Les grandes banques suisses sont condamnées à la deuxième division

UBS et Credit Suisse ont vu fondre leur bilan. Acteurs majeurs dans la gestion de fortune, ils voient leur expansion dans la banque de détail et le crédit aux sociétés freinée par la faible taille du pays. Des activités très rentables.

Les bilans d’UBS et Credit Suisse, qui se nourrissent des dépôts des clients, des volumes de crédit et des fonds propres, se sont effrités avec la limitation des activités d’investissement.

Les bilans d’UBS et Credit Suisse, qui se nourrissent des dépôts des clients, des volumes de crédit et des fonds propres, se sont effrités avec la limitation des activités d’investissement. Image: Martin Ruetschi/Keystone

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Massacrées en bourse. À l’image de leurs homologues européennes, et dans une moindre mesure américaines, les grandes banques suisses ont vu leurs actions plonger de 35% en 2018. Une déprime liée à la faiblesse des taux suisses qui pèse sur les marges bancaires et à des possibilités de croissance limitées. Géants mondiaux au début des années 2000, UBS et Credit Suisse sont-elles condamnées à jouer en deuxième division? La question se pose.

C’est d’abord une question de taille. Prenez les bilans bancaires, qui se nourrissent des dépôts des clients, des volumes de crédit et des fonds propres. Leur effritement qui a résulté de la limitation des activités d’investissement (trading actions et obligations, fusion et acquisitions, etc.) est édifiant (voir tableau). En la matière, UBS et Credit Suisse n’occupent plus que les 34e et 40e positions au plan mondial, loin derrière les géants chinois et américains.

En vérité, le poids des marchés domestiques est essentiel. «De JPMorgan Chase à BNP Paribas ou HSBC, les banques tirent l’essentiel de leurs profits des activités de banque de détail et de banque commerciale», relève Anton Sussland, conseiller en investissement à Genève. Pour ces banques, les bassins de population se chiffrent en dizaines ou en centaines de millions de personnes. Avec 8 millions d’habitants, le potentiel de croissance reste limité en Suisse.

«Le segment de la banque de détail est certes rentable, mais il n’est pas extensible au vu de la taille du pays», confirme Jérôme Schupp, analyste financier chez Prime Partners, à Genève.

L’autre poste important? La gestion de fortune à l’international, dont UBS a tiré plus de 50% de ses revenus en 2018. Les deux géants bancaires suisses restent incontournables en la matière. UBS est même le leader mondial incontesté, avec près 2250 milliards de fonds gérés pour la clientèle. Mais la mort du secret bancaire et l’échange automatique d’informations fiscales ont laissé des traces.

La clientèle internationale ne peut plus échapper à l’impôt dans son pays. L’environnement est de plus en plus concurrentiel. «Les clients négocient les frais des mandats de gestion», observe Jérôme Schupp. Résultat, le nombre de banques de gestion a fondu en Suisse, passant de 350 à 250 en une dizaine d’années.

La gestion de fortune est aussi sensible à la tenue des marchés financiers. Les clients cessent de boursicoter lorsque les marchés passent au rouge. Comme on l’a vu au dernier trimestre avec Julius Baer, ce phénomène pèse sur les revenus des banques. De la même manière, la diminution drastique des commissions demandées par l’industrie des fonds de placement met les banques sous pression.

«Fidelity vient de lancer un fonds comportant 0% de frais», souligne Anton Sussland. Sans oublier la concurrence des nouveaux modèles bancaires fintech, banques dématérialisées qui gagnent en importance.

En réaction, les banques réduisent leurs coûts. Un exercice qui s’avère parfois délicat avec le renforcement drastique des exigences régulatrices mis en place par les autorités de surveillance. «Si la digitalisation permet de réduire les coûts en informatisant des postes de back-office ou même de gestion, les besoins en personnel dans le compliance (ndlr: respect des règles), la gestion du risque ou le conseil juridique ont un coût», indique Jérôme Schupp. Mais les grandes banques vont dans le bon sens.

