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Étude sur l’innovation dans le cantonLes clés de la prospérité vaudoise sous la loupe

Le poids des entreprises à forte composante technologique a presque doublé en vingt ans dans le PIB vaudois. Mais, selon une étude, l’écosystème de l’innovation dans la région peut faire encore mieux.

La pandémie a jeté un coup de froid chez beaucoup de jeunes entreprises en plein décollage de la région. Mais l’écosystème de l’innovation dans le canton de Vaud, bâti depuis la fin des années 1990, a désormais des fondements solides et il a les moyens d’absorber le choc. C’est la leçon que l’on peut tirer de la vaste étude «Vaud innove», publiée ce jeudi par l’agence de l’innovation vaudoise Innovaud, en partenariat avec la Chambre vaudoise du commerce et de l’industrie (CVCI) et la BCV. En comparaison internationale, estiment les auteurs, le canton de Vaud est un phare mondial de l’innovation, et cette dernière participe de plus en plus à sa prospérité économique. Dans leur document de 66 pages issu d’une recherche menée depuis douze mois, ils mettent en avant les atouts et les facteurs de soutien à cette dynamique, mais également quelques pistes pour continuer à développer cet écosystème.

L’étude fait un constat clair dès l’entrée en matière: l’innovation est la clé de la prospérité vaudoise. Les principaux auteurs, Patrick Barbey, directeur d’Innovaud, João Antonio Brinca, responsable du département Stratégie & organisation de la BCV, et Julien Guex, responsable du service Innovation et veille à la CVCI, ont fait des comparaisons chiffrées entre pays mais aussi avec d’autres écosystèmes à la pointe de l’innovation, comme Singapour, Stockholm, Tel-Aviv ou Boston.

«Sur le long terme, affirment-ils, il y a un lien fort entre le bien-être économique (mesuré par exemple en termes d’évolution du PIB par habitant) et le niveau d’innovation (mesuré notamment en termes de dépenses de recherche et développement rapportées au PIB). Rester à l’écart de ce processus est d’autant moins une option pour la Suisse et le canton de Vaud que le marché intérieur est limité, même s’il est riche et en croissance, et que le pays ne dispose pas d’autres ressources que sa matière grise.»

Devant les États-Unis

Depuis l’an 2000, la matière grise, représentée par les professeurs, assistants et collaborateurs scientifiques, n’a cessé de croître dans les hautes écoles, dans le sillage de l’EPFL, tout comme le personnel des parcs technologiques et autres instituts de recherche. Le nombre d’entreprises dites «deeptech» – soit à forte composante technologique qui s’appuie sur des avancées scientifiques – est en Suisse le plus élevé au monde derrière Israël et devant les États-Unis ou la Corée du Sud en proportion de ses habitants (voir graphique). «Le poids des branches à forte composante technologique dans le PIB vaudois a presque doublé en vingt ans, passant de 8,7% en 1997 à 15,7% en 2018», relève l’étude. C’est donc un phénomène relativement nouveau estime Julien Guex.

L’un des facteurs principaux de ce processus est la grande connectivité de la région lémanique avec le reste du monde, selon les économistes. Les acteurs de cet écosystème, notamment, sont très cosmopolites, alors que les investisseurs sont en très grande majorité d’origine étrangère, notamment des États-Unis. Quant aux Suisses, leur goût pour l’entrepreneuriat est en forte progression.

La recherche académique suisse allie en outre densité et productivité, comme en atteste le nombre de publications scientifiques et de brevets déposés. Il faut dire également que le système d’aide et de soutien à l’émergence de sociétés innovantes s’est considérablement développé ces vingt dernières années, depuis le laboratoire de recherche jusqu’à un stade avancé de la croissance des start-up. Il reste néanmoins plusieurs pistes d’amélioration pour poursuivre sur cette voie, estiment les auteurs de l’étude. Par exemple, le transfert de technologie du laboratoire à l’entreprise, pour que les idées trouvent leur place sur le marché et que l’innovation se matérialise.

Le savoir académique peine en effet à atteindre les entreprises de la région. Par ailleurs, les investissements dans les innovations, s’ils ont fortement augmenté ces dernières années, sont encore moins élevés que dans d’autres pôles mondiaux de l’innovation. «Le capital-risque pourrait être encore plus présent dans le canton.» Sans doute aussi que les grands détenteurs de fonds d’épargne font encore trop de distanciation sociale avec le monde de l’entrepreneuriat, où le risque reste toujours présent.

Une vision plus large

Pour Patrick Barbey, l’avenir de notre écosystème de l’innovation dépend aussi de sa taille critique. Le développement de partenariats et de différentes plateformes numériques qui élargissent son horizon peuvent être une réponse. Mais il s’agit d’avoir au moins une vision comme région lémanique afin d’exister sur le plan international. Pour le directeur d’Innovaud, il s’agit aussi de s’inquiéter de l’ancrage dans notre région des jeunes entreprises en croissance avancée. Même si l’on n’assiste pas pour l’heure à un exode de celles-ci, il faut continuer à veiller à leur accompagnement, aux conditions fiscales qui sont réservées aux fondateurs et aux investisseurs, et renforcer leurs liens académiques avec le monde de la recherche.

Quant aux effets de la pandémie dans ce domaine de l’innovation, il est encore trop tôt pour en juger, selon les auteurs. Les jeunes pousses sont touchées fortement par la baisse des activités commerciales et le ralentissement des levées de fonds. Mais elles ont droit, au même titre que les PME, aux prêts Covid. Près d’une centaine de start-up ont déposé des demandes pour un montant de près de 28 millions de francs dans le canton. Les premières estimations montrent que près de 25 millions pourraient leur être attribués afin de leur permettre de rebondir. Et l’étude montre – chiffres de l’emploi à l’appui depuis 1998 – que «les branches technologiques ressortent plus rapidement et plus nettement des crises que les branches industrielles traditionnelles».