Santé publiqueLes antibiotiques entrent en résistance
L’homme s’est acclimaté aux antibiotiques. Au point que la résistance représente un danger. Selon une étude, près de 40 millions de décès devraient survenir d’ici à 2050.

«On n’oublie rien de rien, on s’habitue, c’est tout», chantait Jacques Brel, cité de mémoire. Vraies et lucides, ces paroles s’appliquent à énormément de choses. Y compris dans le domaine de la santé publique. D’innombrables dépêches ont fait état, depuis mi-septembre, d’un danger découlant de l’antibiorésistance, soit la résistance des hommes aux antibiotiques, qui pourrait provoquer près de 40 millions de décès dans le monde d’ici à vingt-cinq ans. Un chiffre impressionnant! Pour être tout à fait exact, l’antibiorésistance est la capacité d’une bactérie à résister aux effets des antibiotiques. C’est donc une forme de pharmacorésistance, à distinguer du phénomène de tolérance aux antibiotiques qui, lui, correspond à l’augmentation du temps nécessaire pour l’élimination d’une population bactérienne de l’organisme. Ce qui n’est pas tout à fait pareil.
Cette acclimatation n’est pas nouvelle. On sait que les premiers antibiotiques remontent à la fin des années 30. Mais la résistance aux composés de la première génération, par exemple la pénicilline ou la streptomycine, s’est largement répandue chez les bactéries. L’action des antibiotiques sur les bactéries induit ainsi un processus d’évolution darwinienne que l’on peut observer à l’échelle de temps humaine. Et tout va en s’accélérant.
Nouvelles générations
Les hommes s’habituent de plus en plus à des traitements de moins en moins efficaces. À l’origine, la résistance aux antimicrobiens est un phénomène physique tout à fait naturel, mais la découverte de nouvelles générations d’antibiotiques n’a fait qu’aggraver la situation. Idéalement, il faudrait limiter la surconsommation de tous ces médicaments. Car le pire semble à venir.
Le phénomène d’adaptation des bactéries ou autres agents pathogènes subissant des mutations qui les rendent insensibles aux traitements antimicrobiens connus va en effet s’aggraver. Une étude parue le 16 septembre dans «The Lancet», revue scientifique médicale hebdomadaire britannique qui fait autorité, a ainsi révélé ce chiffre de 40 millions de morts à l’horizon de 2050. Ont été pris en compte 22 agents pathogènes ou traitements, onze syndromes infectieux touchant des personnes de tous les âges, et cela sur 204 pays. Des données qui portent en fin de compte sur 520 millions de personnes.
Le redoutable staphylocoque doré
La courbe des décès observés va sensiblement dans le même sens. Entre 1990 et 2021, plus d’un million de personnes sont décédées chaque année à cause de l’antibiorésistance. En revanche, elles ont diminué de plus de 50% chez les enfants de moins de 5 ans, à la suite de l’amélioration de la prévention et du contrôle des infections. Lesquelles sont pourtant plus virulentes, plus difficiles à traiter. Les plus touchés restent les adultes de plus de 70 ans. Le nombre de décès en rapport avec ce phénomène a augmenté de plus de 80%. Le vieillissement des populations, la vulnérabilité des personnes âgées face aux infections, suffisent en partie à expliquer cela. En tête des agents pathogènes résistants, on retrouve le staphylocoque doré, responsable d’intoxications alimentaires, d’infections localisées suppurées et, dans certains cas extrêmes, d’infections potentiellement mortelles. Certaines souches de ce germe redoutable et multirésistant sont devenues un véritable problème de santé. Et à ce jour, il n’existe pas de vaccin efficace.
Cette accélération ne semble pas avoir de solutions. Sinon renforcer la régulation et sensibiliser sur l’usage des antibiotiques, comme le préconisaient cette semaine des experts lors d’une conférence de la MSH (Management Sciences for Health). Encore plus alarmant, les infections résistantes aux antibiotiques pourraient à leur tour être liées à 169 millions de décès. Aujourd’hui en France, on totalise déjà environ 5500 décès par an à cause de l’antibiorésistance. Une réunion autour de ce problème a eu lieu le 26 septembre aux Nations Unies. Les résultats de la discussion ne sont pas encore connus.
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