Mais quel est ce virus qui fait trembler la planète?

Qui est cet ennemi contre lequel l’urgence sanitaire mondiale a été déclarée cette semaine? Le point sur ce qu’on sait de lui.

Le coronavirus 2019-nCoV, responsable de l’épidémie née en Chine. C’est aux protubérances qui entourent son enveloppe que ce type de virus doit son appartenance à la famille des «virus à couronne».

Le coronavirus 2019-nCoV, responsable de l’épidémie née en Chine. C’est aux protubérances qui entourent son enveloppe que ce type de virus doit son appartenance à la famille des «virus à couronne». Image: Boris Roessler/Keystone

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Il est devenu l’ennemi public numéro un. Son nom: 2019-nCoV. Ce coronavirus a été découvert au début du mois de janvier 2020 et, depuis, il fait l’objet de nombreuses investigations pour mieux lutter contre lui. Au fil des jours, on en apprend plus sur ce nouveau virus apparu en Chine. Même s’il reste encore de nombreuses inconnues.

Qui est-il?

Les «coronavirus» forment une grande famille. Leur nom veut dire «virus à couronne», en raison des petites protubérances qui entourent leur enveloppe. Leur taille est de 120 nanomètres (0,00012 millimètre), ce qui en fait des virus de très grande taille. Quatre coronavirus sont humains et nous avons tous été infectés par eux. Lors d’un rhume, par exemple, il y a une chance sur deux que l’un d’eux soit impliqué. D’autres coronavirus sont présents chez les animaux. Avant l’épidémie actuelle, deux coronavirus sont passés de l’animal à l’homme: le syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS, environ 8000 cas et 774 décès en 2002-2003) qui est éradiqué, et le syndrome respiratoire du Moyen-Orient (MERS, près de 2500 cas depuis 2012 et 858 morts). À titre de comparaison, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) estime que la grippe saisonnière fait entre 290 000 et 650 000 morts par an dans le monde.

D’où vient-il?

Le 2019-nCoV provient très vraisemblablement de chauves-souris, tout comme le SRAS et le MERS. L’épidémie semble être partie d’un marché de Wuhan, qui a, depuis, été fermé. On y vendait des poissons, mais aussi d’autres animaux sauvages. Selon Laurent Kaiser, chef du service des maladies infectieuses aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) qui a fait une conférence sur le sujet cette semaine, il y a probablement eu un événement d’ense­mence­ment dans la population autour d’octobre 2019.

Nous ne savons actuellement pas si ce virus a été transmis directement d’une chauve-souris à un être humain ou s’il est d’abord passé par un autre animal», précise Isabella Eckerle, responsable du Centre des maladies virales émergentes des HUG. De nombreuses hypothèses ont circulé. Des personnes sont-elles tombées malades après avoir avalé une soupe à la chauve-souris? Selon Isabella Eckerle, le plus grand risque ne vient pas de ce que l’on mange mais de la manipulation des animaux. Des chercheurs chinois ont émis l’idée que le virus a transité par le serpent avant d’atteindre l’homme.

Cette hypothèse est balayée par Isabella Eckerle, notamment parce qu’il n’y a pas de coronavirus connu chez les serpents. La question de l’origine du virus est en tout cas importante. «Cela nous permettra de prendre des mesures de sécurité s’il est toujours présent chez certains animaux», explique Manuel Battegay, chef du service des maladies infectieuses et d’hygiène de l’Hôpital universitaire de Bâle (USB).

Est-ce qu’il mute?

Les virus composés d’ARN, ce qui est le cas des coronavirus, mutent bien plus que les plantes ou les animaux. La Chine a mis en garde contre ce risque. Selon Isabella Eckerle, il n’y a toutefois pas lieu de s’inquiéter. «Ces changements n’ont pratiquement jamais d’effet sur la maladie elle-même ou le risque de transmission.» Si ces virus se transforment, c’est parce qu’ils se multiplient par copie. Des erreurs de copie se produisent parfois et le virus n’a pas de mécanisme de correction. Le processus peut conduire à sa disparition. Ou à une plus grande nocivité? «En théorie, c’est possible, répond Benjamin Meyer, virologiste au centre de vaccinologie de l’Université de Genève. Cela s’est produit avec la grippe espagnole.» Mais pour nos experts, c’est plus une histoire pour le cinéma. «Du point de vue biologique, il n’y a pas de raison d’y croire», martèle Isabella Eckerle, en précisant que les virus qui connaissent le plus de succès dans la nature sont ceux qui ne rendent pas trop malades et peuvent ainsi proliférer.

Est-il dangereux?

