Rebecca Ruiz: «À travers moi, c’est les femmes qu’on attaque»

Apparemment calme, la campagne pour le Conseil d’État vaudois ne l’est pas tant que ça. La candidate socialiste Rebecca Ruiz raconte les reproches auxquels elle est confrontée.

La socialiste Rebecca Ruiz, candidate au Conseil d’État vaudois, explique faire du chômage des plus de 50 ans une priorité.

La socialiste Rebecca Ruiz, candidate au Conseil d’État vaudois, explique faire du chômage des plus de 50 ans une priorité. Image: Yvain Genevay/LMD

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Votre campagne est sage, lisse, est-on obligé d’être ennuyeux pour être élu dans le Canton de Vaud?

Je n’ai pas l’impression de vivre une campagne ennuyeuse. Je suis candidate au gouvernement, une fonction très sérieuse. Il s’agit de convaincre les gens, pas de brandir des slogans populistes.

Tout de même, on vous a connue plus profilée. Il est où votre fameux tempérament andalou?

Je suis fidèle à ce que je suis. J’ai mon tempérament, mais je le maîtrise. À Berne, ces cinq dernières années, je n’ai pas enchaîné les coups d’éclat ni les déclarations tonitruantes. Il est important d’inspirer confiance pour le Conseil d’État, je ne me travestis pas. Et, personnellement, j’ai l’impression de vivre une campagne plutôt violente.

Pourquoi? Parce qu’on a remis en question vos anciens contrats pour le Département de l’instruction publique?

Si ce n’était que ça… Pour la première fois de ma vie, on me reproche par exemple mes origines étrangères. Cette semaine, dans un courrier des lecteurs, on m’a reproché mes origines hispaniques. Dans la rue, cela m’est aussi arrivé. On m’a dit que mon nom de famille n’était pas vaudois. J’ai expliqué que j’étais Suissesse, née ici, et que je défendais les intérêts des Vaudoises et des Vaudois depuis cinq ans à Berne.

Ça vous blesse?

Ce qui m’indigne le plus, parce qu’on attaque potentiellement toutes les femmes, c’est qu’on me reproche d’être maman. D’avoir eu un congé maternité. Est-il normal que, en 2019, le fait d’avoir bénéficié d’un congé maternité soit perçu comme une faiblesse dans le parcours d’une femme?

Quoi? Il y a des gens qui vous le reprochent?

Oui, l’UDC me reproche d’avoir signé un nouveau contrat alors que j’étais enceinte de 7 mois. Ce qu’on ne dit pas, c’est que je travaillais depuis trois ans pour l’État de Vaud et que ce congé maternité, j’y avais droit, comme n’importe quelle femme. On s’offusque aussi du fait que j’aie été arrêtée quelques semaines avant la naissance de ma fille, pour la préserver, comme cela peut arriver souvent.

Il y a des gens qui sont allés regarder à quelle date vous avez quitté le travail?

Oui, une copie de mon certificat médical de l’époque circulerait… Pour le contrat qui fait aujourd’hui l’objet de tant de polémiques, j’avais moi-même signalé à l’époque que son libellé ne correspondait pas au contenu de ma mission. On m’a alors dit que la pratique n’était pas exceptionnelle et qu’elle touchait d’autres collaborateurs. Ce qui est intolérable, pour moi, c’est qu’on se permette aujourd’hui de dénigrer mon intégrité professionnelle, qu’on prétende qu’il s’agissait d’un emploi fictif alors que j’ai fourni un travail! Des adversaires collent des autocollants avec la mention «employée fictive» sur mes affiches, c’est lamentable. Pour ma part, j’ai la conscience tranquille, j’ai travaillé sur la thématique importante de la violence et du harcèlement à l’école. Mon travail a été utile et a permis de développer une politique publique dans le Canton de Vaud dans ce domaine.

Est-ce l’UDC qui est derrière ces attaques?

Oui, leurs publications sur les réseaux sociaux le prouvent. Ces méthodes de campagne ne correspondent pas, ne ressemblent pas au Canton de Vaud.

