Des mendiants reviennent à Lausanne pour y travailler

PrécaritéDes Roms qui avaient fui lors de l’entrée en vigueur de l’interdiction de la mendicité réapparaissent dans la capitale vaudoise. Mais pour trouver un emploi.

Les personnes qui mendiaient dans les rues de Lausanne faisaient de nombreux allers-retours avec la Roumanie, où elles étaient domiciliées.

Les personnes qui mendiaient dans les rues de Lausanne faisaient de nombreux allers-retours avec la Roumanie, où elles étaient domiciliées. Image: Florian Cella

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L’exil aura duré un mois. Après avoir fui Lausanne, dès le 1er novembre et l’interdiction de la mendicité dans le canton de Vaud, certains membres de la communauté rom habitués à faire la manche regagnent la capitale vaudoise.

«Ces personnes sont mises en errance, donc elles vont et viennent dans le temps, observe Vera Tchérémissinoff, présidente d’Opre Rom, l’association lausannoise d’action et de solidarité avec les Roms. Il y a d’abord eu un phénomène de peur vis-à-vis des amendes, mais il est probable que certains commencent à revenir. Mais ils le font pour trouver un travail, non pour mendier.»

Au bénéfice d’un visa touristique valable trois mois, les Roms espèrent décrocher un emploi fixe pour obtenir, ensuite, un permis B. Dans le jardinage, la couture mais surtout dans l’agriculture. Opre Rom coopère d’ailleurs avec Terremploi dans ce domaine.

«Ils sont intéressés par les travaux saisonniers mais regardent aussi à long terme. Il faut décrocher le premier job, c’est le plus difficile.» Sur ce point, l’association se réjouit des résultats obtenus ces derniers mois. Deux personnes viennent de trouver un poste dans la vente de poulet grillé en foodtruck tandis que quatre permis B ont été obtenus.

«J’ai également contacté la Ville de Lausanne qui cherchait des ambassadeurs du tri, mais je n’ai pas eu de réponse, regrette Vera Tchérémissinoff. C’est notre mission d’aider les Roms à s’intégrer car, malgré les clichés, la mendicité était parfois l’unique source de revenus de familles pauvres.»

De son côté, la police rapporte un nombre très faible de dénonciations depuis le 1er novembre. «Moins de dix à ce jour, dont certaines par la gendarmerie dans le secteur de la gare, chiffre le municipal lausannois Pierre-Antoine Hildbrand. Il n’y a plus de mendicité fixe. Certaines personnes essaient de le faire discrètement, mais ça reste marginal.» Ce dernier se dit d’ailleurs «très satisfait du dispositif qui, contre tous les pronostics, s’avère pertinent. Il faut surtout rappeler que nous ciblons des comportements et ne luttons pas contre des personnes.»

Fluctuations saisonnières

Le cas de Genève suggère néanmoins un bilan à plus long terme. Alors que l’interdiction de mendier y a été introduite en 2008, l’association Mesemrom estimait récemment dans La «Tribune de Genève» que de 150 à 250 mendiants sont en permanence au bout du lac. Les contraventions, elles, sont systématiquement contestées et leur taux d’encaissement est de 0%.

«Je ne peux expliquer la situation genevoise, car je ne la connais qu’à travers ce qu’en rapportent les médias, indique Pierre-Antoine Hildbrand. Les personnes qui pratiquaient la mendicité à Lausanne sont domiciliées en Roumanie et font régulièrement des allers-retours. Je ne sais pas ce qu’il en est à Genève.»

Vera Tchérémissinoff estime qu’une vingtaine de Roms sont aujourd’hui basés à Lausanne. «Trois quarts d’entre eux ne sont plus là, mais ça ne veut pas dire qu’ils ne reviendront pas.» Ces derniers jours, le nombre de ressortissants de Roumanie s’étant annoncés au bureau des réservations pour les structures d’accueil d’urgence de la Ville de Lausanne est en tout cas en augmentation (sans savoir s’ils sont Roms ou s’ils mendiaient auparavant).

«Il s’agit essentiellement de personnes qui sont de retour, précise le municipal Oscar Tosato. La générosité des citoyennes et citoyens à cette période de l’année en est clairement la raison.» Son collègue Pierre-Antoine Hildbrand complète: «Les fluctuations sont saisonnières et la hausse de ces derniers jours est moins importante que lors des autres années.»

Alors que certains Roms évoquaient un retour dans leur pays d’origine, Opre Rom rapporte qu’ils sont «très peu» à avoir finalement fait ce choix. Ceux qui s’adonnent à une activité de rue, notamment la musique, ne sont pas légion non plus. «Il faut voir ça comme un moyen de trouver des solutions et de s’en sortir, pas comme de la mendicité déguisée, souligne Vera Tchérémissinoff. Mais je soupçonne fortement un durcissement, depuis le 1er novembre, de la délivrance d’autorisations aux Roms pour les activités de rue.»

Rappels à l’ordre par la police

Le 4 décembre, Opre Rom a rencontré Pierre-Antoine Hildbrand. L’occasion de faire remonter quelques observations. «Certains Roms qui n’étaient pas en train de mendier ont fait l’objet d’un rappel à l’ordre de la part de la police, c’est quelque chose qui nous interpelle», soulève Vera Tchérémissinoff.

«Cette situation peut survenir pour deux raisons, explique le municipal de la Sécurité. D’une part, de nombreuses personnes sont recherchées pour des amendes impayées à l’État, en particulier celles qui n’ont pas de domicile fixe. D’autre part, des actes de mendicité sont parfois dénoncés par la population avec une description très précise de l’auteur. Même si l’activité cesse avant la venue de la police, la loi lui sera rappelée.»

Créé: 08.12.2018, 22h21

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