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L’invitéL’enseignement de la culture antique, inutile et nécessaire

Olivier Delacrétaz déplore la disparition des cours dédiés à la Grèce et à la Rome antique dispensés aux gymnasiens de l’École de culture générale.

La réforme perpétuelle de l’école vaudoise continue imperturbablement d’évacuer les humanités. C’est ainsi que Mme Cesla Amarelle, responsable du Département de la formation, de la jeunesse et de la culture, vient d’annoncer la suppression des cours de culture antique dispensés aux gymnasiens de l’École de culture générale (naguère encore «la voie diplôme»). Prenant une sérieuse option sur le prochain Champignac d’or, elle a déclaré: «La suppression du cours ne signifie aucunement la disparition de ses contenus.»

Selon Mme Amarelle, les cours de français, d’histoire, d’histoire de l’art et de philosophie contiennent déjà bien assez d’éléments de culture antique. On continuera donc d’enseigner quelque chose de l’Antiquité, mais, dit-elle, «en transcendant […] les frontières disciplinaires». Dans cette même idée que «tout est dans tout», pourquoi ne pas se contenter d’enseigner le français, langue toute pétrie de philosophie, d’art, de culture, de religion et d’histoire?

«Des cultures qui sont à la fois très différentes de la nôtre… et qui sont la nôtre.»

Consacrer un enseignement spécifique et structuré à une branche, c’est lui donner sa pleine importance et pouvoir en imprégner plus fortement l’intelligence de l’élève. C’est tout particulièrement le cas pour ce qui concerne l’Antiquité, ces quelque 1200 ans d’histoire européenne, douze siècles incroyablement riches de création littéraire et artistique, de développements philosophiques, de controverses théologiques et d’expériences politiques et militaires. Cela ne justifie-t-il pas une «frontière disciplinaire»?

Outre son intérêt intrinsèque, cet enseignement a une particularité. Il nous présente des cultures qui sont à la fois très différentes de la nôtre… et qui sont la nôtre. Le voulant ou non, indignes ou inspirés, nous sommes les héritiers de Socrate, d’Homère et de Praxitèle, de Cicéron, de Virgile et d’Auguste. Connaître leur monde, c’est relier leur passé lointain et notre actualité, c’est y reconnaître notre passé et leur actualité. C’est prolonger la ligne du temps au-delà du présent et maîtriser mieux nos lendemains. C’est encore, à titre personnel, prendre une distance à l’égard des choses. Cette distance, sorte de jeu dans les rouages du monde qui nous entoure, nous offre un espace précieux pour l’exercice de notre liberté.

Coupure préjudiciable

La culture antique est moins utile que l’informatique? En termes d’emploi, c’est probable. Mais justement, rien n’est plus utile à un jeune que d’apprendre à relativiser l’utile. L’école a pour tâche de faire de l’élève une personne autonome, non de livrer à la société un employé prêt à l’usage.

Au fur et à mesure qu’elle se coupe de l’Antiquité, notre époque se coupe aussi de son présent et de son avenir. Elle se soumet platement aux déterminismes du moment. Elle se replie sur elle-même et sur ses préoccupations matérielles immédiates.

4 commentaires
    Mendrisiotto

    La politique d'Amarelle, moins on en sait mieux ça va pour elle, mais l'intégration c'est tout ce qui va, à