tenant le bras d’Adrienne Warren, qui y tient son rôle. L’émotion était vertigineuse, l’ovation inouïe. «What’s Love Got to Do With It»? Qu’est-ce que l’amour a à voir avec ça? Tout, évidemment.

Créé: 06.12.2019, 15h05

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