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Le dernier rendez-vousLes adieux sans larmes du Lausanne-Sport à la Pontaise

Pandémie oblige, c’est sans public que le club vaudois tirera ce soir un trait sur les 66 années passées dans son stade olympique.

En novembre 1961, le stade de la Pontaise affichait complet à l’occasion d’un derby entre le LS et Servette. Plus de 40’000 spectateurs se bousculaient, sous le regard bienveillant du policier Mottaz, pour obtenir la meilleure place possible.
En novembre 1961, le stade de la Pontaise affichait complet à l’occasion d’un derby entre le LS et Servette. Plus de 40’000 spectateurs se bousculaient, sous le regard bienveillant du policier Mottaz, pour obtenir la meilleure place possible.
VQH

Clap de fin. Après plus de 66 ans d’une union pas toujours idyllique, le Lausanne-Sport quitte définitivement, ce samedi, son historique Stade olympique de la Pontaise. Des adieux sans larmes ni public. Même si le déménagement du plus grand club sportif du canton dans une enceinte moderne, confortable et fonctionnelle - la Tuilière répond à tous ces critères - était espéré depuis près de deux décennies, cette vénérable Pontaise aurait au moins mérité une belle fête. Qu’elle pourrait toutefois avoir - si le Covid le permet - l’été prochain.

Comme vous pouvez le lire ci-dessous, personne - à part peut-être quelques irréductibles nostalgiques - ne pleure le départ de la Pontaise de ce LS qui aura été son principal et fidèle locataire. Pas même ceux qui ont vécu les plus belles heures de ce stade dessiné par larchitecte lausannois Charles Thévenaz.

Un seul titre en 66 ans

Érigé pour la Coupe du monde et inauguré en grande pompe le 23 mai 1954, en présence de 43500 spectateurs subjugués par ses douces courbes, l’édifice suscitait alors la jalousie et l’admiration de tous. Un attrait qui a depuis longtemps disparu malgré les nombreuses et coûteuses améliorations apportées depuis 35 ans qui ont aussi progressivement réduit sa capacité à moins de 15000 places.

Le palmarès famélique du LS au cours de ces 66 dernières années est une autre bonne raison de ne pas regretter la Pontaise. Avec un seul titre de champion (1965) et plusieurs sacres manqués d’un rien, on en vient presque à se demander si ce stade n’était pas, en fin de compte, un peu maudit.

Si elle n’est plus à la hauteur des exigences d’un club de Super League et de son public, la Pontaise fera, pendant quelques années encore, le bonheur du Stade-Lausanne-Ouchy, dAthletissima et de ces nombreux athlètes qui continueront de venir s’y entraîner. Une sorte de semi-confinement qui, lui, correspond bien à lair du temps.

«Il faut du monde pour qu’il vibre»

Alain Joseph – vice-président puis président entre 2007 et 2017

Même s’il n’a pas connu les plus belles années de l’histoire du club, Alain Joseph est probablement l’un des présidents qui lui aura consacré le plus de temps.
Même s’il n’a pas connu les plus belles années de l’histoire du club, Alain Joseph est probablement l’un des présidents qui lui aura consacré le plus de temps.
PATRICK MARTIN

«Je n’éprouve aucune tristesse particulière de voir le LS quitter la Pontaise. Parce qu’il ne correspond plus aux exigences actuelles d’un club professionnel. Je sais que cela pourra paraître un peu étrange à certains, mais lorsque j’y retourne, ce stade représente d’abord pour moi un lieu de travail. À un certain moment, j’y passais d’ailleurs beaucoup plus de temps qu’au sein de mon entreprise. En dix ans, j’y ai connu de grosses déceptions et quelques belles satisfactions. Mais aussi quelques conflits mémorables. Malgré cela, et même si je n’avais jamais imaginé en devenir un jour un dirigeant, j’estime qu’avoir présidé ce club aura finalement été une chance. Gamin, sans être un fan absolu, j’étais déjà un fidèle de la Pontaise. Mes premiers souvenirs remontent à un derby lémanique dans un stade plein au milieu des années 70. Mais, à mon avis, la plus belle période a été celle de Stéphane Chapuisat, Marc Hottiger et Cie. Avec Bertine Barberis à la barre. Là encore, je me souviens d’un public nombreux et séduit par une bande de jeunes sans complexes. Voilà, la désaffection du public est ce qui me touchait le plus lorsque j’étais à la tête de ce club. Car il faut du monde dans les gradins pour que ce stade vibre. Et nous n’avons malheureusement jamais réussi à en rassembler suffisamment. Malgré beaucoup d’efforts. Comme ce jour de promotion, au printemps 2016, où nous avions lancé une opération portes ouvertes pour que ce dernier match de la saison soit une vraie fête. Sans succès puisque la Pontaise était restée aux trois quarts vide.»

