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Prises en charge médicalesLes cliniques privées au secours des hôpitaux saturés

Le Canton vient de signer une convention avec des établissements comme les cliniques Bois-Cerf, Cecil ou La Source pour prendre le relais du CHUV notamment

Les opérations non urgentes sont repoussées à cause de la crise sanitaire. Une situation terrible pour Jacqueline Gaulis, 77 ans, qui souffre atrocement à cause d’une nécrose de la hanche, qui la maintient en fauteuil roulant. Mais des solutions existent dans le privé: Jacqueline Gaulis sera opérée à la clinique Bois-Cerf même si elle n’est au bénéfice que d’une simple assurance de base.
Les opérations non urgentes sont repoussées à cause de la crise sanitaire. Une situation terrible pour Jacqueline Gaulis, 77 ans, qui souffre atrocement à cause d’une nécrose de la hanche, qui la maintient en fauteuil roulant. Mais des solutions existent dans le privé: Jacqueline Gaulis sera opérée à la clinique Bois-Cerf même si elle n’est au bénéfice que d’une simple assurance de base.
Jean-Paul Guinnard

«Les hôpitaux sont saturés. Il reste une petite marge de lits de soins intensifs disponibles, mais nous avons la certitude qu’ils seront occupés ces prochains jours. Les prochaines semaines vont être très difficiles pour nos collaborateurs et très dures pour tout le monde.» En conférence de presse ce mardi, la ministre de la Santé Rebecca Ruiz, n’y est pas allé par quatre chemins. Pas plus que la présidente Nuria Gorrite: «Le gouvernement aurait souhaité ne pas se retrouver devant l’inéluctable. Nous ne protégeons pas un système de santé, mais des hommes et des femmes.»

Les chiffres des hospitalisations sont inquiétants (lire ci-dessous). Conséquences pour les prises en charge médicales: «Nous mettons en place la même organisation qu’en avril», a déclaré Philippe Eckert, directeur du CHUV. Soit arrêt complet des opérations non urgentes, ainsi que de nombreuses interventions ambulatoires. Avec un pas supplémentaire cette fois-ci: des patients seront même transférés dans d’autres cantons.

Des mesures qui commençaient ces jours à se déployer, plongeant Jacqueline Gaulis, 77 ans, dans une forme de désespoir. Une nécrose de la hanche (consécutive à un accident) la retient assise en fauteuil roulant, elle qui habite à Chernex un 1er étage sans ascenseur. «Les douleurs sont atroces! Je peux à peine dormir, seulement assise, dans ma chaise roulante ou sur mon canapé. Parfois, j’ose avouer que je n’ai même plus la force de me déshabiller…» Trouver un chirurgien susceptible de l’opérer, dans un délai raisonnable et avec une simple couverture d’assurance de base, lui avait déjà coûté toutes les peines du monde. Elle devait passer au bloc de l’Hôpital Riviera-Chablais (HRC) ce jeudi, mais l’intervention a été annulée, Covid oblige. «La secrétaire qui m’a annoncé la nouvelle m’a dit: «On peut vous opérer, mais après on vous met où?» Je suis courageuse, mais il y a quand même des limites! J’ai fondu en larmes…» D’autant que son diabète est susceptible de générer des complications «jusqu’à une amputation… Pourtant on m’a assuré que je pourrai remarcher et poser immédiatement le pied une fois opérée!»

À bout, Jacqueline Gaulis a écrit au ministre de la Santé Alain Berset. «Quels critères doivent être remplis pour entrer dans la catégorie des urgences vitales? Combien d’autres patients avec d’autres pathologies ont-ils été refoulés pour faire toute la place aux malades du Covid? Nos vies ont-elles moins ou pas de prix?» Elle demande également pourquoi des institutions privées ne pourraient pas reprendre des opérations non urgentes refoulées par le secteur public, astreint à se concentrer sur la crise sanitaire.

Convention Canton-cliniques

En réalité, pareilles solutions existent déjà. En temps normal, même si de nombreux patients au bénéfice d’une assurance de base l’ignorent, des cliniques sont en effet autorisées par l’État à accueillir un certain nombre de cas LAMal par année, cas pour lesquels les établissements recevront des subventions du Canton (à hauteur de 55% du coût).

Et en cette période de crise sanitaire, ces liens entre le public et le privé sont accentués. Déjà pendant la première vague, une collaboration entre le Canton et des cliniques avait été instaurée; à l’instar de la Clinique de La Source qui, pour décharger le CHUV, avait créé un secteur spécial de soins intensifs prenant en charge des patients Covid. La Clinique Cecil était également susceptible de fournir des lits de soins intensifs, soit un apport de 17 places de traitements aigus supplémentaires grâce à ces deux cliniques, rappelle Jérôme Simon-Vermot, secrétaire générale de l’Association vaudoise des cliniques privées.

Pour cette seconde vague, une convention a été signée la semaine dernière avec la Direction générale de la Santé pour que des cliniques accueillent des patients – atteints de coronavirus ou non – qui ne peuvent plus être acceptés au CHUV ou dans les hôpitaux du dispositif sanitaire cantonal.

Combien seront pris en charge dans les établissements signataires? «Le nombre dépendra de l’évolution de la situation sanitaire, explique Magali Dauwalder, responsable de la communication en Suisse romande pour le groupe Hirslanden, qui possède les Cliniques Cecil et Bois-Cerf. Dans un premier temps, il est prévu que nous mettions à disposition 20 lits répartis entre nos deux cliniques. S’ajoutent les cas de chirurgie dont le nombre ne peut à ce stade pas être évalué.»

Une question qui brûle les lèvres de patients comme Jacqueline Gaulis: ces cliniques pourraient-elles à leur tour déprogrammer certaines opérations pour assumer les patients SARS-CoV-2? «C’est possible, répond Magali Dauwalder. Mais nous souhaitons, dans la mesure du possible, pouvoir maintenir une activité opératoire pour certaines pathologies, urgences opératoires et de médecine concernant notre propre patientèle, ainsi que celles du CHUV ou d’autres hôpitaux publics.»

1 commentaire
    Amour et paix

    Si nos Autorités ne cherchaient pas à constamment démanteler ce service publique et optimiser les coûts sur le dos du personnel soignant... et dire que Mme Sommaruga disait en mars, la Suisse est riche on ne laisserai tomber personne ! ...on voit....