Vous voulez nous faire croire que les Vaudois sont toujours gentils?

Je n’avais en tout cas jamais vu de telles méthodes. Je pense qu’on mise sur le dénigrement personnel pour éviter de parler du fond. Jusqu’à maintenant, on ne m’a jamais attaquée sur mes idées politiques mais seulement sur des aspects personnels: mes contrats, ma maternité, mon mari.

Vous avez participé à des voyages avec le milliardaire russe Frederik Paulsen, qui sont critiqués aujourd’hui, mais sans que cela ne vous entame vraiment. Le boulet n’a pas passé loin?

Je n’ai participé qu’à un seul voyage officiel, pour rendre hommage aux Vaudois partis au XIXe siècle en Ukraine en compagnie de syndics, de Mme de Quattro et d’ambassadeurs… On m’a par ailleurs reproché d’avoir reçu deux billets de concert à 45 euros pour un festival à Grenade alors que j’étais en vacances sur place, dans ma famille. Je ne me sens donc pas concernée par cette polémique.

Trouvez-vous légitime que l’on questionne ces pratiques?

Je comprends le besoin de transparence, mais je regrette les amalgames faits par les médias et qu’on n’aille pas au-delà en questionnant l’ensemble des pratiques. Récemment, j’ai par exemple reçu une invitation d’une grande assurance maladie pour assister à la Fête des vignerons. Un billet sans doute cher que je n’accepterai pas. Tout ça pour dire que les élus reçoivent des invitations provenant de nombreux secteurs en permanence. Le débat est donc vaste et touche beaucoup de monde.

Géraldine Savary a démissionné dans cette affaire. Vous trouvez injuste ce qui lui est arrivé?

Elle a payé très cher. Trop cher. Elle a sans doute commis des erreurs, elle l’a dit elle-même, mais à mon sens pas des fautes, et son départ sera un gâchis pour le parti et pour elle-même. Elle s’est imposé un niveau d’exigence que peu s’imposent.

En voyant ça, vous vous êtes dit: «J’arrête si c’est pour finir comme ça»?

Je ne me suis pas dit ça. Géraldine Savary est une amie. C’est avec ce regard que j’ai vécu ces événements et que j’ai eu mal pour elle. Ce que j’en retire, c’est qu’on a changé d’époque. Certaines pratiques n’auraient jamais posé problème il y a vingt ans. Le rôle des médias aussi s’est transformé, de même que les attentes et les exigences du public.

Comme candidate, au congrès du PS vaudois, vous avez parlé des seniors, des infirmiers, de la santé, de la sécurité, du climat, des LGBT. Difficile de voir où vous mettez la priorité?

J’ai mis en avant quatre priorités: la santé, le social, le climat, et un volet sociétal plus large, qui comprend l’égalité entre les hommes et les femmes ainsi que la défense des minorités.

Imaginons que vous soyez élue, vous avez le droit à un vœu, vous commencez par changer quoi?

Le chômage pour les personnes de plus de 50 ans. En contact direct avec le terrain, je sens encore plus à quel point la thématique inquiète. Les gens m’en parlent spontanément et pas seulement ceux qui ont l’âge d’être concernés.

Que pourriez-vous faire sur le sujet?

J’aimerais aller voir les plus grands employeurs du canton. Faire un état des lieux sur la base de leurs observations. L’État ne peut encourager la création d’emploi qu’en dialogue avec le privé. Je peine à comprendre ce qui fait qu’une personne de 50-55 ans, dotée de compétences mises au profit d’une entreprise durant des années, finit par décrocher et ne répond soudainement plus aux attentes du marché du travail. Est-ce seulement lié à des questions de LPP? Si c’est le cas, agir au niveau fédéral prendra du temps. Ou existe-t-il des choses à faire au sein des cantons à travers la formation continue? Toutes ces questions doivent être analysées.

On a du mal à voir vos différences avec votre principal concurrent Pascal Dessauges. À part peut-être la privatisation du CHUV?

