Les avoirs suisses du clan Bouteflika sont dans le viseur d'Alger

La purge lancée par le chef de l’armée à Alger pourrait déboucher sur une demande d’entraide judiciaire.

Une richissime famille proche de l’ancien président algérien Abdelaziz Bouteflika aurait bénéficié de financements bancaires colossaux.

Une richissime famille proche de l’ancien président algérien Abdelaziz Bouteflika aurait bénéficié de financements bancaires colossaux. Image: Eric Feferberg/AFP

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La purge lancée en Algérie par le chef d’état-major Gaïd Salah tourne au règlement de comptes. Des dizaines d’oligarques, de hauts fonctionnaires et d’anciens ministres ont été arrêtés ou convoqués par la police. Jeudi, plusieurs d’entre eux, dont l’ancien premier ministre Ahmed Ouyahia, ont été entendus par un juge d’instruction du tribunal de Sid M’Hamed pour des faits de corruption.

Pour l’heure, les Algériens restent encore sceptiques et se demandent s’il n’y a pas un loup derrière l’opération «mains propres» lancée par le chef des armées. Gaïd Salah, 82 ans, est lui-même un pur produit du système auquel il s’attaque. Son entourage a aussi plongé la main dans le pot de confiture. En attendant, son revirement crée une certaine panique parmi les oligarques.

Si la justice va au bout des actions lancées par le nouvel homme fort d’Alger pour faire le ménage et récupérer l’argent détourné par le clan Bouteflika au cours des vingt dernières années, des demandes d’entraides seront adressées tôt ou tard à la Suisse en vertu de l’accord de coopération judiciaire conclu le 3 juin 2006 entre les deux pays. Selon nos informations, des avocats algériens y travaillent d’arrache-pied.

La Suisse, plaque tournante

La plupart des scandales financiers qui remontent à la surface depuis que les oligarques ne sont plus en cour à Alger ont un prolongement en Suisse. Une partie de l’argent détourné y a transité avant d’être réinvestie ou transférée vers Dubaï.

Parmi les dossiers brûlants, il y a les possibles rebondissements dans les enquêtes sur les pots-de-vin versés par le groupe pétrolier Sonatrach. Sur la liste noire du général Gaïd Salah figure le nom de Rym Sellal, la fille de l’ex-premier ministre algérien Abdelmalek Sellal, destinataire de versements illicites via une société offshore créée en 2004 aux îles Vierges britanniques par le cabinet Multi Group Finance installé à Lausanne.

Un secret jadis éventé dans le cadre de l’enquête sur les Panama Papers. La justice algérienne a désormais le feu vert pour en retracer tous les flux financiers. Limogé en 2015 par Abdelaziz Bouteflika pour avoir poussé un peu trop loin les investigations sur les malversations financières autour des contrats de Sonatrach, Belkacem Zeghmati vient de retrouver son poste de procureur général de la Cour d’Alger.

Les procédures lancées contre Rédha, Abdelkader, Karim et Noah Kouninef – qui sont nés et ont grandi en Suisse – sont parmi celles qui pourraient faire le plus de bruit dans les mois qui viennent. Cette richissime famille proche de l’ancien président algérien Abdelaziz Bouteflika aurait bénéficié de financements bancaires colossaux. Arrêtés et placés en détention, les quatre frères vont devoir rendre des comptes. Là encore, les montages incriminés passent par la Suisse.

Leur sœur, domiciliée dans le Canton de Vaud, a elle aussi reçu une convocation de la justice algérienne. Elle n’y a pas répondu. Les Kouninef sont loin d’être les derniers sur la liste des personnalités déchues qui pourraient faire l’objet d’une traque jusque sur les rives du Léman. Selon nos informations, outre Issad Rebrab, le patron du groupe Cevital, deux noms reviennent, celui d’Abdelouahab Rahim à la tête de la holding Arcofina et d’Abdeslam Bouchouareb, ancien ministre de l’Industrie et des Mines.

Info contre intox

Toutes les fuites et révélations sur les avoirs algériens illicites en Suisse ne se valent toutefois pas. Si elle se trouve bien dans le giron du groupe agroalimentaire Amor Benamor, propriété de Mohamed Laïd Benamor, président de la Chambre algérienne de commerce et d’industrie aujourd’hui sous enquête, l’activité de la SA General Food Company domiciliée voie du Chariot à Lausanne est moins obscure et juteuse que le prétendent certains médias algériens.

«Il y a eu beaucoup d’affabulations concernant cette société», explique Me Nicolas Gillard, l’avocat de l’entreprise. «Elle appartient bien à un membre de la famille Benamor, mais son capital n’est que de 100 000 francs et elle ne brasse pas des millions issus d’emprunts», ajoute-t-il. Initialement, General Food Company devait développer des concepts de marketing pour les produits du groupe Benamor. Son activité n’aurait pas connu le succès escompté.

«Aujourd’hui, elle sert surtout à exporter les couscous produits par le groupe algérien vers les pays de l’Union européenne. C’est une activité d’achat et de revente qui ne génère pas de bénéfice. Cette structure vivote», affirme l’avocat.

Règlements de comptes

En coulisses, la chasse lancée depuis l’Algérie nourrit un climat délétère de règlements de comptes entre oligarques. Dans certains cas, confie un avocat, «on est dans ce qui ressemble à du chantage et de l’extorsion de fonds».

Cela n’étonne pas Ali Benouari. L’ancien ministre des Finances installé à Genève fait le buzz sur les réseaux sociaux en multipliant articles et interviews assassins. «Ce sont des voleurs qui ont mis la main sur le pays. Ils ont détourné des milliards et gangrené toutes les strates de la société. Maintenant, ils se déchirent entre eux. Il n’y a rien d’étonnant à ce que certains emploient des méthodes mafieuses», affirme celui qui applaudit désormais des deux mains l’opération de nettoyage lancée par le général Gaïd Salah. (Le Matin Dimanche)

Créé: 18.05.2019, 23h00

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