Pour Redoine Faïd a commencé la plus difficile des cavales

EvasionAprès s'être échappé de sa prison par hélicoptère, le plus fameux braqueur français s’est pour l’instant volatilisé. Mais comment se préparer à des mois ou à des années de clandestinité?

Redoine Faïd à l’époque où il faisait la promotion du livre et où il disait avoir renoncé au crime, en 2011.

Redoine Faïd à l’époque où il faisait la promotion du livre et où il disait avoir renoncé au crime, en 2011. Image: Olivier Arandel/EPA

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Il y aura sans doute un jour un film sur Redoi­ne Faïd. Il a même déjà failli en avoir un. Les droits de «Braqueur - Des cités au grand banditisme» (Éditions La Manufacture de livres, 2010), coécrit avec le journaliste Jérôme Pierrat, avait déjà été achetés. Mais Faïd, ensuite, a été de nouveau arrêté, en 2011, accusé d’être le cerveau (il n’y avait pas de preuve formelle de sa participation directe) d’un hold-up raté à Villiers-sur-Marne, en mai?2010. Le casse loupé avait coûté la vie à Aurélie Fouquet, policière et mère d’un enfant de 14 mois.

Au printemps 2013, l’homme s’était échappé une première fois, prenant quatre surveillants en otage en leur lâchant: «Vous n’allez pas vous faire tuer pour 1500?euros par mois!» Une voiture l’attendait à la sortie. La cavale de Faïd n’avait pourtant duré que 46 jours. Celui à qui il avait demandé de faux papiers, avec l’idée de disparaître en Israël, était un indicateur, et il s’était fait coincer en pleine nuit dans un bed and breakfast de Pontault-Combault.

«Faïd avait adopté pour cette fuite une stratégie intéressante, explique Jérôme Pierrat. Il s’agissait de se faire aider par des gens inconnus des services de police et inexpérimentés. Mais, du coup, ils ont fait des erreurs.» Le malfaiteur est donc vite retourné en prison: 25 ans à tirer pour l’affaire du braquage raté, plus 10 ans pour l’évasion avec prise d’otages.

Les deux peines ne se confondent pas: elles s’additionnent pour cet homme âgé aujourd’hui de 46 ans, qui racontait avoir tout appris de son métier au cinéma. Parmi ses surnoms, «McCoy», le diminutif du personnage de Steve McQueen dans «Guet-apens».

Lors de son premier hold-up, il sort à la guichetière une tirade apprise par cœur dans un film sur Jacques Mesrine. Il s’inspirera une autre fois d’un passage de «Point Break», le film où les braquages sont commis par des athlètes de l’extrême. Et, pour sa première attaque de fourgon, il a disséqué plus de cent fois la scène idoine dans «Heat», de Michael Mann. C’est un homme qui aime la médiatisation, ne rechignant pas devant une certaine «héroïsation» de lui-même. Il avait 25 ans quand le quotidien «France-Soir» lui consacrait un premier portrait, titré: «Si braqueur était un métier, il serait meilleur ouvrier de France».

S’évader, puis disparaître

Ces quinze derniers mois, il avait été transféré sept fois dans des prisons différentes. Il était un détenu «signalé», c’est-à-dire toujours suspect de préparer une évasion. Il y avait cependant huit mois – une période assez longue – qu’il était incarcéré à la prison de Réau. Dimanche dernier, trois hommes encagoulés ont mis une arme sur la tempe d’un pilote d’hélicoptère, l’ont obligé à se poser dans la cour d’honneur du pénitencier (le seul endroit non recouvert d’un filet), puis ont scié les serrures des portes à la disqueuse pour atteindre le parloir où Faïd discutait avec son frère. Quinze minutes plus tard, l’hélico repartait dans l’autre sens, sous les applaudissements des détenus. Deux changements de voiture, brûlées ensuite, et on perd sa trace: plouf, plus de Redoine Faïd.

À court terme, 2900 policiers sont à ses trousses. Surtout ceux de la réputée Brigade nationale de recherche des fugitifs, qui existe depuis une quinzaine d’années. Comment une cavale pareille peut-elle durer, et peut-être réussir? «En termes de préparation, poursuit Jérôme Pierrat, la cavale est plus exigeante que l’évasion: cette dernière ne dure qu’un instant, qu’elle soit spectaculaire ou non. Mais, là, il va falloir tenir, c’est une autre histoire.»

Alain Bauer, professeur de criminologie au Conservatoire des arts et métiers de Paris, confirme que le plus dur commence: «Il y a trois phases dans une opération de ce genre. La première, c’est s’évader. La deuxième, c’est de ne pas se faire attraper durant les 48 à 72 premières heures: beaucoup se font intercepter, ou même tuer, durant ce laps de temps. Ensuite commence le long terme, et le criminel doit être très vigilant, très organisé.» Pour Jérôme Pierrat, cela tient à trois critères: l’argent, l’entourage, la gestion du stress.

