Ne vapotez pas n'importe quoi

Les décès de vapoteurs et l’hospitalisation d’un millier de patients aux États-Unis rappellent qu’il est indispensable de ne pas mettre n’importe quel liquide dans l’e-cigarette.

Les personnes intoxiquées aux États-Unis auraient inhalé, volontairement ou pas, des produits huileux contenant du cannabis.

Les personnes intoxiquées aux États-Unis auraient inhalé, volontairement ou pas, des produits huileux contenant du cannabis. Image: Mauro Grigollo/plainpicture

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Arrivée en Suisse en 2012, la vapoteuse, ou cigarette électronique, semblait ne présenter presque que des avantages comparée à la cigarette normale. Exit goudrons, nitrosamines, hydrocarbures, aldéhydes, monoxyde de carbone. Bref, plus de tout un tas de substances cancérigènes que les fumeurs aspirent clope après clope. Avec la vapoteuse, l’accro à la nicotine pouvait avoir sa dose sans inhaler tous ces produits. Sans oublier qu’il pouvait également conserver le geste nonchalant du fumeur heureux. Ça, c’était avant. Avant que les États-Unis tirent la sonnette d’alarme en faisant état d’une épidémie de pneumonie lipidique liée au vapotage et qui a fait plusieurs morts.

«C’est une maladie très rare, explique Jacques Cornuz, directeur d’Unisanté, Centre universitaire de médecine générale et santé publique, à Lausanne. Nous ne sommes en effet pas censés avoir des composés lipidiques dans les alvéoles pulmonaires. Les rares cas décrits sont la conséquence d’aspiration non volontaire dans les bronches de substances huileuses (laxatifs, gouttes nasales).»

En Suisse, un seul cas semblable à ceux évoqués outre-Atlantique a été rendu public: celui d’une quadragénaire asthmatique et grande consommatrice d’e-cigarette hospitalisée en janvier à Winterthur. Toux, douleur thoracique, difficultés respiratoires, mais aussi grande fatigue et problèmes digestifs (diarrhées et vomissements), sont les symptômes qui ont amené ces patients à l’hôpital.

Pneumonie toxique

Mais comment les vapoteurs se sont-ils retrouvés avec de l’huile dans le système respiratoire? Les personnes intoxiquées auraient inhalé, de manière volontaire ou accidentelle, des produits huileux contenant du cannabis. En d’autres termes, ils ne se sont pas rendus malades en utilisant leur vapoteuse dûment remplie avec les liquides prévus pour elle (contenant principalement du glycol et de la glycérine), mais bien en y mettant des produits qui ne sont pas faits pour ce type de dispositif électronique. Mais attention, les huiles ne seraient pas seules en cause.

«Selon les derniers éléments, les cas les plus graves et les décès répertoriés aux USA sont dus à une pneumonie toxique généralisée qui détruit les poumons, explique Jean-Paul Humair, directeur du CIPRET-Genève (Centre d’intervention pour la prévention du tabagisme) et médecin adjoint aux HUG. On pense qu’elle est causée par des produits toxiques liés au cannabis, tels qu’un pesticide, un agent conservateur, une huile ou une substance pour extraire le THC. Pour le moment, nous n’avons que des hypothèses.»

Pour rappel, dans une vapoteuse, les substances ne sont pas brûlées (et donc détruites), contrairement à ce qui se produit avec un joint, mais chauffées à basse température. Cette différence pourrait expliquer que certaines substances présentes dans les produits du cannabis soient dangereuses lorsqu’on les vapote, mais pas lorsqu’on les fume.

Que se passe-t-il lorsque ces substances sont inhalées via une vapoteuse? Au niveau pulmonaire, les toxines inhalées enflamment les alvéoles, leurs parois s’épaississent, ce qui entrave les échanges d’oxygène et de CO2, voire les rend impossibles. Dans les cas les moins graves, le patient reçoit de l’oxygène. Dans les cas sévères, il est mis sous assistance respiratoire. Et Jean-Paul Humair de mettre en garde: «Si on n’agit pas à temps avec les moyens adéquats, la respiration ne se fait plus et le patient décède.»

