Six rentiers sur dix sont mis en danger par leur hypothèque

ImmobilierSelon un sondage de la société de conseil VZ Vermögenszentrum, la chute de revenus entre la vie active et la retraite, ainsi que la baisse des primes posent problème aux propriétaires âgés.

En devenant propriétaire, on se pensait à l’abri pour ses vieux jours. Or, la baisse des rentes menace, à leur retraite, de plus en plus de Suisses.

En devenant propriétaire, on se pensait à l’abri pour ses vieux jours. Or, la baisse des rentes menace, à leur retraite, de plus en plus de Suisses. Image: iStock

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

À force d’entendre qu’il est temps d’acheter et de devenir propriétaire grâce à des taux hypothécaires au plancher, on en oublie presque le côté face de la chose: «Même sans la baisse des rentes qui frappent déjà les jeunes retraités, le revenu d’un Suisse chute en moyenne de 40% entre sa vie active et la retraite», affirme Cornelia Nestic, spécialiste en hypothèques chez VZ Vermögenszentrum, une société en conseils financiers présente dans toute la Suisse. Résultat des courses: la capacité financière d’un rentier n’est plus suffisante pour répondre au critère fixé par les banques, selon lequel le coût d’un logement ne doit excéder le tiers du revenu.

Or, selon les règles de prudence désormais imposées, un établissement de crédits ne calcule pas la capacité financière d’un débiteur selon le taux hypothécaire réellement appliqué (autour de 2% actuellement), mais au taux historique et moyen de 5%.

Pour faire simple: un propriétaire devra prouver qu’il peut potentiellement s’acquitter de 32 500 francs d’intérêts par an, auxquels s’ajoutent 10 000 francs d’amortissement obligatoire, soit 42 500 francs, s’il détient un bien d’une valeur de 1 million de francs et d’une hypothèque de 650 000 francs. Pour satisfaire à la règle d’or d’une charge immobilière supportable de 33%, il faudra donc que le propriétaire dispose d’un revenu annuel de 127 500 francs, quel que soit son statut, pour être dans les clous.

Les ventes forcées augmentent

De plus en plus interpellée par des incapacités de paiement ou des résiliations bancaires, la société VZ s’est récemment prêtée à un coup de sonde auprès de 500 de ses clients, détenteurs d’un emprunt hypothécaire et âgés en moyenne de 58 ans. Le résultat est stupéfiant: il s’avère ainsi que seuls 42% des futurs retraités pourront sans problème honorer le service de leur dette. Par contre, 39% devront piocher dans leur épargne privée, réduire leur train de vie ou appeler leurs enfants à la rescousse; et 19%, carrément, ne pourront plus faire face et devront – sans aide extérieure – se séparer de leur home sweet home.

En clair, six propriétaires sur dix sont ou seront confrontés à des difficultés financières pour payer le coût de leur logement. «Et ce pourcentage va encore augmenter face à la diminution en cours du taux de conversion du 2e pilier de 6,8 à 6%», nous affirme Cornelia Nestic.

Or il ne faut pas croire que l’on évoque là une musique d’avenir. Avec l’arrivée à la retraite des baby boomers des années 60, des dizaines de milliers de Suisses seront confrontées à cette situation. Selon VZ, les cas de non-reconduction d’une hypothèque arrivée à échéance, voire d’une résiliation pure et simple de cette dernière par la banque se multiplient déjà. Cornelia Nestic témoigne ainsi d’un cas emblématique: «J’ai eu à connaître l’exemple d’un couple de retraités qui devait urgemment refaire le toit de sa maison. Ce dernier demande alors une augmentation de son hypothèque auprès de son établissement bancaire pour financer ces travaux.»

Et là, mauvaise, très mauvaise surprise. La banque découvre que, depuis leur retraite, ce couple n’offrait plus la capacité suffisante (au taux virtuel, donc, de 5%) et que non seulement il ne saurait être question d’une rallonge de prêt, mais que, bien au contraire, elle exigeait le remboursement du tout, contraignant ce couple à vendre sa maison.

«Les rentes moyennes en Suisse – AVS et 2e pilier – pour ceux qui entrent maintenant en âge de retraite s’alignent aujourd’hui sur le niveau d’un bas salaire dans le monde actif», soit quelque 4300 francs par mois, dénonce ainsi dans le «Tages-Anzeiger» René Raths, membre du conseil d’administration de la société de fonds de placements Swisscanto, qui vient de réaliser une étude sur la situation financière des jeunes retraités.

«Nous rencontrons de plus en plus de personnes qui doivent se séparer de ce qu’ils ont de plus cher», en tête desquelles leur maison ou leur appartement, confirme Xaver Wittwer chez Pro Senectute. Pour éviter cela, ne reste plus dès lors qu’à s’y prendre suffisamment tôt, autour des 55 ans, lorsque des projections de revenus à la retraite sont réalisables, pour prendre toutes les mesures possibles et imaginables.

Demander aux enfants ou des proches de se porter caution solidaire de l’emprunt ou de vous consentir un prêt; mettre en gage son épargne personnelle (liquide ou titres); louer une pièce à un étudiant qui aidera également au jardin, renoncer à la voiture et aux voyages, etc. Conclusion: le riche rentier helvétique est devenu une espèce en voie de disparition. (TDG)

Créé: 04.08.2018, 22h33

Le prix d'une hypothèque à la retraite

Cas limite

M. et Mme Dupont: 55 et 54 ans

Valeur de l’objet: 900 000 francs

Épargne: 75 000 francs

Revenu annuel de M. Dupont (Mme Dupont est femme au foyer): 140 000 francs

Rente future: 85 000 francs

Hypothèque actuelle: 500 000 francs

Hypothèque soutenable à la retraite: 385 000 francs

Pour que leur loyer ne dépasse pas 33% du revenu au taux moyen de 5% appliqué par les banques, il faudra donc que M. et Mme Dupont réduisent leur dette de 115 000 francs ces dix prochaines années, soit 11 500 francs par an.

Cas insoutenable

M. Müller, veuf: 59 ans

Valeur de l’objet: 1 million de francs

Épargne 3e pilier: 100 000 francs

Épargne privée: 100 000 francs

Revenu annuel: 180 000 francs

Rente future: 85 000 francs

Hypothèque actuelle: 800 000 francs

Hypothèque soutenable à la retraite: 365 000 francs

L’épargne dont dispose M. Müller et son revenu actuel ne suffiront pas à couvrir les 435 000 francs nécessaires à la réduction de sa dette en six ans pour atteindre le ratio de 33% de loyer. Il lui faudra soit vendre sa maison, soit être soutenu par des proches.

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.