Peter Zeidler, l’envoûteur

FootballÀ la tête du FC Saint-Gall, l’ancien entraîneur du FC Sion ravit public, médias et dirigeants. Mais comment fait-il pour que tout le monde l’adore?

Peter Zeidler nous a reçu dans le stade du FC Saint-Gall, qu’il réussit à remplir d’enthousiasme chaque semaine.

Peter Zeidler nous a reçu dans le stade du FC Saint-Gall, qu’il réussit à remplir d’enthousiasme chaque semaine. Image: Daniel Ammann

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Doudoune sur les épaules et double expresso calé dans le creux de la main: c’est donc ça, un coach branché. Peter Zeidler nous accueille au Kybunpark sans chichi. Il aurait pourtant de quoi se la raconter un peu. Brillant troisième de Super League, son FC Saint-Gall (21 ans de moyenne d’âge au coup d’envoi face à Neuchâtel Xamax dimanche passé) propose un football d’une fraîcheur ravageuse. «En ville, c’est en vogue d’aller au stade», se marre l’homme du moment dans l’ascenseur qui mène jusqu’aux loges du stade, où il a accepté de nous recevoir. «Il y a une vraie euphorie, c’est incroyable comme le football peut changer l’ambiance d’une région.»

La satisfaction d’un homme au sommet de la courbe de la hype, adulé outre-Sarine et bien parti pour être élu coach de l’année, est palpable. Il s’en défend. «Je ne veux pas qu’on tombe dans le culte de la personne, relativise d’emblée Zeidler. Parfois, j’ai l’impression que l’on accorde trop de valeur au travail de l’entraîneur. Arsène Wenger disait un jour: «70% du succès d’une équipe, c’est le recrutement. Le reste, c’est peut-être le staff technique.» Si on croit qu’avec un système de jeu, on va pouvoir s’imposer, peu importent les joueurs qui le composent, alors on n’a rien compris au métier d’entraîneur.»

«J’aime parler avec les gens. J’habite au centre ville, je me déplace à vélo. Je suis accessible»

En ce jeudi matin, Peter Zeidler est un poil chiffonné. Son stade est «pris en otage» par l’UEFA pour accueillir le soir même un match de Ligue Europa entre Lugano et le FC Copenhague. «Pendant trois jours, on n’est plus chez nous, ça complique le travail. Mais il faut faire avec. Avec l’âge, j’ai appris à me concentrer sur les choses que je peux changer. Et heureusement, vous êtes là: à chaque fois que je peux parler français, je suis content.» Mais au fond, Peter Zeidler est-il un homme heureux? Les trois points de la victoire suffisent-ils à son bonheur, comme beaucoup de ses homologues? «C’est une grande idée ça, être heureux, je ne sais pas si ça m’est déjà arrivé, s’interroge-t-il. Du côté professionnel, je suis assez content, c’est vrai. Mais ma maman est un peu mal-en-point en ce moment, et ça me rappelle que moi aussi je vieillis. De l’extérieur, on pense que je suis toujours enthousiaste, toujours de bonne humeur, toujours positif; et c’est vrai, mais ça ne veut pas dire que cet état d’esprit ne demande pas des efforts au quotidien.»

«Chasser le ballon ensemble»

Si les joyeux cachent souvent des mélancolies, son bonheur chez les Brodeurs est cousu de fil blanc. Une équipe réceptive, un public aux anges, et surtout un directoire à taille humaine – Matthias Hüppi, ancien présentateur star de la télévision alémanique, à la présidence, et Alain Sutter à la direction sportive. «C’est vrai, nous fonctionnons très bien ensemble. Nous avons une relation qui dépasse le plan administratif. C’est très sain, très positif. Lorsqu’ils ont repris le club, ils étaient en quelque sorte des débutants, ils avaient une approche romantique du football et on s’est tout de suite entendu.»

Romantisme, le mot est lâché. Son passé de prof de français en Allemagne ravit les journalistes alémaniques qui se pressent au portillon pour s’entretenir avec lui. Pour avoir l’occasion de tailler un bout de gras avec celui qu’ils présentent comme un «philosophe du football». «Philosophe, je n’aime pas trop ce terme, rétorque le principal intéressé. Pour moi, la philosophie, c’est Albert Camus, pas le football.» «Avec Peter, on peut parler de tout, confie un suiveur du club. De football bien sûr, mais aussi de grandes théories idéalistes comme de la météo. Cette facilité de langage, on n’en a pas l’habitude dans le milieu.»

L’homme sait donc mettre des mots sur ses idées. Le pressing par exemple. Fourre-tout du football moderne dont chaque coach ou presque se revendique. «J’ai lu récemment une interview de Joshua Kimmich qui disait: «Avec notre nouveau coach (ndlr: Hans-Dieter Flick, au Bayern Munich), nous prenons beaucoup de plaisir à travailler ensemble à la récupération des ballons». C’est la base. La récupération ne devrait pas être considérée comme un aspect négatif du jeu, mais comme partie intégrante du plaisir à jouer les uns pour les autres. Et ensuite, le foot vient tout seul, on arrive à combiner, à s’amuser, mais d’abord il faut chasser le ballon, et ensemble.»

