Innovation thérapeutiqueLes coachings psychologiques en ligne sont en plein essor
Les consultations numériques gagnent du terrain en Suisse. Face aux longues listes d’attente, cette option séduit. Mais qui va payer?

Dépression, troubles alimentaires, crises de panique. Il existe de nombreuses raisons de chercher du soutien auprès d’un psychologue. Toutefois, certains cabinets ont de longues listes d’attente. Un sentiment de honte peut également empêcher de prendre rendez-vous avec un spécialiste.
Les coachings en ligne promettent d’y remédier. Ils font de la publicité avec des slogans tels que «Un appui psychologique au moment où tu en as le plus besoin» ou «Pas de temps d’attente». Comme le montrent les recherches, ces offres connaissent un boom en Suisse.
Le portail suisse Aepsy, par exemple, propose des séances vidéo avec des psychologues et des thérapeutes formés grâce à un algorithme. L’entreprise fait état d’une forte augmentation du nombre de visites. Les coachings ont triplé entre 2022 et 2023, et se sont fortement intensifiés au cours du premier trimestre 2024. Plusieurs milliers de séances seraient réservées chaque année.
D’autres offres proposent de cliquer soi-même sur les exercices qui intéressent, et des spécialistes accompagnent la démarche via un chat. Hellobetter, programme contre le burn-out, les problèmes de sommeil et les crises de panique, enregistre lui aussi «une forte croissance» en Suisse.
«Un potentiel loin d’être épuisé»
Le secteur de la santé observe attentivement cette évolution. La fondation de la caisse maladie Sanitas vient de publier un rapport qui analyse l’attitude de la population face à de telles suggestions.
Dans le cadre de l’enquête représentative menée auprès de plus de 2000 participants, 40% indiquent s’être sentis «moyennement à fortement stressés sur le plan psychique» au cours des quatre dernières semaines. Et la proportion est encore plus élevée parmi la jeune génération. Toutefois, seulement une petite partie des personnes interrogées ont fait l’expérience d’outils en ligne visant à renforcer leur santé psychique.
Près de la moitié pourrait s’imaginer utiliser de telles applications. Le potentiel est donc «loin d’être épuisé», peut-on lire dans un communiqué sur l’étude.
C’est également l’avis de Felix Gutzwiller. L’ancien conseiller aux États radical zurichois et médecin préventif a été président de la fondation Sanitas pendant neuf ans, il a quitté son poste il y a quelques jours. Selon lui, «dans le domaine de la promotion de la santé, nous savons que les outils numériques peuvent avoir de bons effets sur les problèmes de dépendance, par exemple».
Il est convaincu qu’une utilisation judicieuse de tels outils pourrait désengorger le système. «Si les personnes présentant des symptômes légers peuvent être aidées numériquement, les psychothérapeutes auront plus de capacités pour les cas graves.» Ces dispositifs devraient donc avoir un effet modérateur sur les coûts, pense-t-il.
D’autres pays prennent les devants
Aujourd’hui, l’assurance de base rembourse, sous certaines conditions, les séances vidéo avec des psychothérapeutes. Les autres types de coaching en ligne ne sont généralement pas indemnisés, ou tout au plus par l’assurance complémentaire.
Si l’on en croit Thomas Berger, cela devrait changer. Le directeur du Département de psychologie clinique et de psychothérapie de l’Université de Berne mène depuis de nombreuses années des recherches sur les applications numériques en matière de santé. Il explique qu’«à l’origine, on partait du principe que les outils en ligne pouvaient surtout être utiles pour les symptômes légers. Mais entre-temps, nous voyons de bons exemples d’application pour presque tous les types de troubles.»

L’expert ne pense pas en premier lieu aux offres dans lesquelles le patient ou la patiente et le psychologue sont assis face à face à l’écran. Il s’intéresse aux outils dits d’autogestion, dans lesquels les personnes concernées effectuent leurs exercices de manière largement autonome. Au préalable, un spécialiste détermine si le programme est adapté à la personne concernée. Selon le modèle, des contacts ponctuels ont ensuite lieu par chat ou par e-mail.
«Si quelqu’un souffre de troubles anxieux, une telle application peut très bien expliquer l’origine des crises. Des exercices aident à surmonter progressivement les angoisses», explique le psychologue. Bien sûr, il y a des exemples où ce type de traitement n’entre pas en ligne de compte, par exemple en cas de tendances suicidaires. Mais en principe, les résultats sont prometteurs. Selon des études, une combinaison de thérapies en ligne et hors ligne serait même souvent plus efficace qu’une psychothérapie seule.
Il fait remarquer que d’autres pays utilisent déjà ces dispositifs de manière beaucoup plus naturelle que la Suisse. En Allemagne, les outils numériques peuvent être prescrits sur ordonnance s’ils répondent à certains critères de qualité. En Grande-Bretagne, de nombreuses personnes présentant des symptômes dépressifs ne consultent un psychologue que lorsqu’un coaching guidé en autogestion n’a rien donné. Le système fonctionne très bien, «la Suisse ferait bien de s’inspirer de ces pays».
Des caisses d’assurance maladie frileuses
Certes, tous les psychothérapeutes ne pensent pas ainsi. Mais la Fédération suisse des psychologues n’est pas non plus hostile à cette tendance, bien au contraire. Son porte-parole, Florian Näf, «voit un potentiel dans le fait que de tels outils complètent efficacement les psychothérapies au sens traditionnel du terme». Par exemple en cas de longs délais d’attente, mais aussi entre deux séances de thérapie ou pour prévenir les rechutes. Il est clair que les malades ne doivent pas être les seuls à supporter les coûts.
Cependant, un financement par l’assurance de base ne semble pas réunir une majorité en Suisse à l’heure actuelle. Dans le sondage de la fondation Sanitas, seule une minorité se prononce en faveur de cette solution. L’association des caisses maladie SantéSuisse réagit également de manière critique. Le porte-parole Matthias Müller fait remarquer que l’offre s’est déjà fortement développée depuis que les psychologues peuvent facturer leurs prestations directement via l’assurance de base.
«Il y a aujourd’hui plus de psychiatres exerçant en cabinet que de médecins de famille et de pédiatres.» Les coûts auraient augmenté de 300 à près de 800 millions de francs en l’espace d’un an. Cela pèse lourdement sur les assurés, explique le communicant. «Actuellement, nous ne voyons pas comment le remboursement de prestations supplémentaires, comme les apps ou d’autres outils numériques similaires, pourrait contrecarrer cette tendance.»
Certains assureurs maladie semblent avoir un avis divergent. Des caisses comme Helsana, Sanitas ou Swica proposent activement à leurs assurés des entraînements d’entraide en ligne. «Nous voyons un grand potentiel dans ces coachings et sommes en train de faire connaître encore mieux cette offre», explique-t-on chez Helsana. Swica s’efforce même «de trouver une base de financement dans l’assurance de base», comme le fait savoir un porte-parole. Les premiers entretiens avec l’Office fédéral de la santé publique sont en cours.
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