Pourquoi les CFF renoncent au wi-fi dans les trains

TransportPour les connexions Internet, l’ex-régie fédérale préfère miser sur le réseau de téléphonie mobile. La stratégie laisse sceptique la Fédération romande des consommateurs.

Selon les CFF, les coûts d’installation du wi-fi dans les trains seraient beaucoup plus importants que dans les bus 
de CarPostal.

Selon les CFF, les coûts d’installation du wi-fi dans les trains seraient beaucoup plus importants que dans les bus de CarPostal. Image: Yvain Genevay/LMD

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La page d’un site qui refuse de charger, une connexion qui saute. Que ce soit pour le plaisir ou le travail, utiliser Internet dans le train peut prendre parfois des allures de parcours du combattant. Pas besoin de crapahuter sur des lignes régionales pour s’en rendre compte. Même de Zurich à Genève, il faut ramer pour surfer. Malgré cette situation, les CFF renoncent «délibérément» à installer le wi-fi.

Pourquoi? Parce que c’est trop cher. «Les enquêtes réalisées auprès de la clientèle révèlent que le wi-fi ne serait utilisé que s’il est gratuit», explique l’ex-régie fédérale. Comme le système wi-fi se connecte à Internet via une liaison 4G/3G, les opérateurs établiraient des factures élevées que les CFF refusent de prendre en charge ou de répercuter sur le prix des billets. Le montant se chiffrerait en centaines de millions. N’y a-t-il pas moyen de s’entendre avec les opérateurs de téléphonie mobile? Christian Neuhaus, porte-parole de Swisscom, botte en touche: «Le wi-fi n’est pas d’actualité. Le consortium InTrain, qui regroupe les trois opérateurs – Salt, Sunrise et Swisscom – ainsi que les CFF, s’emploie à équiper les trains de répétiteurs afin d’acheminer le signal dans les wagons.»

Ces répétiteurs, c’est la solution choisie par les CFF pour assurer de bonnes connexions Internet. Les wagons étant comparables à des cages métalliques – très hermétiques aux ondes –, ces appareils permettent de reproduire les liaisons 4G/3G et de les amener dans les trains. La plupart des trains du trafic grandes lignes sont déjà équipés. Le trafic régional devrait suivre d’ici à 2022. Mais miser sur la téléphonie mobile au détriment du wi-fi a toutefois des conséquences bien connues des utilisateurs. Pour utiliser son ordinateur portable ou sa tablette, le voyageur doit obligatoirement le connecter à son smartphone. Il est préférable aussi d’avoir un bon abonnement, sous peine de faire exploser sa facture.

Autant le dire de suite, cette stratégie ne convainc pas la Fédération romande des consommateurs. «Ce point est régulièrement mis sur la table lors de nos discussions avec les CFF, reconnaît Robin Eymann, responsable politique économique à la FRC. Les lignes régionales ne sont toujours pas équipées de répétiteurs. Même dans les trains «grandes lignes» qui en sont dotés, il reste le problème des zones sans couverture de téléphonie mobile.» Des «trous» qui coupent la connexion.

«Ce n’est pas un luxe»
La FRC ne comprend pas ce refus catégorique des CFF d’installer le wi-fi. «Je suis sceptique vis-à-vis de leurs arguments. Il existe tellement d’exemples où ça fonctionne, ajoute Robin Eymann. On dirait une forme d’idéologie.» Ce qui gêne la FRC, c’est que les CFF partent du principe que tout le monde a un forfait illimité pour charger des données cellulaires.

Auteur d’une interpellation à ce sujet devant le Parlement, le conseiller national Fathi Derder (PLR/VD) s’énerve aussi de cette situation: «Une bonne connexion Internet, ce n’est pas un luxe mais une nécessité pour ceux qui travaillent dans les trains. On trouve du wi-fi dans les cars suisses, les bus longue distance, les trains étrangers, et même les avions. Bref, partout, sauf dans nos trains. Alors que la numérisation est une chance et un défi pour la Suisse, l’offre des CFF ne doit pas se limiter à des trains qui arrivent à l’heure.»

Appelé à réagir, le Conseil fédéral ne se mouille pas. Il attend des entreprises de transports qu’elles satisfassent aux désirs et aux besoins des voyageurs quant à un accès Internet fiable. Mais la manière de s’y prendre leur incombe.