Ah non! On ne se rejoint sur rien. Deux visions de société s’affrontent. Monsieur Desssauges est contre toute régulation de l’État, quelle qu’elle soit. Je ne suis évidemment pas d’accord. Dans le domaine du social, il dit en boucle qu’on dépense trop, tout en faisant abstraction du fait que le Canton de Vaud a des finances excellentes et qu’il peut donc se permettre la politique actuelle. Sur la question climatique, aussi, nous sommes en désaccord.

La difficulté de se profiler dans cette campagne ne vient-elle pas du fait que le Canton de Vaud va trop bien? Au fond, il n’y a rien à changer?

Le Canton va bien, et l’une des clefs de son succès tient à la composante politique actuelle, à savoir un gouvernement de gauche et un parlement de droite. Depuis 2011, tous les partis sont obligés de négocier. Aucun ne peut décider tout seul. Au final, les solutions trouvées sont toujours équilibrées. Et c’est pour poursuivre ce travail que je m’engage. Car, si le Canton va bien aujourd’hui, ça n’a pas toujours été le cas, notamment quand la droite était seule majoritaire. Je rappelle que le Canton a connu une dette de 9 milliards.

Vous parlez peu de vos racines durant cette campagne, du fait que vous êtes une fille de militants socialistes espagnols?

On en a déjà beaucoup parlé par le passé. Mais je ne cache rien, ça fait partie de ma culture politique. J’ai grandi dans un milieu où on parlait tout le temps politique. Le week-end, des politiciens venant d’Espagne transitaient chez nous, car mes parents étaient très actifs au Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE). Le goût de la politique m’est venu de là. Les histoires internes du parti, y compris les luttes de pouvoir, faisaient partie des discussions familiales qui me passionnaient. Je suis tombée dans la marmite gamine. J’ai d’ailleurs des photos de moi à six mois dans des congrès du PSOE.

Vous avez une grand-mère fascinante qui a été enfermée pendant cinq ans dans les prisons de Franco, elle était comment?

Elle ne parlait jamais de ses années en prison, sans doute trop douloureuses. C’était une femme formidable, très modeste. Elle a été enfermée uniquement pour ses opinions communistes, mais elle n’était pas militante. Son mari était aussi communiste, mais ils n’étaient pas activistes.

Elle fait partie de vous?

Oui, comme mes autres grands-parents. J’ai toujours été très proche d’eux.

Si vous gagnez en mars, vous penserez à elle?

Bien sûr, et de là où elle est, elle serait très fière. Elle n’a pas assisté au début de ma carrière politique, mais elle se réjouissait que j’accède à l’université.

Votre mari, Benoît Gaillard, est clairement en train de sacrifier sa carrière politique pour vous.

Pas du tout. Nous avons chacun nos parcours individuels. Il est conseiller communal à Lausanne. Il a son propre parcours.

Vous parlez peu de votre vie privée. On vous a plus entendue sur votre chat que sur vos filles. On sait qu’il s’appelle Chaussette, mais on ne connaît pas les prénoms de vos filles.

Je ne les mentionne pas pour les protéger. Chaussette est toujours bien là. Il a 15 ans et est toujours aussi fou. Tous ceux qui le connaissent sont sidérés par le fait que je l’aie gardé malgré son caractère.

Vos filles n’ont pas envie d’être sur la photo?

Non. La petite ne comprend pas ce que je vis et mon aînée trouve rigolo de me montrer sur les affiches quand elle se balade avec ses copines. On parle des élections à la maison. C’est d’ailleurs intéressant d’expliquer à une enfant de près de 6 ans ce qu’est une élection.

Comment vous lui expliquez?

Je lui dis que je fais un concours en plusieurs étapes. Elle a bien compris qui étaient mes adversaires, elle commente.

Elle comprend à quoi ça sert, la politique?

On essaie de lui donner des exemples concrets, par exemple quand on lui dit qu’on se bat pour que, dans cette rue, il ait moins de bruit le soir. Ou pour que des enfants puissent aller comme elle à la garderie.

Créé: 02.03.2019, 22h20

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