«J’y ai vu près de 700 matches»

Michel Zendali – Supporter de longue date

Selon ses décomptes, Michel Zendali s’est déplacé près de 700 fois à la Pontaise pour y soutenir son équipe.
Selon ses décomptes, Michel Zendali s’est déplacé près de 700 fois à la Pontaise pour y soutenir son équipe.
PATRICK MARTIN

«J’ai vécu tellement de choses extraordinaires dans ce stade que j’ai forcément un léger pincement au cœur au moment où le LS s’apprête à y livrer son dernier match. Mais rien de plus. Le club est en train de changer de vie et autant que les pages suivantes de son histoire s’écrivent dans une nouvelle enceinte. Pourtant, depuis le jour où, grâce à mon père, j’ai découvert la Pontaise - en tombant immédiatement sous le charme des Seigneurs de la nuit au milieu des années 60 -, j’ai bien dû y voir près de 700 matches! Comme beaucoup d’autres je pense, je suis plus attaché au club et à son histoire qu’à ce stade qui résonne et offre de belles émotions que lorsqu’il est bien garni. Même si ce n’est plus arrivé depuis pas mal de temps, j’ai eu la chance de connaître souvent une Pontaise avec plus de 20000 spectateurs. Et, croyez-moi, même si le public vaudois n’est pas particulièrement chaud et démonstratif, cela faisait du bruit. Mais il y a aussi l’envers du décor. Soit un endroit souvent balayé par le vent où, malgré une vue magnifique sur les Alpes, on a parfois très froid. Comme ce jour de novembre où, à l’occasion d’un match contre Chiasso, le caissier avait comptabilisé une douzaine d’entrées payantes. Un souvenir marquant pour moi restera le jour où j’ai eu la chance d’y jouer une demi-finale de Coupe vaudoise avec les juniors du FC Renens. C’était en ouverture d’un LS-Vasco da Gama. Un moment d’autant plus génial qu’il y avait pas mal de monde dans les tribunes. Mais c’était une autre époque et, en ce qui me concerne, on peut maintenant raser ce stade, ça ne me ferait ni chaud ni froid.»

«Des derbies inoubliables»

Gabet Chapuisat – joueur entre 1965 et 1972, puis de 1973 à 1976 et enfin de 1979 à 1984

Gabet Chapuisat doit être l’un des joueurs à avoir foulé le plus grand nombre de fois la pelouse de la Pontaise.
Gabet Chapuisat doit être l’un des joueurs à avoir foulé le plus grand nombre de fois la pelouse de la Pontaise.
PATRICK MARTIN


«
Cest une page qui se tourne pour le LS et pour moi aussi. Je suis arrivé dans ce club en 1959, chez les juniors. Durant de longues années, ce stade a presque été un deuxième chez-moi. J’y ai d’ailleurs passé une bonne partie de ma vie puisqu’avant même qu’il ne devienne Stade olympique en 1954, mon père évoluait déjà au même endroit avec le LS. Il y a fêté un titre de champion au début des années 50. Lorsque j’y jouais, je voulais toujours habiter à proximité de la Pontaise. Mais bon, même si j’en garderai à jamais une belle image, il faut reconnaître que le moment est arrivé pour le LS de passer à autre chose. À la Tuilière, il n’y aura probablement pas besoin d’y avoir un stade plein pour qu’on retrouve une bonne ambiance. Contrairement à cette Pontaise où même avec 5-6000 personnes l’atmosphère reste un peu tristounette. Je n’y vais d’ailleurs presque plus. En revanche, quand il y avait beaucoup de monde, ce stade devenait un vrai temple où, pour l’adversaire, il était difficile de s’imposer. Dans ce sens, les derbies, souvent disputés à mon époque devant près de 20000 spectateurs, restent mes meilleurs souvenirs. J’ai encore en mémoire mon dernier match sous le maillot lausannois en 1984. C’était contre Sion et il y avait 19600 personnes et une ambiance que les jeunes ne peuvent même pas imaginer. Quant à mon plus mauvais souvenir dans ce stade, il ne concerne pas le LS mais l’équipe de Suisse. Pour mon premier match international, nous y avions perdu un match décisif pour participer à la Coupe du monde 70. Contre la Roumanie d’un certain Radu Nunweiler.»