Des entreprises qui n’ont pas toutes la même approche. L’accès au wi-fi avait ainsi été évoqué par la compagnie ferroviaire bernoise BLS lorsqu’elle convoitait la gestion de plusieurs grandes lignes assurées par les CFF. Aujourd’hui, elle n’est plus aussi catégorique. «Nous ne voulons pas nous limiter au wi-fi, explique Helene Soltermann, sa porte-parole. Nous sommes ouverts à toutes les technologies.» BLS est en effet en train d’installer des fenêtres «spéciales». Développé depuis 2016 par l’EPFL, ce vitrage assure l’isolation thermique tout en laissant passer les ondes électromagnétiques. D’ici mai 2019, toutes les rames en seront équipées.

L’entreprise CarPostal, elle, a déjà misé sur le wi-fi. Les premiers bus ont été équipés en 2012. «Près de 1700 véhicules disposent d’un accès Internet, soit près de 80% de la flotte», précise Urs Bloch, porte-parole. Celui-ci refuse par contre d’évoquer les coûts engendrés «pour des raisons de concurrence».

Bientôt dans les TGV Lyria
Face aux critiques, le porte-parole des CFF Jean Philippe Schmidt reste de marbre. «La situation n’est pas comparable. Les coûts d’installation sont beaucoup plus importants. Un car postal correspond à un seul wagon.» Selon lui, compte tenu de la topographie très accidentée, les CFF n’ont pas à rougir de leur offre. La Suisse serait d’ailleurs l’un des seuls pays où la couverture réseau des opérateurs mobiles est si grande que le wi-fi n’améliorerait pas «franchement» la bande passante par rapport aux amplificateurs de signaux.

Les CFF ne renoncent toutefois pas totalement au wi-fi. On en trouve déjà dans les gares et les trains EuroCity. «Nous allons aussi équiper d’autres trains internationaux. Notamment les TGV Lyria dès l’automne, indique Jean-Philippe Schmidt. Le wi-fi permettra aux voyageurs internationaux d’éviter les frais d’itinérance, un argument qui fait mouche auprès de ceux qui prennent le train de l’étranger jusqu’en Suisse.» Et d’expliquer qu’il y a une différence entre un touriste qui reste quatre heures dans un train et des pendulaires qui passent 10 minutes pour faire Lausanne-Morges. (24 heures)

Créé: 12.05.2018, 22h42

50% des trains autrichiens sont déjà équipés du wi-fi. (Image: ÖBB)

Pays comparable à la Suisse, l'autriche fait le pari inverse

Avec ses paysages alpins et ses trains qui arrivent à l’heure, l’Autriche ressemble beaucoup à la Suisse. Pourtant, là-bas, la compagnie ferroviaire nationale, ÖBB, mise à fond sur le wi-fi. Elle informait d’ailleurs mardi passé des dernières avancées sur ce dossier.

Dès le départ, ses trains à grande vitesse (Railjet) ont été équipés simultanément de répétiteurs et de wi-fi. «Les avantages sont multiples», détaille Juliane Pamme, porte-parole. Il y a d’abord la stabilité de la connexion, qui ne souffre pas des interruptions liées à la perte de connexion du réseau.

La compagnie met également en avant l’absence de frais de roaming, ainsi que la possibilité d’informer et de divertir les voyageurs.

Le portail Internet de la compagnie offre, par exemple, gratuitement la lecture de magazines ou de journaux. Enfin, les employés profitent de la présence de wi-fi pour la vente de billets et du catering.

Outre les trains à grande vitesse qui relient Vienne à d’autres destinations européennes, mais aussi les grandes villes autrichiennes entre elles, la compagnie a équipé de wi-fi 60% des trains Cityjet, l’équivalent de nos InterCity.

Le reste de la flotte suivra. Même les trains régionaux disposeront du wi-fi l’an prochain.

Quel est le coût de cet investissement? Environ 100 millions d’euros, précise la compagnie ÖBB dans un communiqué.

Pas de quoi impressionner les CFF, qui citent une étude de la revue allemande «Connect», qui a testé l’an dernier les prestations de plusieurs opérateurs de téléphonie mobile.

Le meilleur opérateur suisse a obtenu la note de 96% pour les conversations. Quant à la réception des données à bord des trains, la meilleure note est de 87%. «En comparaison avec l’Allemagne et l’Autriche, la réception est meilleure en Suisse», soulignent les CFF.

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