La gravité d’une épidémie dépend du nombre de personnes infectées et de l’agressivité du virus. On estime actuellement qu’une personne touchée par le nouveau virus en contamine en moyenne 1,5 à 4 (environ 1,2 à 1,4 pour la grippe saisonnière). Habituellement, les premiers symptômes ressemblent à ceux de la grippe et sont suivis de symptômes respiratoires (une toux sèche). L’infection reste le plus souvent bénigne et au moins 10% des patients n’ont pas de fièvre, selon un chiffre publié par l’Office fédéral de la santé publique (OFSP). Dans les cas graves, qui touchent davantage les patients plus âgés ou atteints d’autres pathologies, il peut y avoir une difficulté respiratoire ou une pneumonie après une semaine environ. Le taux de mortalité n’est pas encore connu: les chiffres de 2% ou 3% circulent actuellement (ce taux est inférieur à 0,4% pour la grippe saisonnière).

Les chiffres ne cessent d’évoluer et doivent être pris avec des pincettes. Le nombre de personnes infectées est probablement plus élevé car toutes n’ont pas été testées. Cela signifie aussi que les taux de mortalité et de cas graves sont probablement surestimés. Cette bonne nouvelle a son revers: un virus moins virulent est plus difficile à contenir car des gens infectés ne vont peut-être même pas aller voir leur médecin.

La population n’est pas armée contre ce nouveau virus, et ses cousins qui nous infectent fréquemment ne fournissent probablement pas d’immunité. Il n’y a pas de médicament spécifique, mais l’utilisation d’antiviraux déjà connus est étudiée. Un vaccin serait la meilleure solution. Plusieurs institutions y travaillent mais cela prendra du temps.

Quel est son avenir?

Isabella Eckerle évoque deux scénarios possibles. Dans le premier, toutes les personnes infectées sont retrouvées et isolées. «Nous ne verrons alors plus que quelques rares malades apparaître de temps en temps.» L’autre possibilité est que le virus poursuive son extension. «Si, comme pour la grippe, beaucoup de gens l’attrapent, mais seules des personnes appartenant à des groupes à risque présentent des difficultés, nous pourrons prêter une attention particulière à ceux qui ont vraiment besoin de soins médicaux et conseiller aux autres de rester à la maison.»

La Suisse est pour l’instant préservée. Mais des pays voisins ont été touchés et il est possible que nous le soyons aussi. L’OFSP estime que le risque d’importation est élevé. Une question importante est de savoir si la contagion est possible avant que les symptômes n’apparaissent. Cette hypothèse, avancée en Chine sur la base de l’observation de quelques cas, se renforce depuis vendredi. En Allemagne, un employé aurait été contaminé lors d’une réunion d’affaires par un autre collègue ne présentant aucun symptôme. Ce cas fait toutefois encore l’objet de recherches plus approfondies. Mais s’il est avéré, il sera plus difficile d’isoler les personnes infectieuses.

Aura-t-il des successeurs?

Malheureusement, c’est possible. «Nous savons qu’il y a chez les chauves-souris d’autres coronavirus qui pourraient entrer dans des cellules humaines, explique Isabella Eckerle. Donc, même si l’épidémie actuelle est contenue, le risque existe qu’un autre virus passe à l’homme.»

Créé: 01.02.2020, 22h57

La Chine est de plus en plus isolée

Le coronavirus 2019-nCoV a tué 259 personnes en Chine, après un nouveau record de 46 décès en l’espace de 24 heures. Le nombre de personnes contaminées en Chine a également augmenté, à 11 791, soit plus de 2100 nouveaux cas pour la journée de vendredi, a annoncé hier la Commission nationale de la santé. Le virus touche désormais plus d’une vingtaine de pays. L’Afrique et l’Amérique du Sud semblent encore épargnées.

L’avion français devant aller chercher les Suisses souhaitant rentrer de Chine en raison de l’épidémie a décollé hier. Les personnes concernées devaient arriver dans le sud de la France dans la nuit de samedi à dimanche, où elles seront mises en quarantaine. Quatorze ressortissants suisses ont demandé à la représentation suisse à Pékin l’autorisation de quitter le pays. On ignore combien sont montés dans l’avion au final.

La Chine est de plus en plus isolée. Washington a annoncé des mesures exceptionnelles pour fermer ses frontières ou imposer une quarantaine aux voyageurs revenant du pays et notamment du berceau de l’épidémie – la ville de Wuhan et sa province du Hubei – selon qu’ils sont Américains ou non. D’autres pays ont annoncé des décisions similaires. La Russie, elle, ne permet plus aux Chinois d’entrer sans visa sur son territoire.

(ats)

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.