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Rock Les bons petits coups d’un drôle d’aimant

The Magnetic Fields dégaine «Quickies», 28 chansons courtes et absurdes. Propos de Stephin Merritt, leader du groupe états-unien.

 Stephin Merritt, voix de The Magnetic Fields, sort l’album «Quickies» alors qu’il se remet du Covid-19. Flower Power.
Pince-sans-rire
Stephin Merritt, voix de The Magnetic Fields, sort l’album «Quickies» alors qu’il se remet du Covid-19. Flower Power.
Marcelo Krasilcic

En pleine pandémie, demandez à Stephen Merritt comment il va et vous vous sentirez obligé de vérifier sa réponse à l’enregistrement. «On fait aller, mais ce serait mieux avec un peu plus de préservatifs!» La connexion avec les États-Unis n’est pas excellente, mais, oui, le leader de The Magnetic Fields manie toujours un humour pressé à froid, d’une voix rauque qui, à défaut d’être très audible, trahit la convalescence d’un chanteur qui se remet du Covid-19 dans son appartement de Manhattan. «J’ai évité la mort à l’hôpital, je reste à la maison et j’écoute les ambulances, les applaudissements de 19 h, même si j’ai réalisé l’autre jour que j’avais exactement le même âge que Boris Johnson…»

«J’ai évité la mort à l’hôpital, je reste à la maison et j’écoute les ambulances, les applaudissements de 19 h, même si j’ai réalisé l’autre jour que j’avais exactement le même âge que Boris Johnson…»

Stephin Merritt, leader de The Magnetic Fields

Le premier ministre britannique n’avait alors pas encore clairement survécu, mais le chanteur et maître d’œuvre de l’un des groupes les plus intrigants de la scène indépendante américaine depuis plus de 30 ans n’allait pas exagérément s’inquiéter, lui qui entonne avec ferveur la chanson «The Day The Politicians Died» («Le Jour où les politiciens sont morts») sur «Quickies», album où défilent 28 titres en 45 petites minutes et qui arbore un titre à l’allusion sexuelle explicite pour le public anglo-saxon. «Peut-être allons-nous nous réveiller un matin et ce rêve sera devenu réalité», ironise-t-il.

Cette nouvelle collection de chansons, 12e enregistrement studio en trois décennies (lire encadré), se situe à l’opposé du «50 Song Memoir», album de 2017 et dernier effort en date qui tentait de ressaisir les facettes autobiographiques de son auteur, s’apprêtant à souffler ses 50 bougies. «Pour «Quickies», je n’avais qu’à choisir une petite feuille de papier et y caser le plus de chansons possible.» Il se marre quand on lui demande si la musique ne lui sert pas aussi de moyen d’en sortir? «Haha, vous êtes en train de me dire que c’est l’art conceptuel qui attire tout l’argent en ce moment?» Haha.

L’humour fait-il bon ménage avec la musique? De subtils équilibres existent-ils? «Je n’ai pas peur de ça, j’ai grandi avec Bob Dylan, qui pouvait toujours bifurquer. Même dans une chanson très sérieuse, il plaçait des rimes ridicules juste pour le plaisir du jeu de mots. Narquois et sérieux. Je crois que j’ai toujours eu ce superpouvoir.»

Trump est-il absurde?

Celui qui, le soir dans les bars, remplit des calepins de bribes de chansons finalement affublées avec aplomb de titres tels que «The Biggest Tits In History» à «I Wish I Were a Prostitute Again» en passant par «I’ve Got a Date With Jesus» – entre autres joyeusetés – estime l’absurdité de la vie «si évidente qu’il n’y a besoin d’aucun commentaire». Son pays n’a-t-il pas un champion en la matière? «Il n’expose pas réellement des pensées achevées. La salade de mots du communicateur. Donc je ne sais pas s’il atteint le niveau de l’absurdité et ses exigences.»

Devant les difficultés qui s’élèvent pour les musiciens de carrière, Stephin Merritt n’est pas loin d’en appeler à l’injonction patriotique d’adopter un musicien indigent. Il se verrait bien atterrir dans une famille au «grand pouvoir politique, dynastique». Au nom de Zappa, il déclare ne pas tant souscrire à sa musique (même s’il salue le morceau «Help, I’m A Rock», qu’il préfère, évidemment, dans la version du West Coast Pop Art Experimental Band) qu’au discernement de ses labels Straight et Bizarre. «Captain Beefheart, The GTO’s, les premiers Alice Cooper.»