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AlimentationLes députés fribourgeois volent au secours de leurs betteraviers

Face à une forte perte de rendement des betteraves sucrières, plusieurs députés du canton de Fribourg ont déposé une motion demandant l’autorisation temporaire d’un insecticide et l’intervention de la Confédération.

«Si on ne fait rien, la reine des champs sera en voie d’extinction en Suisse romande», a déclaré le comotionnaire Fritz Glauser. (Photo d’illustration)
«Si on ne fait rien, la reine des champs sera en voie d’extinction en Suisse romande», a déclaré le comotionnaire Fritz Glauser. (Photo d’illustration)
KEYSTONE

Les députés fribourgeois veulent aider leurs betteraviers. Ils ont voté une motion intitulée «éviter la fin de la production de betteraves sucrières suisses», demandant au Conseil d’État d’user de son droit d’initiative et d’intervenir auprès des autorités fédérales.

La motion, déposée par les députés PLR Fritz Glauser et PDC Pierre-André Grandgirard, avec 51 cosignataires, a été acceptée jeudi par 59 voix contre 35 et 5 abstentions, après un débat animé. Elle demande d’abord l’autorisation temporaire de l’utilisation du produit «Gaucho», un néonicotinoïde servant à traiter les semences.

Le texte propose ensuite à la Confédération d’entreprendre les «démarches nécessaires afin de renforcer la recherche et le développement pour la lutte contre la jaunisse de la betterave et son vecteur de transmission, le puceron». Il s’agirait de trouver de nouvelles variétés de betteraves biologiquement résistantes.

Question du bio

Le comotionnaire Fritz Glauser a parlé d’une «situation alarmante». «Si on ne fait rien, la reine des champs sera en voie d’extinction en Suisse romande». Le député UDC Charles Brönnimann, lui-même betteravier, a estimé qu’une autorisation temporaire du «Gaucho» est «la meilleure des moins bonnes solutions».

«Il est minuit moins cinq», s’est alarmé Dominique Zamofing (PDC), en rappelant que le secteur occupait 2000 personnes en Suisse. Au soutien de la droite, ont répondu des élus de gauche beaucoup plus réticents. Les socialistes ont voté contre la motion ou se sont abstenus pour inciter le gouvernement à trouver une voie médiane.

«Les betteraviers bio n’ont pas l’intention d’arrêter leur culture, même si leur rendement est trois fois inférieur à la base», a dit la députée verte Sylvie Bonvin-Sansonnens. «Ce n’est pas le puceron qui tue la betterave suisse, mais son modèle économique». À ses yeux, il faut différencier le sucre indigène des produits étrangers.

Pertes de rendement

À cause de la jaunisse virale, les pertes de rendement s’élèvent de 30 à 50%, a indiqué récemment la Fédération suisse des betteraviers. À Fribourg, la betterave sucrière est cultivée par 296 producteurs sur 1430 hectares, soit 14,3 kilomètres carrés. Elle constitue une culture importante pour la rotation.

«Un hectare de betteraves fixe 40 tonnes de CO2», a précisé l’autre comotionnaire Pierre-André Grandgirard, appelant ses collègues à ne pas se montrer «dogmatiques». La récolte, qui s’est déroulée ces jours, laisse apparaître une baisse de rendement de 18 tonnes à 7 tonnes à l’hectare, a ajouté l’agriculteur qui cultive 7 hectares.

Le Conseil d’État, par la voix de Didier Castella, en charge de l’agriculture, a soutenu la motion. «L’autorisation temporaire permettra de sauver la filière», a-t-il insisté, en constatant un débat «complexe et sensible». Il faudra alors s’approvisionner à l’étranger, sans garantie sur la qualité.

Marche arrière

Le canton de Fribourg fournit près de 8% des betteraves sucrières suisses transformées dans la sucrerie d’Aarberg (BE). De 1994 à 2018, les semences de betteraves sucrières étaient traitées avec de l’imidaclopride, un insecticide de la famille des néonicotinoïdes, absorbé par les plantules et distribué dans la plante.

En 2018, l’Union européenne (UE) a interdit les néonicotinoïdes pour l’enrobage des semences en plein champ. En Suisse, les insecticides ont été aussi interdits, en raison de leur lente dégradation dans le sol et de leur toxicité pour les abeilles. Il n’existe actuellement aucun traitement alternatif ou insecticide d’efficacité équivalente.

Récemment, plus de dix États de l’UE, dont la France, ont accordé une autorisation d’urgence, limitée dans le temps. La démarche vise à sauver la filière.

ATS/NXP