AboConsommation en baisseLes entreprises suisses ont recours au chômage partiel
Les gens préfèrent dépenser pour les voyages plutôt que d’acheter des biens durables. Le marché du travail suisse va connaître un bouleversement.

Les Suisses sont d’humeur à consommer et à profiter de leurs jours de vacances. Les dépenses de voyage ont retrouvé leur rythme d’avant Covid, comme le montre le chiffre d’affaires de la compagnie aérienne Swiss au premier semestre. Parallèlement, les entreprises suisses envoient leur personnel en vacances forcées et annoncent des mesures de chômage partiel. La consommation est en effet déséquilibrée.
La raison en est les conséquences économiques de la pandémie, dont les effets se font encore sentir cette année. D’un côté, le tourisme connaît une forte reprise et profite du besoin de rattrapage. Au lieu de recourir au chômage partiel comme pendant la période Covid, les hôtels et les restaurants manquent désormais de personnel. D’un autre côté, les entreprises industrielles souffrent désormais du ralentissement de la demande de voitures, de téléviseurs, d’ordinateurs ou de matelas, qui contiennent des granulés, des additifs et des composants qu’elles fabriquent.
Vacances forcées chez Ems-Chemie en Suisse
Les consommatrices et consommateurs ont suffisamment couvert leurs besoins en biens durables pendant les années de pandémie et dépensent dorénavant leur argent plutôt dans les prestations de services. Mais cela a des conséquences sur l’industrie suisse et sur l’ensemble de la conjoncture. «Du point de vue de la consommation, les voyages et l’hôtellerie sont quelque chose de bien, mais la valeur ajoutée dans ce secteur ne peut pas rivaliser avec d’autres secteurs économiques plus importants», explique Jan-Egbert Sturm, directeur du Centre de recherche conjoncturelle de l’EPF de Zurich.
Le groupe de chimie de spécialité Clariant, basé à Bâle, a annoncé qu’il allait introduire le chômage partiel dans ses usines en Allemagne. Il est actuellement en train de négocier avec les syndicats à ce sujet. Le groupe, dont le siège social est à Pratteln, ressent la nette baisse de la demande pour les matelas Ikea, pour lesquels il produit la mousse, ainsi que pour les téléphones portables et l’électronique grand public, pour lesquels il fournit des produits ignifuges.

Le fabricant romand d’accessoires informatiques Logitech supprime environ 300 emplois en raison de l’effondrement des activités d’électronique grand public. L’entreprise saint-galloise VAT, qui fabrique des vannes à vide pour les secteurs des semi-conducteurs, des écrans et de l’énergie solaire, a mis 650 employés au chômage partiel en juin dans ses deux usines de Haag SG.
Ems-Chemie a mis au chômage partiel l’une de ses usines en Allemagne. Dans les usines suisses du groupe dirigé par Magdalena Martullo-Blocher, les employées et employés doivent réduire leurs heures supplémentaires et prendre des vacances forcées. En Suisse, la directrice du groupe absorbe les fluctuations des commandes par un modèle d’annualisation du temps de travail. Ems-Chemie dépend principalement de l’industrie automobile en Europe et en Chine.
Record négatif d’achats industriels
Le secteur chimique est considéré comme un indicateur avancé de l’évolution de l’économie. Comme il fabrique des matières premières pour les producteurs de biens de consommation durables, il est le premier à ressentir le ralentissement de la production. Cette année, une quinzaine d’entreprises chimiques ont lancé des avertissements sur leurs bénéfices, dont la plus grande au monde, l’allemande BASF.
Pour la Suisse, le dernier indice des directeurs d’achat nous renseigne sur l’évolution de la situation. