Dans la succession de la femme PDC, un homme tire les ficelles

Le retrait prévu de Doris Leuthard aiguise les appétits et fait voler en éclats l’union du parti. Le rôle ambigu du président Gerhard Pfister est pointé du doigt.

«Cette succession sera un défi», a déclaré Gerhard Pfister après l’annonce de Doris Leuthard.

«Cette succession sera un défi», a déclaré Gerhard Pfister après l’annonce de Doris Leuthard. Image: Martial Trezzini/Keystone

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L’accession au pouvoir est le fruit d’alliances, mais aussi de petits meurtres entre amis. Pour le PDC, qui n’a plus qu’un siège au Conseil fédéral, l’annonce de Doris Leuthard de ne pas se représenter, en 2019, pousse cette règle non écrite de la politique fédérale jusqu’à son paroxysme. «Certains ne m’adressent plus la parole», raconte une élue dont le nom est cité comme papable. «Cette succession sera un défi», reconnaît le président Gerhard Pfister. Là où les choses se corsent, c’est que dans cette ambiance délétère, le Zougois est désigné comme un problème plus qu’une solution.

Sous couvert d’anonymat, plusieurs dénoncent le double jeu de Gerhard Pfister, qui ne travaillerait pas pour le parti, mais pour sa propre élection. Est-il candidat? «Je répondrai à cette question quand le temps sera venu», botte-t-il en touche. «Il se présente à la presse comme s’il l’était déjà», corrige une conseillère nationale.

Incertitude du départ

Les critiques fusent et viennent, notamment, des femmes. Étonnant, alors que Gerhard Pfister leur a dit très tôt de se préparer. «Je veux qu’il y ait au moins une femme sur notre ticket», répète-t-il aujourd’hui. «Il ne cesse d’encenser la personnalité de Viola Amherd pour mieux la couler par la suite», rétorque une élue. Une thèse reprise par la Weltwoche, qui estime que face à la Valaisanne issue de l’aile sociale du PDC, le profil d’un Pfister, proche des thèses de l’UDC sur l’asile et de celles du PLR sur l’économie, peut convaincre un Parlement marqué à droite. L’issue apparaît moins évidente dans un duel avec Elisabeth Schneider-Schneiter (BL), qui vient de l’aile plus libérale. «Alors qu’ils s’entendaient bien, tous deux sont désormais en froid», note malicieusement un élu.

Les démocrates-chrétiennes risquent-elles de se faire avoir par leurs confrères? «On peut avoir des soupçons, après ce qui s’est passé sur la loi sur l’égalité (les sénateurs PDC ont fait renvoyer le projet, contre l’avis des femmes du parti, ndlr ). Mais il n’y a aucune certitude», répond prudemment Babette Sigg, présidente de la section femme. Cette polémique, certaines PDC ne veulent pas en entendre parler. «Si un homme est élu, les femmes seront déçues. L’inverse vaut aussi, coupe Kathy Riklin (ZH). C’est inévitable lorsque vous n’avez plus qu’un seul siège.»

Mais le malaise autour de Gerhard Pfister est plus large. Cette course au gouvernement a fait réapparaître la division traditionnelle du parti entre son aile conservatrice et celle plus progressiste. «Il est de plus en plus candidat au Conseil fédéral et de moins en moins chef de parti», confie un conseiller national. Plusieurs élus osent contester sa politique au sein du groupe. À deux reprises, le Zougois se serait retrouvé seul contre tous. «L’union fragile que le parti avait trouvée, en début de législature, a explosé en plein vol», abonde un collègue, qui voit dans le positionnement de Pfister des gages donnés à la droite, l’UDC en particulier.

Cette ambiance pesante est renforcée par l’incertitude qui règne autour du départ effectif de Doris Leuthard. «Elle a convié les femmes PDC pour une soirée ce mardi», confie une élue, qui y voit le signe d’une démission imminente. «Pas du tout, rétorque une autre. Elle a accepté une invitation officielle cet été.» La prédictibilité des scénarios est d’autant plus aléatoire que l’affaire CarPostal peut avoir bouleversé son agenda. «Elle ne partira pas avant que ce soit réglé», estime Claude Béglé (VD).

Si cette question agite à ce point, c’est que le calendrier pourrait favoriser l’une ou l’autre stratégie. Si Doris Leuthard va au terme de son mandat – voire s’accorde sur un départ commun avec Johann Schneider-Ammann – la pression pour élire une femme se reporterait sur les épaules du PLR, qui a deux membres au gouvernement. Cette option, qui desservirait les candidates PDC, réjouirait d’autant plus certains papables masculins qu’elle pourrait écarter Gerhard Pfister. «Il a promis de mener le parti vers la victoire aux élections fédérales de 2019, analyse un conseiller national. Il ne pourrait pas se lancer dans la course.»

Reste ce scénario alambiqué: que Gerhard Pfister soit plébiscité par la droite de l’Assemblée fédérale alors qu’il n’est pas sur le ticket officiel du PDC. Mais sous la Coupole personne n’ose vraiment croire à cette hypothèse. (TDG)

Créé: 10.03.2018, 23h00

Le bal des papables

Alors que la désignation de Doris Leuthard était une évidence, aujourd’hui, aucun nom ne s’impose au PDC. Celui de Viola Amherd est le plus souvent cité. Mais la Valaisanne laisse planer le suspense. «Pour un tel poste,
il faut bien réfléchir». La vice-présidente du groupe est appréciée dans le parti, elle a l’expérience d’un exécutif, puisqu’elle a été à la tête de Brigue. Mais son profil social pourrait lui coûter des voix à droite.

Du coup, le nom d’une autre conseillère nationale surgit,
celui d’Elisabeth Schneider- Schneiter. Plus libérale sur
les questions économiques, elle vient d’une région, Bâle, qui n’est plus présente au Conseil fédéral depuis longtemps. Les autres femmes évoquées, Ruth Humbel
(SO) et Andrea Gmür (LU), sont issues de l’aile conservatrice du parti.

Du côté des hommes, les trois sénateurs Pirmin Bischof (SO), Konrad Graber (LU) et Stefan Engler (GR) seraient sur les rangs. Quant au conseiller national Martin Candinas (GR), il apparaît comme un outsider.

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