Peter Zeidler a entraîné le FC Sion avant de rejoindre Saint-Gall. (Keystone)

Entre chaque virgule parfaitement appuyée, on entend le rapport affectif avec la matière footballistique et les hommes qui la composent. «C’est quelqu’un d’enthousiaste qui arrive à mettre de la vie là où il passe, estime Christian Constantin, qui lui a offert son premier banc helvétique à l’été 2017. Il arrive à trouver un langage juste pour toucher les gens.» Le verbe est si parfaitement affûté qu’on pourrait croire que tout est calculé. Que ce soit le supporter, le joueur, le journaliste, le dirigeant, Zeidler a toujours un bon mot pour chacun. «Mais le discours est toujours le même, rien n’est surjoué, affirme l’homme dans le vent. Il n’y a pas de «plan com» pour me donner une image. Cet enthousiasme, il n’est pas calculé. Vous savez, je n’ai jamais eu la joie d’être joueur professionnel. Alors ces émotions que je vis en ce moment, malgré mon âge, je les découvre. C’est peut-être de là que vient cette fraîcheur qui m’habite malgré le fait que je ne sois plus un jeune entraîneur.» Avant d’avouer: «OK, il y a un aspect sur lequel ma communication est un peu calculée. Quand je parle des jeunes du club, je cite toujours la provenance des joueurs du coin, pour que les gens puissent s’identifier. Betim Fazliji de Rebstein, Silvan Hefti de Rorschach, Leonidas Stergiou de Wattwil. Mais je ne mens pas, c’est la réalité.»

Maîtrise des langues et du langage

Pour expliquer le capital sympathie qu’il acquiert presque immédiatement partout où il passe, Zeidler invoque une forme de simplicité rare dans le milieu. «J’aime parler avec les gens et je crois que la plupart des gens ne s’attendent pas à ça de la part d’un coach. J’habite au centre-ville, je me déplace à vélo. Je suis accessible. C’est important pour moi de parler avec les personnes, d’aller à leur rencontre, parce que j’aime ces personnes.»

À Sion également sa proximité avec le public avait fait des ravages. Au point qu’il est toujours regretté par une bonne partie du microcosme valaisan. «Ça me touche, confie-t-il lorsqu’on le confronte à cette réalité. Le public a scandé mon nom lorsqu’on a joué avec Saint-Gall à Tourbillon, c’était très beau. Je pense que le fait d’être un Allemand qui parle français, ce qui est assez rare, est aussi un facteur qui m’a valu de la sympathie. Mais je dois faire attention à ne pas le dire trop fort sinon les gens ici vont croire que je veux absolument retourner en Valais.»

Le sous-texte est plus amer, pour un homme qui avait été remercié au printemps après un automne stratosphérique. «Sur le moment, ça m’a énormément blessé, souffle Zeidler. Pas au point de me casser, sinon je ne serai pas devant vous aujourd’hui, mais ça m’a fait du mal. Le président est comme ça, je ne suis pas le premier. Alors j’essaie de garder le positif, les victoires, le public, les émotions, les gens et le Valais, que je ne connaissais pas avant.»

Sion, l’éternel regret

Au centre de ses regrets d’entraîneur, cette finale de Coupe qu’il n’avait pas pu disputer alors que c’est lui qui avait qualifié l’équipe – la quatorzième, finalement perdu 3-0 par le FC Sion à Genève face à Bâle. «C’était le plus dur à accepter, admet-il. Je ne pense pas que je l’aurai gagnée, mais je l’aurais jouée différemment, ça c’est certain. À Sion, on m’a donné l’amour de la Coupe. On m’a appris ça en Valais. Christian m’a transmis ça, ce truc un peu irrationnel. Du coup, j’ai une revanche à prendre avec ce trophée.»

«J’ai été obligé de me séparer de Peter au printemps parce que l’équipe n’avait plus de jus, justifie «CC». Je sais que pour lui, c’est un grand regret de ne pas avoir pu disputer cette finale, mais un jour je lui en ferai jouer une! Ce ne serait pas le premier entraîneur à revenir en Valais après que j’ai lancé sa carrière.»

«Sur le moment, mon éviction du FC Sion m’a énormément blessé. Ça m’a fait du mal»

Peter Zeidler acquiesce, un poil de mélancolie dans son regard d’habitude si perçant. Il avoue une «éternelle reconnaissance» envers le boss de Tourbillon de lui avoir donné sa première chance. Et de se ressaisir: «J’aurais dû plus souvent parler directement avec Christian, le convaincre encore plus de mes principes, de ma pédagogie. C’est un regret: on n’a pas eu assez de grandes discussions.» Avec Peter Zeidler, la solution passe toujours par le verbe.

Créé: 02.12.2019, 13h35

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