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Grand ConseilLes députés calent sur l’aide à la presse

Le parlement s’est crispé sur le plan de «soutien à la diversité des médias». D’abord accepté à une large majorité en décembre, le projet retourne en commission.

Le député Alexandre Berthoud au Grand Conseil vaudois.
Le député Alexandre Berthoud au Grand Conseil vaudois.
ARC/Sieber

Les élus éprouvent souvent des difficultés à débattre sereinement des choses relatives aux médias. Le Grand Conseil en a encore donné l’exemple, mardi à l’occasion du deuxième débat sur le plan d’aide à la presse. Ce projet, qui prévoit des dépenses de 6,3 millions sur cinq ans pour soutenir «la diversité des médias», avait été validé dans ses grandes lignes par le plénum, en décembre dernier lors du premier débat. Avec la nouvelle année, l’ambiance a changé. Un amendement surprise du député PLR Alexandre Berthoud a planté le débat. Le projet retourne en commission.

Cet amendement vise à exclure des bénéficiaires les groupes de presse qui distribuent des dividendes. «On se serait plutôt attendu à ce que cela vienne de la gauche», s’est amusé Jérôme Christen, de Vaud Libre. En effet, Hadrien Buclin, d’Ensemble à Gauche, avait déposé un amendement assez similaire pour conditionner les aides du fonds de soutien à l’industrie. Une proposition «balayée» par la droite, a rappelé Marc Vuilleumier (EàG), qui voit dans l’amendement du PLR «des chicaneries» entre un parti et des titres.

La droite et la gauche s’échangent leurs rôles

Les rôles se sont donc inversés pour le débat sur l’aide à la presse. «Je souhaite que cette aide aille à des endroits où l’on en a réellement besoin», a expliqué Alexandre Berthoud, qui se défend d’être un «destructeur» du groupe Tamedia: «Je n’ai prononcé son nom à aucun moment.» Le groupe de presse, qui est propriétaire de «24 heures» et du «Matin Dimanche» notamment, a versé des dividendes à ses actionnaires pour l’année 2019, mais y a renoncé pour 2020.

«Cet amendement vide le projet de sa substance», a estimé la socialiste Valérie Induni. Il conditionne toutes les mesures, directes ou indirectes, d’aide à la presse. Le député Vert Vassilis Venizelos a invité Alexandre Berthoud à déplacer son amendement pour ne cibler que les aides directes prévues dans le cadre de la pandémie.

Un amendement qui n’est pas anecdotique

La présidente du Conseil d’État s’est d’abord étonnée qu’Alexandre Berthoud, qui était membre de la commission, ait attendu le deuxième débat pour déposer son amendement. Nuria Gorrite a ensuite signalé à l’assemblée que ce ne sont pas que les titres de Tamedia qui seraient concernés. Mais aussi «La Côte», qui appartient au groupe ESH Médias, Keystone-ATS, qui verse «peut-être aussi des dividendes», ou encore le «Journal de Cossonay»: «L’amendement Berthoud n’est pas anecdotique.» Surtout, la présidente socialiste assure que la disposition défendue par le PLR empêcherait l’État de placer ses annonces dans un certain nombre de titres. Ce qui «amputerait» le Canton d’un moyen pour informer la population sur l’ensemble du territoire vaudois.

Le débat a commencé à se tendre. Alexandre Berthoud a taxé la présidente «d’ambassadrice» de Tamedia. Cette dernière a accusé le député PLR d’user de «mesures dilatoires». François Cardinaux, lui aussi PLR, a alors déposé une motion d’ordre pour renvoyer le projet en commission. Refus du député Berthoud: «Je veux finir ce débat aujourd’hui.» Refus également de la Verte Anne Baehler, qui a présidé la commission. «Il semblerait que les députés soient plus intelligents hors commission», a-t-elle lâché, amère.

«Le climat n’est pas propice pour trouver un accord général, a jugé Nuria Gorrite. Mieux vaut un bref retour en commission pour recréer un débat plus serein.» La motion d’ordre a finalement été acceptée par 66 voix contre 62 et 8 abstentions.

4 commentaires
    Mendriziotto

    Moi le seul qui me plaît, c'est 24 heures, en romandie Le reste non, Je paie pour via internet, je ne pense pas que les jeunes vont acheter les versions papier, maintenant qu'ils existent je dis oui