Le tabac, bien plus tueur

Doit-on s’inquiéter chaque fois que l’on tire sur sa vapoteuse, même si elle est remplie d’un liquide vendu dans le commerce? Le directeur du CIPRET relativise: «Les études sur la vapoteuse sont récentes et nous manquons de données sur ses effets à long terme. Dans les études jusqu’à un an, les vapoteurs toussent moins que les fumeurs de tabac. Aux États-Unis, l’épidémie actuelle de pneumonie toxique liée au vapotage porte sur 1080 cas et 18 décès. 80% des cas ont consommé des produits à base de cannabis. Relevons que cette épidémie est une goutte d’eau par rapport aux 5 millions de morts annuelles dues au tabac dans le monde.»

Et le spécialiste de rappeler que la cigarette classique est responsable de plusieurs dizaines de maladies, qu’elle est la première cause de mortalité prématurée dans les pays développés et qu’un fumeur sur deux risque de décéder des suites d’une maladie liée au tabac.

La vapoteuse n’est toutefois pas inoffensive. L’European Respiratory Society a une position très claire sur la question, qui a donné lieu à une publication en 2018: oui, la vapoteuse contient des produits chimiques potentiellement toxiques. Ils sont cependant moins nombreux et moins concentrés que ceux présents dans les cigarettes conventionnelles. Quoi qu’il en soit, l’épidémie outre-Atlantique ne doit pas être considérée à la légère.

«La communauté médicale attend avec beaucoup d’intérêt le rapport final en provenance des États-Unis pour connaître les causes exactes des décès, explique Jacques Cornuz. Avec des collègues romands, nous réfléchissons à la mise en place d’un monitoring permettant d’être informés des maladies que pourraient développer les vapoteurs. Cela pourrait fonctionner comme une veille sanitaire, en collaboration avec les médecins installés et les centres d’urgence, à l’image de ce qui se fait déjà pour les maladies infectieuses.»

Et le médecin de rappeler qu’il y a autant de façons de vapoter que de vapoteurs: «Certains inhalent pendant quelques secondes de manière profonde, d’autres plus longtemps mais moins intensément. Il est difficile d’obtenir des données scientifiques reproductibles.»

Vapoter pour arrêter de fumer

L’institut de médecine de famille de l’Hôpital de l’Île, à Berne, les HUG, Unisanté et d’autres centres en Suisse alémanique sont en train de mener l’étude ESTxENDS, financée par le Fonds national pour la Recherche scientifique, afin de tester la toxicité de la vapoteuse et son efficacité pour arrêter le tabac.

L’e-cigarette et les liquides qui lui sont destinés entrent dans le champ d’application du droit alimentaire et sont considérés comme des objets usuels. Les vapoteuses ne sont ainsi pas soumises aux mêmes restrictions que la cigarette. Jean-Paul Humair milite pour une meilleure réglementation du vapotage, avec un contrôle de qualité des produits vendus dans le commerce, une interdiction de publicité, une taxation des produits de vapotage et un âge légal de vente dès 18 ans.

En collaboration avec Planète Santé

Créé: 22.10.2019, 09h51

Vapoter en toute sécurité

En attendant les résultats d’études sur les effets à long terme du vapotage, quelques recommandations afin d’éviter de finir aux urgences:

- Ne pas vapoter des produits contenant du cannabis.

- Ne consommer que des liquides vendus spécialement pour les vapoteuses.

- Ne pas ajouter d’huile dans les liquides de vapotage.

- Ne pas acheter d’e-liquides dans la rue ou sur internet.

- Ne pas faire soi-même des mélanges de liquides.

- Ne pas trafiquer sa vapoteuse.

Plus d’infos: Addictionsuisse.ch
Conseils pour arrêter de fumer: Carrefouraddictions.ch


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