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Revue de presse de la pandémieLes commerces en difficulté à la merci des mafias

À Rome, un commerçant ruiné par le confinement et l’absence de clients s’est retrouvé harcelé par la mafia, qui lui proposait de racheter son fonds de commerce pour quelques dizaines de milliers d’euros. Témoignage sur France Info.

Ce printemps, les rues de Rome étaient vides après la décision du gouvernement de confiner la population pour lutter contre la violente pandémie de Covid-19 en Italie.
Ce printemps, les rues de Rome étaient vides après la décision du gouvernement de confiner la population pour lutter contre la violente pandémie de Covid-19 en Italie.
Getty Images

Sur la radio française d’information continue France Info, Bruce de Galzain a raconté l’histoire d’un commerçant dont la boutique de produits régionaux s’est retrouvée avec 80% de chiffres d’affaires en moins au printemps dernier. Ce magasin se trouve dans le cœur historique de Rome, en Italie, Sans touristes, le quartier du Colisée est mort. Et ce commerçant installé dans la capitale italienne depuis vingt-cinq ans s’est retrouvé sans clients. L’homme veut rester anonyme car depuis le confinement, il a régulièrement la visite de mafieux.

Un matin, deux hommes ont poussé la porte du magasin. Il raconte: «J’étais à la caisse, et des personnes sont entrées. Elles m’ont dit: «C’est la crise, la période est difficile. Comment vous faites pour vous en sortir? Vous voulez vendre? Nous, on peut acheter.» Et ils m’ont fait une proposition cash de 20’000, 30’000 euros.»

Le piège de l’usure

Son magasin vaut 200’000 euros. À chaque fois, il a repoussé cette offre, mais les hommes ont insisté et ils sont revenus plusieurs fois. Ce commerçant n’a touché de l’État italien que 600 euros depuis le début de la crise en mars 2019. S’il n’a pas lâché, c’est aussi parce qu’il y a dix ans, il est déjà tombé dans le piège de l’usure. Après un problème d’argent, un ami d’un ami lui prête 10’000 euros, puis un peu plus. Jusqu’à 30’000 euros. Mais les taux d’intérêt deviennent délirants et Ignacio remboursera 240’000 euros. Chaque soir, il devait sortir 100 à 200 euros de sa caisse. C’est sa femme, Maria, qui va y mettre fin, raconte le journaliste à l’antenne.

«Il ne disait pas grand-chose parce qu’il voulait nous protéger», témoigne l’épouse du commerçant. «Un soir, mon mari n’était pas là. L’homme m’a trouvée toute seule et je lui ai dit qu’il n’aurait plus un sou et que j’allais appeler les carabiniers. J’ai crié «basta» et je l’ai jeté dehors.»

Une économie aux mains des mafias, la vraie menace

Usure, extorsion et maintenant tentative de rachat illégale des commerces en plein centre-ville: derrière tout cela, il y a des mafias, rapporte France Info. Luigi Ciatti, avocat, a créé il y a vingt-cinq ans une association, l’Ambulatorio antiusura de Rome, qui lutte contre le racket et l’usure. Au rez-de-chaussée d’une mairie de quartier, derrière la gare Termini, il reçoit les commerçants qui osent appeler à l’aide et s’opposer à la mafia.

«La mafia cherche à acquérir des entreprises pour pouvoir recycler de l’argent et placer dans l’économie légale, à la lumière du jour, les revenus des activités criminelles typiques comme le narcotrafic, l’extorsion, l’usure.» explique Luigi Ciatti. «La vraie menace, insiste-t-il, c’est d’avoir toute une économie corrompue entre les mains des mafias et c’est un énorme problème!» Selon Luigi Ciatti, les mafias sont en train de gagner ce pari. Lui réclame la création d’un registre spécial pour enregistrer les cessions d’activité dans cette période de crise.