«Plus de nostalgie que de tristesse»

Marc Hottiger - joueur entre 1988 et 1992 puis de 1997 à 1999

Marc Hottiger pose dans le but où il avait inscrit son premier but sous le maillot du Lausanne-Sport.
Marc Hottiger pose dans le but où il avait inscrit son premier but sous le maillot du Lausanne-Sport.
PATRICK MARTIN

«Les grands moments que j’ai connus dans ce stade sont tellement nombreux que ce départ ne peut pas me laisser indifférent. En fait, je ressens plus de nostalgie que de tristesse. N’oublions pas que le LS a le bonheur d’emménager dans ce stade extraordinaire qu’est la Tuilière, parfaitement adapté aux exigences actuelles du public. Ce qui n’est plus du tout le cas de la Pontaise. Avec le recul, je mesure la chance que j’ai eue de vivre de l’intérieur ses dernières très belles périodes. Celles où l’on jouait encore devant plus de 10000 spectateurs en moyenne. Avec des soirées de derbies et de Coupes d’Europe où il y en avait même parfois près du double. Notamment lors de cette rencontre gagnée contre la Real Sociedad au cours de laquelle j’avais marqué deux fois. Plus qu’une grande satisfaction, jouer dans ce stade a été une vraie fierté. Enfant puis ado, je m’y rendais régulièrement à vélo, avec mes potes, en rêvant d’un jour y défendre les couleurs du LS. À ce propos, je ne me souviens pas de mon premier match à la Pontaise mais très bien de mon premier but. C’était contre Lugano. Lancé en profondeur, je me suis retrouvé face au monument qu’était Karl Engel. J’ai pourtant réussi à le contourner pour ensuite glisser le ballon au fond de ses filets. Mais emporté par mon élan, je me suis fracassé contre les panneaux publicitaires. Et lorsque Christophe Ohrel m’a rejoint pour me féliciter, il a fait une drôle de tête en pointant mon genou. Le fer qui entourait ces panneaux l’avait profondément entaillé. J’en garde d’ailleurs toujours une belle cicatrice. Mon seul vrai regret reste d’avoir manqué d’un rien, et par deux fois, le titre de champion. Tant en 1990 qu’en 1999, nous l’aurions mérité.»

«Une image de 2006 dans ma tête»

Cameron Puertas - joueur actuel du LS

Cameron Puertas est à la fois heureux et soulagé de pouvoir jouer une dernière fois à la Pontaise.
Cameron Puertas est à la fois heureux et soulagé de pouvoir jouer une dernière fois à la Pontaise.
PATRICK MARTIN

«Même si j’aurais bien sûr préféré que ce soit avec du monde dans les tribunes, le fait de pouvoir quand même disputer, samedi, un dernier match à la Pontaise me fait très plaisir. Par rapport à d’autres, je n’y ai pas joué très souvent mais ce stade, et le LS, représentent quelque chose de spécial pour moi. Dès que j’ai commencé l’école de foot dans ce club, à cinq ans, j’ai rêvé de fouler cette pelouse avec la 1re équipe. Ce jour est enfin arrivé le 24 novembre 2018, lorsque Giorgio Contini m’a aligné d’entrée contre Winterthour. Avec le Team Vaud M21, j’avais bien déjà eu l’occasion de jouer dans ce stade mais ça n’avait rien de comparable. Je suis venu petit à la Pontaise, mais mon premier vrai souvenir remonte à 2006 je crois. Au début de la saison, tous ceux qui jouaient alors pour le LS, des plus jeunes jusqu’aux professionnels, avaient été disposés en forme de cœur dans la tribune principale pour une belle photo collective. Il y avait, entre autres, Stéphane Chapuisat et Gilberto Reis. J’étais très impressionné et cette image reste gravée à jamais dans mon esprit. Comme, quelque temps plus tard, le match d’adieu de Chapuisat et Isabella avec beaucoup de monde dans les tribunes. Ces deux dernières années, je n’ai malheureusement pas eu la chance d’y jouer devant des tribunes pleines mais quitter définitivement cette Pontaise ne me laisse pas indifférent du tout. Même si nous nous réjouissons bien sûr tous de déménager à la Tuilière.»

2 commentaires
    Point de vue

    Une page historique se tourne aujourd'hui. Le dernier match du LS dans son stade. Pour les anciens lausannois dont je fait partie cela engendre un moment de nostalgie car que de bons ou mauvais moments passés dans cette enceinte. Quant à moi je vais conserver les fabuleuses soirées passées dans les années 60-70-80 où lorsqu'on "montait" suivre un match la question que l'on se posait n'était pas de savoir si on allait gagner mais par combien !. J'espère que l'arrivée de ce magnifique stade de la Tuilière malheureusement sous dimensionné offrira à notre LS de belles satisfactions. En ce qui concerne le stade Olympique l'option de raser me paraît être une mauvaise idée. En effet, moyennant quelques travaux d'assainissement (financé non seulement par la ville mais aussi par le canton/confédération si la note 1 est confirmée) permettraient d'offrir au Stade Lausanne, aux amateurs d'athlétisme et à d'autres un outil performant Une autre raison qui me pousse à militer pour le maintien de la Pontaise est de trouver un équilibre entre l'habitat et les activités sportives sur la Plaine du Loup et de laisser une trace de cette histoire à ceux qui nous succéderons. Bref, je laisse à chacun le soin de méditer sur ces différentes questions et espérer que les autorités de la capitale prendront leur décision non par dogmatisme mais de manière raisonnée.