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Suisse
Les chasseurs veulent se racheter une image

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Les chasseurs sortent du bois. À un mois d’une votation cruciale pour eux, ils sont plusieurs à s’engager pour améliorer l’image d’une pratique souvent décriée.

«Nous sommes victimes de clichés, de la méconnaissance des gens. Il est donc essentiel de communiquer, d’expliquer, de rassurer», relève Aurore Estoppey, membre du comité de soutien à la révision de la loi sur la chasse.

Tombée «par hasard» dans ce milieu il y a une dizaine d’années, détentrice d’un permis de chasse depuis 2014, la jeune Vaudoise est intarissable sur sa passion. Elle sait toutefois faire silence, comme ce matin de la fin août, lorsqu’elle sort de son pick-up pour partir à la chasse aux sangliers.

Postée à la sortie du village de Salavaux (VD), sa carabine posée sur un trépied, Aurore Estoppey va rester une heure à l’affût, à scruter la sortie d’un champ de maïs. Sans succès toutefois. «C’est fichu pour aujourd’hui», reconnaît-elle alors que le jour s’est levé sur la plaine.

Pour la chasseresse broyarde, l’essentiel ne consiste pourtant pas à tirer ou non un animal. «Le tir n’est qu’un acte infime de la chasse. Ce qui me plaît le plus, c’est le contact avec la nature et mes chiens», affirme-t-elle.

Cet «acte infime» n’en reste pas moins radical pour l’animal abattu. «Il y a pourtant quelque chose de beau dans ce geste. Le gibier est tué dans son élément naturel. Il aura été heureux jusqu’au bout», se défend-elle.

Citadins chasseurs

L’avocate de profession rappelle surtout que ces tirs sont encadrés par la loi, et qu’ils visent à réguler une population animale qui pose problème dans une région. «L’intervention humaine est parfois inévitable. J’ai l’impression que ceux qui pensent le contraire ne connaissent pas la réalité du terrain», estime-t-elle.

Aurore Estoppey admet que ses arguments ne convaincront jamais les plus ardents militants anti-chasse. Elle pense néanmoins qu’il existe «une grande marge de manœuvre» pour faire adhérer une «bonne partie» de la population aux valeurs de la chasse.

Elle remarque d’ailleurs que les profils des chasseurs gagnent en diversité. «Ce n’est plus uniquement une pratique qui se transmet de père en fils. On retrouve par exemple de plus en plus de citadins qui souhaitent se reconnecter à la nature», raconte-t-elle.

Saucisses et fusils

Plus tard dans son village de Trey (VD), Aurore Estoppey pousse la porte de son boucher, affairé à préparer des saucisses de sangliers, abattus il y a peu. Selon elle, l’aspect alimentaire constitue une autre justification de la chasse, à l’heure où le consommateur ne sait plus ce qui se cache derrière la viande vendue au supermarché.

Le chasseur devient alors l’un des moteurs du manger local. «Avec nos produits, nous essayons d’aller à la rencontre du public, de ne pas nous montrer uniquement avec nos fusils sous le bras», explique-t-elle.

Car l’image attachée au chasseur est tenace. Elle juge ainsi «horribles et totalement fausses» certaines affiches utilisées dans la campagne pour le 27 septembre, faisant passer les chasseurs pour «des personnes sanguinaires».

La Vaudoise reconnaît que cette image écornée vient aussi de certains chasseurs malintentionnés, comme dans les cas de braconnage. «Quand une telle affaire fait la ‹une›, c’est une gifle pour nous. Je pense toutefois que la majorité des gens sait faire la part des choses», relève-t-elle.

Persévérance

Par expérience personnelle, Aurore Estoppey sait aussi qu’en matière d’image, il faut se montrer patient. «En tant que femme pratiquant la chasse, on me regardait de travers au début. J’ai dû faire mes preuves avant d’être acceptée dans ce milieu», raconte-t-elle.

Un milieu qui lui a ensuite permis de rencontrer son conjoint – «Nous partions à la chasse pour nos premiers rendez-vous galants» -, et qu’elle s’efforce désormais de promouvoir en dépit des préjugés. «La votation du 27 septembre est une bonne occasion de parler de nous, mais nous devrions le faire tout le temps», conclut-elle.

ATS/NXP