«Le contrôle des coûts est aujourd’hui très strict», relève-t-il. À cet égard, leur taille importante permet de bénéficier d’économies d’échelle. Un bon point. Qui dit géant dans la gestion de fortune ne dit pas forcément géant bancaire mondial. C’est particulièrement vrai pour UBS et Credit Suisse, qui ont limité leurs activités de banquiers d’investissement ces dernières années. Les banques américaines occupent, depuis, le haut de l’affiche dans ce segment. Il est vrai que le krach financier des années 2008-2009 avait mené UBS au bord de la faillite.

Les grandes banques suisses doivent-elles se regrouper? «Pour moi, ce n’est pas la solution, mais représente le risque absolu», martèle Jérôme Schupp. Les fusions bancaires aboutiraient plutôt à une destruction de valeur qu’à l’inverse. Ce qui est valable pour l’industrie le serait moins pour le secteur financier.

«On ne fusionnerait pas ici des usines ou partagerait des brevets, détaille-t-il. On fusionnerait l’informatique, des équipes de gestionnaires et des cultures d’entreprises, ce qui est très délicat.» Un processus lourd et risqué.

Une fusion avec un établissement étranger? «Que ce soit BNP Paribas qui a trop de filiales, Intesa Sanpaolo et ses crédits douteux ou encore Commerzbank et ses besoins en capitaux, chacune a son problème», souligne l’analyste. Par ailleurs, les autorités allemandes traînent les pieds sur la création d’une union bancaire en Europe, qui faciliterait les fusions.

«En Allemagne, le modèle privilégiant une forte diversification bancaire permettant une faible concentration de l’épargne, illustré par le nombre élevé des Sparkassen (caisses d’épargne), reste dominant», explique François Savary, chef économiste de Prime Partners.

À y regarder de plus près, UBS et Credit Suisse ont changé de nature. En termes de résultats, il n’y aura plus d’exercices stellaires puisque les grandes années de la banque d’affaires et de la spéculation sont derrière nous. Cela étant, les risques ont été sensiblement réduits… avec un retour des bénéfices à la clé. UBS a dégagé un profit de près de 5 milliards en 2018.

«La grande banque est devenue une cash cow», note Jérôme Schupp. Peut-être que la deuxième division a du bon. Les investisseurs vont finir par s’en rendre compte.

Créé: 16.02.2019, 22h25

Les scénarios du pire existent

UBS et Credit Suisse ne sont pas immunisés contre la crise. Diane Pierret, professeure de finance à l’Université de Lausanne: «En termes de risque bancaire, UBS et Credit Suisse se trouvent respectivement à la 15e et à la 13e place du classement établi par la Stern Business School de l’Université de New York.»

Ce classement estime les besoins en capitaux que pourraient avoir les banques dans le cas où une crise financière de type 2008-2009 se reproduisait, soit des marchés actions qui plongeraient de 40% en six mois. «UBS devrait trouver 26 milliards de fonds propres supplémentaires, et Credit Suisse 27 milliards», relève-t-elle.

Un investissement lourd pour la Suisse. «Cela nécessiterait que la Confédération injecte l’équivalent de 8% du produit intérieur brut (PIB) pour les sauver, ce qui constitue un chiffre très élevé en comparaison internationale», poursuit Diane Pierret. Cela met le pays assez haut sur la carte bancaire des États les plus risqués.

«La Suisse se trouve en troisième position en Europe, juste derrière la Grande-Bretagne, où les banques sont très exposées au Brexit, et la France, où les bilans bancaires sont très endettés.»

L’un des principaux risques? Immobilier, probablement, avec le sommet atteint par le marché hypothécaire suisse à 1000 milliards, soit 140% du PIB.

Un relèvement des taux d’intérêt en Suisse ou des baisses de prix sur le marché de la pierre pourraient mettre l’édifice à mal et fragiliser les banques.

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