En Valais, Sion 2026 partage les familles

Jeux OlympiquesSoumise au vote le 10 juin dans le canton, la candidature de Sion 2026 occupe chaque dîner de famille. Et, en couple, entre frères ou avec ses enfants, le débat met souvent le feu aux poudres.

Cassant les clivages politiques traditionnels, le sujet met de l’ambiance dans les chaumières et captive toutes les générations.

Cassant les clivages politiques traditionnels, le sujet met de l’ambiance dans les chaumières et captive toutes les générations. Image: Louis Dasselborne/LMD

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Bien malin celui qui pourra dire quel sort les Valaisans réservent au projet olympique de Sion 2026 le 10 juin prochain. Une chose est sûre, la campagne est extrêmement tendue dans le canton, et les attaques parfois très vives entre opposants et partisans. Le ton devient même carrément excessif sur les réseaux sociaux. Cassant les clivages politiques traditionnels, le sujet met de l’ambiance dans les chaumières et captive toutes les générations. Immersion dans trois familles où le sujet divise autant qu’il passionne sans, encore, devoir recourir aux gants de boxe.

Pierre-Michel et Florian Oggier, Vétroz (Photo en tête de l'article)

Les choix sont faits depuis un bout de temps. Florian Oggier, 22 ans, dira oui aux JO. Son père, Pierre-Michel, 56 ans, ne veut pas en entendre parler. Mais, contrairement au débat politique, leur discussion tourne très peu autour des éléments financiers et techniques. Le projet, ils le connaissent, ils ont assisté tous les deux à plusieurs présentations et débats qui les ont confortés dans leurs positions respectives. Chez eux, on en revient à la question centrale des Jeux olympiques: le sport. «Ce serait vraiment beau pour les athlètes suisses de pouvoir enfin fêter leurs médailles chez eux, en Suisse. Pour eux, ce serait une fierté», assure Florian, qui a fait ses classes avec Théo Gmür, triple médaillé d’or aux Jeux paralympiques de PyeongChang.

Le jeu n’en vaut pas la chandelle pour son père. «Nous n’avons pas les moyens de nos ambitions. Qu’est-ce qui a été fait pour le sport en Valais depuis la défaite de Sion 2006? Rien.» Et de miser sur l’organisation d’événements plus modestes, tels des championnats du monde.

Tous les deux ont renoncé à la persuasion et optent pour le respect. «Les débats deviennent trop virulents en Valais. Je préfère l’encourager dans sa position, c’est bon pour la démocratie», confie Pierre-Michel. Florian est convaincu que le sujet mobilisera les jeunes en masse. Et il s’ose même à esquisser une tendance: «Je pense que ma génération sera plutôt favorable. Pour la fête, pour le sport.» «Et peut-être aussi parce que vous ne vous souciez pas encore de comment dépenser votre argent», coupe aussitôt Pierre-Michel. Dans un éclat de rire commun, ils acquiescent.

Photo: Louis Dasselborne/LMD

Coralie et Erwan Pennarun, Savièse

Sur 99% des objets politiques, ils sont d’accord. Mais pas cette fois. «Il m’énerve, il sait très bien parler et, à chaque fois qu’on a de la famille ou des amis à dîner, il tente de les corrompre», s’amuse Coralie Pennarun de son mari, Erwan. Elle, les Jeux de 2026, elle n’en veut pas. Lui, il en rêverait. Pour ces parents de deux jeunes enfants installés à Savièse, l’occasion de lancer une petite pique à son conjoint n’est jamais loin.

L’histoire donne de quoi sourire. Erwan est Breton, n’a jamais mis de skis et n’est pas un immense adepte des sports d’hiver. Coralie, elle, a grandi en Valais avec un père absolument fan de ces disciplines sportives et n’était pas loin de se laisser convaincre. «Mais je ne peux pas faire confiance au CIO. Je ne veux pas qu’on se retrouve avec des dettes sur les bras pendant des années.»

Contre toute attente, Erwan n’essaie pas de contester cet argument. «Sans doute qu’il y aura des dettes et qu’on paiera peut-être un peu plus d’impôts. Mais c’est un investissement pour le tourisme en Valais. Cela en vaut vraiment le coup.» Et puis le trentenaire glisse dans un clin d’œil. «Ça doit être mon côté bétonneur qui prend le dessus», sourit celui qui travaille dans une entreprise de construction. C’est aussi au nom de la défense de l’intérêt commun que Coralie dira non. «Ce serait aller contre mes valeurs de mettre de l’argent dans une fête olympique alors qu’on coupe sans cesse dans le social.»

Inconciliables, ces fervents supporters du FC Sion ont cependant peu goûté à l’intrusion du tous-ménages de Christian Constantin, plaidoyer pour Sion 2026, dans leur boîte aux lettres. «Une raison de plus de dire non», pour Coralie. «Une grosse erreur», selon Erwan, mais encore pas assez pour le faire changer d’avis.

Photo: Louis Dasselborne/LMD

Michel et Jean-Marc Salamolard, Sion

Le débat sur Sion 2026 vire souvent à la question d’identité et de vision pour tout un canton. C’est le cas pour les frères Jean-Marc et Michel Salamolard, qui, après un dîner de Pâques animé sur le sujet, se reprennent au jeu. Entre le Sédunois de 73 ans et le Sierrois de 75 ans, le débat est vif, mais toujours courtois. «Ce n’est pas parce que nous ne partageons pas le même point de vue que nous ne nous aimons pas comme des frères», tiennent-ils à souligner, déplorant les multiples dérapages sur les réseaux sociaux.

Jean-Marc voit dans ce projet l’occasion unique pour tout un canton, doué pour ne se soucier que d’intérêts particuliers, de tirer enfin à la même corde. «Le Valais est un eldorado. Ce projet, ambitieux et complexe, est d’abord l’occasion pour les orpailleurs valaisans d’apprendre à mettre en valeur l’extraordinaire domaine aurifère cantonal. Et cela, désormais, de manière concertée et pour le grand bien de tous.» Michel confie ne pas savoir ce qu’il glissera dans l’urne. Mais il reste sceptique. «On nous demande de croire à un rêve. Que se passera-t-il si les JO sont un fiasco? Tout le monde aura le sentiment d’avoir perdu quelque chose, avec peut-être un déficit à assumer pour ce qui serait un coup d’épée dans l’eau. On joue à quitte ou double.»

Et de s’amuser que son frère, docteur en droit et licencié en économie, soit soudainement si prompt à rêver sans se soucier des chiffres. Sion 2026 révèle un autre paradoxe dans cette fratrie. Michel, prêtre depuis 1969, qui se surprend en effet à être le plus terre à terre des deux, regrettant le peu d’éléments concrets et de retombées précises. Entre la volonté d’allumer le feu olympique et la crainte d’un retour de flamme, Sion 2026 devrait encore provoquer des étincelles d’ici au 10 juin.

(TDG)

Créé: 28.04.2018, 22h44

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