«Nous voulons empêcher le déboisement de l’Amazonie»

Le conseiller fédéral en charge de l’Économie explique en quoi l’accord entre l’AELE, dont fait partie la Suisse, et les pays du Mercosur serait favorable à notre pays.

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Monsieur le conseiller fédéral, avec la signature d’un accord de libre-échange, vous offrez aujourd’hui à Bolsonaro un triomphe qu’il a largement exploité sur Twitter. Peut-on à l’heure actuelle encore défendre l’accord Mercosur qui encourage la destruction de l’Amazonie?

Il y a toujours de meilleurs moments. Nous étions à bout touchant. De plus, nous étions pressés par le temps.

Pourquoi?

L’UE a aussi négocié récemment un accord de libre-échange. Nous ne pouvons en aucun cas nous permettre de prendre du retard. Les enjeux sont trop importants pour notre économie. Imaginez que l’UE dispose d’un accord et que nous n’en ayons point, ils ne s’acquittent d’aucun droit de douane alors que nous devons en moyenne payer 7%, et cela peut aller jusqu’à 35%. Ainsi une entreprise suisse n’a plus aucune chance face à la concurrence allemande. Nous devons éviter une discrimination à nos entreprises.

Le contrat conclu avec l’UE existe certes, mais divers pays, comme la France d’Emmanuel Macron, ne veulent pas signer tant que le déboisement croît en Amazonie.

Ce sont des menaces en l’air. Je suis persuadé que le président Macron signera. Certains ne voulaient pas signer l’accord avec le Canada, mais ont fini par le faire. La France aussi sait l’importance de cet accord.

A-t-on envisagé d’exiger l’extinction des feux de forêt en Amazonie comme préalable à la signature de l’accord?

Non. Mais cet accord n’encourage nullement le déboisement. Nous entendons l’empêcher par ce biais. Nous pouvons, et c’est nouveau, influencer le comité mixte et ne pas importer de produits cultivés sur les terres nouvellement défrichées. Il est possible de contrôler cela et d’empêcher ainsi d’être submergés d’importations.

Les paysans considèrent que votre politique libre-échangiste n’est pas crédible, car on leur impose ici sans cesse des contraintes plus sévères, alors qu’en Amérique du Sud, les paysans font ce qu’ils veulent.

Les négociations ont été menées en étroite collaboration avec l’Union suisse des paysans. Nous avons analysé toutes les conséquences avec l’USP. Conclusion: suite à cet accord, nous importerons à peine plus qu’actuellement, car les contingents n’augmenteront pas et l’impact sur les prix est négligeable.

Le président de l’USP, Markus Ritter, fait feu de tout bois contre cet accord, la gauche et les Verts s’y opposent par principe. Comment gagner un référendum?

Eh bien, voyez-vous, nous sommes en campagne électorale. Le président de l’USP est un bon tacticien. Mais les choses vont se calmer lorsque nous publierons l’accord et que tout le monde pourra l’analyser. Un référendum devrait être lancé, certes, mais je suis persuadé que nos arguments porteront et qu’avec un peu de pragmatisme, le peuple acceptera cet accord.

Mais au fond qu’apporte cet accord?

Beaucoup, car ce n’est pas qu’un accord agricole. Pour les entreprises suisses, même les PME, l’accord Mercosur est dans le trio de tête des traités de libre-échange en termes d’économies potentielles sur les droits de douane. Seuls les accords avec la Chine et les USA sont plus importants.

Possible, mais il serait nettement plus important d’avoir un accord avec les USA. Pourtant rien ne bouge malgré la rencontre d’Ueli Maurer avec le président Trump.

On ne peut pas le dire ainsi. Nous en sommes aux pourparlers préparatoires. J’ai rencontré à Washington Robert Lighthizer, l’homme des accords commerciaux du président Donald Trump. Entre-temps, son suppléant est venu ici en visite. Ce sont de très bons signes. Les États-Unis veulent un accord qui garantisse une balance commerciale équilibrée.

Ce qui n’est pas dans notre intérêt. Pareil accord est-il dès lors réalisable et surtout souhaitable?

C’est à voir. Nous avons fait nos propositions aux Américains, mais nous n’avons pas encore obtenu de réponses. Nous les espérons pour novembre. Mais cela ne fournit pas pour l’instant de base pour un mandat de négociation.

Y a-t-il risque de récession suite à la guerre commerciale?

Une récession n’est pas exclue. Nos spécialistes comptent en tout cas sur de grosses turbulences.

La BNS devrait-elle intervenir et faire baisser le cours du franc suisse?

La BNS est indépendante. Nous sommes en contact, mais elle décide toute seule. Il n’y aura de véritable solution que lorsque les États-Unis et la Chine cesseront leur guerre commerciale.

La BNS parle de baisser le taux négatif à 1%. Pouvons-nous nous le permettre?

Si ce scénario devait se concrétiser, cela signifierait que nous devons absolument et rapidement réformer notre système de prévoyance. Car là, le deuxième pilier est en jeu.

Les UDC et les syndicalistes veulent que les bénéfices engrangés par la BNS grâce aux taux négatifs soient reversés à la prévoyance vieillesse.

Il faut analyser toutes les propositions sans tabou. Mais nous ne pouvons pas mettre en péril l’indépendance de la BNS. Il faut en outre analyser précisément quels effets secondaires néfastes cela peut avoir.

Et que dites-vous à propos de l’affiche électorale de l’UDC, qui brocarde les partisans d’un accord-cadre avec l’UE sous forme de larves?

Le parti fait sa politique et je travaille au Conseil fédéral. Je n’ai pas à commenter cela. Mes collègues ne commentent pas les affiches de leurs partis.

Traduction de l’allemand par «Le Matin Dimanche»

Créé: 01.09.2019, 09h27

Articles en relation

Guy Parmelin passe sa première épreuve du feu avec le Mercosur

Libre-échange Le ministre de l'Economie devra batailler ferme s’il veut faire avaler au parlement l’accord. Le calendrier sert déjà ses détracteurs. Plus...

Et si Guy Parmelin nous décevait en bien?

Edito Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.