«À deux mètres près, cette balle atteignait l'un de nos enfants»

ValaisUn pétage de plombs hallucinant a bouleversé la tranquillité du village de Troistorrents. Une dispute entre voisins a sérieusement dégénéré dans la nuit de mercredi à jeudi. Récit.

C’est dans ce paisible quartier résidentiel de Troistorrents (VS) que les coups de feu ont retenti, dans la nuit de mercredi à jeudi, après une altercation entre deux voisins.

C’est dans ce paisible quartier résidentiel de Troistorrents (VS) que les coups de feu ont retenti, dans la nuit de mercredi à jeudi, après une altercation entre deux voisins. Image: Yvain Genevay/LMD

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Les disputes entre voisins peuvent facilement dégénérer. Mais rarement à ce point-là. Dans la nuit de mercredi à jeudi, un habitant de Troistorrents (VS) s’en est violemment pris à un voisin avant de tirer sur la maison d’un autre. L’homme a été écroué.

La première victime est un septuagénaire établi depuis de longues années dans ce quartier paisible de la commune valaisanne, proche de la route qui mène à Morgins. Mercredi vers 23 heures, il effectue un demi-tour avec son véhicule sous la fenêtre de Roger*, un Suisse de 62 ans, retraité de l’industrie chimique montheysanne. La rue est étroite et ce va-et-vient semble agacer le sexagénaire. Ce soir-là, la manœuvre est celle de trop. Roger sort de chez lui armé d’une matraque, contraint l’automobiliste à sortir de son véhicule et lui assène une trentaine de coups au visage et au crâne.

A. habite à une trentaine de mètres. «J’ai entendu crier au secours. Je suis descendu et j’ai vu Roger pourchasser cet homme avec une sorte de matraque, raconte ce père de famille. Je lui ai tapé sur l’épaule et lui ai demandé de se calmer. Ce qu’il a fait assez rapidement. Il est rentré dans son chalet, en titubant un peu et en s’excusant d’avoir provoqué cette scène. J’ai amené la victime aux urgences à Monthey. Il a été soigné avec une dizaine de points de suture.»

L’histoire ne s’arrête pas là. A. rentre ensuite chez lui et se met au lit. Son épouse l’interroge sur ce voisin apparemment perturbé: «Tu crois qu’il a des armes chez lui?» La réponse arrive vingt minutes plus tard, vers 1 h du matin. Le couple entend trois petits coups de feu, «comme dans les films lorsqu’ils utilisent des silencieux». «Ensuite, ça a été des vraies détonations. Cinq, il me semble, poursuit le trentenaire. J’ai d’abord voulu sortir pour voir ce qu’il se passait, mais j’ai fini par mettre ma femme et mes enfants à l’abri à la cave, et j’ai appelé la police.»

Interpellation musclée

L’incroyable scénario se poursuit lors de l’interpellation du suspect, effectuée en pleine nuit «par des hommes en tenues de Robocop». Tout le secteur est bouclé. Plusieurs patrouilles sont mobilisées, rapidement appuyées par des spécialistes du groupe d’intervention de la police valaisanne. Roger n’oppose aucune résistance. Son voisin, A., envoie alors sa petite famille dormir chez ses beaux-parents. Lui reste à la maison, mais ne parvient pas à trouver le sommeil. À six heures, peu avant son départ au travail, il se rend dans la salle de bains.

«J’ai vu le trou dans la façade en bois et l’impact de la balle, qui a cassé le carrelage. J’ai compris qu’on n’était pas passé loin de la catastrophe. À 2 mètres près, cette balle atteignait l’un de nos enfants qui dormaient juste à côté.»

Au final, les dégâts sont moindres. La première victime est déjà sortie de l’hôpital et assure qu’elle va bien. «Je pars ce week-end en voyage avec ma femme», confie le septuagénaire. Les jeunes parents, eux, font face aux questions de leurs enfants. Ceux-ci ont assisté à l’arrestation musclée de leur voisin. «Le plus âgé n’a que 9 ans, on n’est pas entrés dans les détails, explique A. Mais vendredi, cela a commencé à causer de cette affaire à l’école. Et la pièce de décoration que nous avions posée pour cacher l’impact de balle dans la salle de bains est tombée. Notre fils aîné l’a vu et a tout de suite fait le lien.»

Stupeur et incompréhension

À Troistorrents, les habitants oscillent entre stupeur et incompréhension. Rien ne laissait présager un tel pétage de plombs. «Je suis très surpris et attristé, commente le président de la commune, Fabrice Donnet-Monay. Autour de moi, tout le monde est choqué par la nouvelle. Ceux qui vivent non loin de là tombent des nues. On n’a jamais entendu parler de problèmes de ce côté-là.»

Roger est décrit comme un homme discret et calme par certains, très sympathique par d’autres, mais doté d’un caractère bien trempé. Il vit avec sa femme, bien connue dans le village. «Je ne lui avais jamais parlé avant l’altercation de mercredi soir, précise A. Je me disais depuis un moment qu’il ne devait pas toujours apprécier que son voisin tourne avec sa camionnette, tard le soir, sous ses fenêtres. Mais jamais je n’aurais imaginé qu’il l’agresserait.» Un autre habitant du quartier se montre tout aussi stupéfait. «Il n’a jamais fait de bruit et je n’ai jamais eu d’histoire avec lui», insiste celui-ci.

Qu’a-t-il pu donc bien se passer pour que l’homme en arrive à de telles extrémités? Le septuagénaire blessé par la matraque est persuadé qu’aucun conflit de voisinage n’est à l’origine du geste de son agresseur. Selon lui, des problèmes personnels auraient conduit à ce triste épisode. L’homme aurait rencontré dernièrement des difficultés avec l’une de ses filles.

Du côté officiel, on communique très peu. Une source glisse que les faits découlent «d’une accumulation de choses». Le Ministère public valaisan ne fait, quant à lui, aucun commentaire sur l’enquête en cours. Pas un mot sur l’arme à feu utilisée. Vendredi après-midi, la police s’affairait dans la maison du tireur.

* Prénom d’emprunt

Créé: 27.10.2018, 22h33

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