1. L’argent

Sait-on si Redoine Faïd dispose de réserves? «Tout ce qu’il a dérobé n’a toujours pas été retrouvé, selon Alain Bauer. Et être un criminel n’empêche pas d’être un épargnant.» Cela doit d’abord servir, suppose-t-on, à payer ceux qui vous ont libéré. Mais, là encore, il existe plusieurs options. L’organisation de l’évasion peut se faire par des réseaux divers: amitiés, famille (Redoine est le cadet d’une fratrie de onze enfants), anciens camarades de braquage estimant avoir une dette envers vous, ou encore gang en lien avec des malfaiteurs rencontrés en prison (il avait, par exemple, eu des contacts avec certains incarcérés corses), etc.

«Il faut très vite de l’argent pour tout, dit Jérôme Pierrat. Les planques, les faux papiers, la nourriture, cela pour des mois ou des années. On ne sait pas si Faïd avait un trésor de guerre qui aurait pu être utilisé pour organiser l’évasion. Là encore, on a vu des choses très contrastées: l’équipe qui avait, également avec un hélicoptère, libéré il y a quelques années le braqueur Pascal Payet n’avait ainsi pas touché un rond.» Reste que, pour celui qui est en cavale, manquer d’argent devient rapidement un énorme problème, qui se résout souvent par la récidive. «À un moment, se remettre au braquage peut devenir une nécessité», souligne Jérôme Pierrat. Avec un risque énorme de se faire de nouveau arrêter.

2. L’entourage

Pour s’en sortir, il faut donc, surtout au début, avoir un entourage efficace et discret, ce d’autant que tous ceux avec qui on a eu des liens dans le passé sont très vite surveillés par la police. «En gros, avant que toutes les polices de France soient en alerte rouge, Faïd a eu deux heures au maximum», dit encore Jérôme Pierrat.

Suffisant pour quitter la France? «Pour aller où? Il avait peut-être juste assez de temps pour aller en Belgique. Mais l’intérêt n’est pas évident, tant que l’on reste dans l’espace Schengen.» Alain Bauer imagine qu’il a peut-être cherché à quitter la France, mais reste à savoir s’il y est parvenu. «Sans compter qu’à l’étranger, c’est encore plus cher d’être en cavale.» Le plus probable, c’est donc un fugitif toujours en France, et qui se terre dans un endroit discret. «N’oublions pas les indicateurs de police, souligne Jérôme Pierrat. Ils sont tous aux aguets. Car celui qui peut aider à l’arrestation d’une personnalité comme Faïd s’assure une tranquillité pour un bon moment.»

3. Le stress psychologique

La vie d’un fugitif, ensuite, n’est pas marrante. «On peut apprendre de ses cavales précédentes, bien sûr, dit le professeur Alain Bauer. Mais le problème, c’est d’arriver à ne pas baisser sa garde durant des années.» Jérôme Pierrat abonde: «Vous devez vous lever tous les jours à 5 heures et demie du matin pour éviter l’éventuel passage de la police à 6 heures. Il s’agit de changer de planque environ tous les mois. Sortir faire les courses, croiser quelqu’un, faire un téléphone: tout peut vous faire repérer. Il faut pourtant garder ce stress à un haut niveau de paranoïa pour tenir. C’est très usant.»

Ce qui augmente assez vite l’idée de se remettre au braquage. Jérôme Pierrat encore: «Faïd n’est pas quelqu’un qui agissait appâté par l’argent. Ce n’est pas non plus quelqu’un de dépensier. Mais il y a une adrénaline dans la criminalité qui manque vite à des braqueurs comme lui.»

Alain Bauer va dans le même sens: «Le braquage, c’est un peu comme la cigarette: c’est très dur d’arrêter.» Car, au bout d’un certain temps, le malfrat en cavale a deux options. «La plupart des gens envisageraient une modeste carrière de vendeur de glaces à São Paulo, sourit Jérôme Pierrat. Mais la vie normale, c’est une prison à ciel ouvert pour des hommes comme lui. Alors ils choisissent souvent la deuxième option: recommencer.»

Il existe un entre-deux: «Il peut se dire qu’il fait encore juste un ou deux coups par nécessité avant de se mettre définitivement en retrait, mais le risque est du même ordre.» Et le temps est toujours l’ennemi du criminel en cavale. «C’est le grand avantage de la Brigade de recherche des fugitifs: le temps joue pour eux, ils l’ont à disposition, ils ne vous lâchent jamais, ils ne font que ça, et surveillent tous ceux qui ont, un jour ou l’autre, été en contact avec lui: le téléphone que l’on a en ce moment, vous et moi, il est certainement sur écoute.» (TDG)

Créé: 07.07.2018, 22h31

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