«L'Union devrait adhérer à la Suisse»

Minée par le populisme, l’Union européenne est-elle à bout de souffle? L’analyse de Guy Mettan qui publie un essai critique sur l’Europe.

Guy Mettan, journaliste. A dirigé le Club suisse de la presse. Député au Grand Conseil genevois depuis 2001.

Guy Mettan, journaliste. A dirigé le Club suisse de la presse. Député au Grand Conseil genevois depuis 2001. Image: Lucien Fortunati

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Les partis populistes pourraient faire un carton aux élections européennes. Ce serait selon vous une bonne ou une mauvaise nouvelle? Ni l’un ni l’autre. La bonne nouvelle, c’est que les mouvements dits populistes, souverainistes ou nationalistes jouent le jeu démocratique et il faudra accepter le verdict des urnes. Mais sont-ils capables de tenir un discours vraiment européen et d’améliorer la gouvernance de l’UE? J’en doute. Là-dessus, ils se taisent et c’est la grande critique que je leur adresse: ils ont un discours sur les nations européennes, pas sur l’Europe. Au lieu de se lamenter de leur succès, l’Union devrait plutôt envisager les réformes démocratiques qui répondraient au désir des peuples de participer au choix de leur avenir.


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Dans votre livre, vous critiquez les institutions européennes et notamment le Parlement qui n’en est pas vraiment un. Ça vaut le coup d’élire un tel Parlement? Beaucoup d’Européens se posent cette question, ce qui explique en partie l’abstention. Le Parlement est en effet la seule institution européenne élue de façon démocratique, mais il ne dispose pas du pouvoir de faire les lois. Privé de sa ressource essentielle, ce n’est qu’un demi-parlement et ça ne vaut donc qu’à moitié le coup de l’élire. Il s’agit d’un exercice démocratique, bien sûr, mais un peu vain. Je crains qu’il contribue à décrédibiliser la démocratie alors qu’il faudrait l’étendre à toutes les instances européennes. En particulier la Commission et le Conseil européen.

Cette carence démocratique constitue le problème principal de l’Union? C’est l’un de ses trois défauts majeurs. Il découle du choix fait par les pères fondateurs d’évincer le politique au profit de l’économique et du juridique. C’est ce qui a lancé l’Europe sur les rails du libéralisme et de la technocratie. Le deuxième gros défaut tient aux déséquilibres géopolitiques. En séparant le militaire du politique et de l’économique, l’UE a confié sa sécurité à l’OTAN qui est elle-même sous domination américaine. À cela s’ajoute l’exclusion de l’UE de toute une partie de la civilisation européenne: la slave et l’orthodoxe pour schématiser, soit un tiers de l’Europe. Enfin, l’hypertrophie de l’Allemagne réunifiée accentue encore les déséquilibres internes de l’UE en donnant à ce pays un poids prépondérant.

Et le troisième problème? C’est ce gloubi-boulga institutionnel dont résulte une gouvernance aussi illisible qu’inopérante. On est face à un cumul d’instances: l’UE pour l’économique, l’OTAN pour la sécurité, le Conseil de l’Europe pour les droits de l’homme… Ces institutions recouvrent en outre des territoires différents: celui de l’UE n’est pas celui de l’OTAN, qui n’est pas celui de l’OSCE, etc. Tout cela est confus, mais à dessein. Au fond, personne ne réclame un véritable État fédéral européen qui soit démocratique. En période d’élections européennes, je trouve ça un peu bizarre.

Dans votre essai, vous puisez dans l’histoire des scénarios possibles pour l’avenir de l’UE. Vous estimez qu’elle pourrait connaître un lent délitement comme le Saint Empire romain germanique. Ou une absorption par une puissance plus forte comme les Grecs par les Romains. Il existe une troisième voie? Oui, il faudrait que l’UE adhère à la Suisse! C’est une boutade pour dire que l’Europe, au fond, devrait adopter la méthode suisse. Après les guerres napoléoniennes, nos élites éclairées (à l’époque les radicaux) ont fait alliance avec le peuple en développant les droits d’initiative et de référendum. Cela a pris du temps, de 1815 à 1891. Mais cette alliance a créé la confiance nécessaire entre le peuple et l’élite qui a permis de résister aux ingérences étrangères. La méthode suisse serait à mon avis le seul moyen pour l’Europe de récupérer son indépendance tout en se démocratisant, et donc de continuer d’exister comme un continent qui pèse dans la marche du monde.

Vous étiez jadis un euroturbo. Vous avez retourné votre veste? Non, je me considère toujours comme un euroturbo, mais d’une espèce différente. Je reste un Européen convaincu tout en étant très critique à l’égard de l’UE qui s’est dévoyée. Je suis pour une vraie Europe fédérale. C’est ce débat qu’on devrait rouvrir au lieu de traiter les nationalistes de fascistes, ce qui relève du crime contre l’esprit.

Créé: 19.05.2019, 10h38

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