Et si les médecins donnaient les prix avant de soigner?

Le conseiller national Philippe Nantermod veut que les praticiens informent leurs patients de ce que coûteront leurs prestations.

Philippe Nantermod a déposé une initiative parlementaire en décembre.

Philippe Nantermod a déposé une initiative parlementaire en décembre. Image: Jean-Paul Guinnard/LMD

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Il faut parler argent dans les cabinets médicaux! C’est l’appel lancé par le conseiller national Philippe Nantermod (PLR/VS). Dans une initiative parlementaire déposée en décembre, le vice-président du PLR demande que les médecins informent à l’avance les patients des coûts de leurs prestations. Il présente les détails de cette proposition, révélée par la RTS.

Les médecins doivent-ils présenter un devis comme les garagistes?

Je ne leur demande pas un devis comme celui réalisé avant de changer un pneu ou de construire une maison. Mais avant de commencer un soin, le médecin doit pouvoir dire au patient quelle sera approximativement la facture. Souvent, il présente les options possibles avec leurs avantages, leurs inconvénients, voire leurs risques. Pourquoi ne pourrait-il pas évoquer de façon informelle les coûts?

Peut-être parce que la médecine n’est pas une science exacte et que les coûts ne sont pas connus à l’avance.

C’est vrai, les humains ne sont pas des machines. Mais, à la fin, il y a quand même une facture. Je ne demande pas un calcul précis exigeant un surplus de travail administratif, et je ne comprends pas l’opposition des médecins. J’ai l’impression que certains professionnels connaissent mal le fonctionnement de la LAMal, les coûts engendrés, la situation financière des patients et parfois ce qui est pris en charge. S’ils ne le savent pas, ils doivent s’informer. Il faut une forme de transparence pour tous les acteurs, y compris les médecins. Regardez les médecins-dentistes: ils annoncent leurs tarifs, et c’est une bonne chose.

La différence n’est-elle pas qu’avec le médecin, la facture est payée par l’assurance?

C’est possible, mais 20% des assurés optent pour une franchise à 2500 francs. Ces personnes ont un intérêt direct à connaître le prix final. Et puis certains soins ne sont pas remboursés par l’assurance, il vaut mieux en avoir conscience avant.

Celui qui a mal ne veut-il pas être soigné avant de parler argent?

Bien sûr. D’abord, ma proposition ne concerne pas que les médecins, mais tous les prestataires de soins, comme l’imagerie médicale. Ensuite, les urgences sont exclues de ma demande. On ne parle que des interventions planifiées, au-dessus d’un prix minimum. Pour rationaliser les coûts de la santé, il faut connaître le prix des choses. Si personne ne parle d’argent, il faut arrêter de se plaindre de la hausse des coûts et de leurs conséquences sur le montant des primes.

Les gens ne vont-ils pas aller voir deux médecins pour comparer? En quoi votre proposition permet-elle des économies?

Cette transparence augmenterait la concurrence entre les prestataires de soins et permettrait de lutter contre le gaspillage. Si l’on vous annonce qu’un examen va coûter un peu cher, vous serez plus enclin à regarder s’il n’a pas déjà été effectué. On pourra ainsi éviter des redondances. Je ne demande pas, en revanche, d’établir plusieurs devis ou de comparer, ce n’est pas l’idée.

Voulez-vous culpabiliser les patients?

Si c’était le but, la facture qu’ils reçoivent à la maison serait suffisante. Je trouve positif que les patients connaissent d’emblée l’estimation du coût bien réel de la santé. C’est plutôt une façon de les responsabiliser et de leur donner des outils pour être des «consommacteurs». Ils ne sont pas uniquement des plantes vertes qu’on arrose!

Le Tarmed, utilisé pour réaliser les factures médicales, détaille déjà ces coûts…

… Et je croise tous les jours des gens capables de me dire ce qu’est le Tarmed et comment il fonctionne! Si ce système est tellement simple, les médecins n’auront aucun problème pour dire à l’avance ce que leurs traitements vont coûter. Ironie mise à part, le Tarmed indique des tarifs maximaux et des réductions peuvent être proposées.

Et proposer une médecine low cost?

Si on peut le faire sans baisser la qualité, alors oui. La médecine low cost existe déjà avec les médicaments génériques, et c’est une bonne chose.

Avec cette proposition, est-ce que vous sous-entendez que des médecins exagèrent dans leur facturation?

Absolument pas. Je sors d’une intervention et j’ai été, une fois de plus, frappé par la qualité et par la sensibilité des médecins à ces questions. Je pense simplement que les relations économiques entre deux partenaires, comme c’est aussi le cas entre le patient et son médecin, sont plus saines quand elles s’effectuent en transparence, y compris à propos des coûts.

Créé: 23.02.2019, 22h46

La proposition recueille des réactions mitigées

C’est une idée farfelue», s’exclame Michel Matter, vice-président de la Fédération des médecins suisses (FMH). «Quand on lui aura communiqué le prix, le patient va-t-il demander de tout arrêter pour aller voir un collègue?»

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