Le service public est mal géré en Suisse

Le Parlement accuse La Poste de mauvaise gestion. Mais, en réalité, c’est lui qui refuse de prendre ses responsabilités!

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La Poste vient de perdre le peu d’autonomie inventive qui lui restait. Le Parlement, outré par le scandale CarPostal, va reprendre en mains la gestion stratégique du géant jaune et revoir les critères qui l’autorisent à réduire ou à transformer le réseau postal. C’est un désaveu cinglant pour la direction de la Poste, son conseil d’administration et sa ministre de tutelle, Doris Leuthard. La transformation de La Poste est stoppée, le temps que le Parlement réfléchisse.

Si le lien entre le scandale CarPostal, la société qui a surfacturé ses prestations aux cantons, et les bureaux de Poste est discutable, la vraie interrogation est celle de l’avenir du service public. Comment le définit-on? Comment le finance-t-on? En Suisse, l’ex-régie fédérale PTT, devenue La Poste et Swisscom, opère dans deux régimes distincts, l’un ouvert à la concurrence et l’autre réservé au monopole. Une situation que l’on retrouve dans le secteur de l’électricité où les compagnies régionales jouent sur les deux tableaux. C’est également le principal reproche fait à la SSR par les éditeurs privés: concurrencer les médias privés sur Internet en puisant dans le financement provenant de la redevance.

Du point de vue économique, un tel croisement des activités est malsain. Les sociétés financées par le monopole ont une tendance naturelle à subventionner leurs activités commerciales. La concurrence s’en trouve faussée. Ce mécanisme de redistribution est non seulement déloyal mais il masque la réalité des coûts réels du service public. Ainsi, quand la direction de La Poste déclare que son réseau postal n’est plus rentable, le Parlement refuse de la croire. À Berne, personne ne semble maîtriser les transferts financiers que La Poste opère entre ses activités commerciales ouvertes à la concurrence et ses missions de service public. Ce contrôle incomberait à l’autorité de tutelle de La Poste, PostCom, mais elle est si faible et inféodée à l’ex-régie fédérale que vous n’en avez probablement jamais entendu parler! En réalité, même si La Poste disait la vérité, le Parlement préfère croire le contraire. Car il n’a aucune envie d’augmenter le niveau des subventions.

Pour y voir clair, il faudrait séparer comptablement et juridiquement les activités commerciales de La Poste de celles provenant du monopole ou de ses missions de service public. Toutes les activités commerciales rentables devraient être ouvertes à la concurrence pour protéger les consommateurs de tout abus dans la fixation des prix. À l’inverse, les missions de service public jugées indispensables au bon fonctionnement du pays (égalité des tarifs entre ville et campagne, dessertes éloignées, etc.) doivent être financées de manière transparente par des taxes ou par l’impôt. En clair, le subventionnement croisé, tel qu’il se pratique encore en Suisse, cache la réalité des coûts aux usagers et déresponsabilise le Parlement qui se défausse sur l’ex-régie quand les usagers sont mécontents des transformations envisagées. Ces transformations majeures, le Parlement en parle très peu. Il semble tout ignorer de ce qui se passe. Or La Poste, comme entité économique unique, n’existe bientôt plus. Le transport et la distribution des colis (l’essentiel du volume postal) sont aujourd’hui des activités banales des géants de la logistique; le trafic des paiements, autrefois l’activité la plus lucrative de La Poste, voit ses marges de plus en plus réduites. La Poste suisse n’est plus la vache à lait qu’imagine le Parlement. Si le Parlement veut fixer le nombre de bureaux de poste à maintenir, c’est son choix. Mais il doit en assumer les coûts et cesser de vivre dans la nostalgie d’une Poste qui n’existe plus que dans l’imaginaire d’une Suisse des années soixante. (nxp)

Créé: 05.03.2018, 08h51

La chronique de Pierre Veya, chef de la rubrique Economie

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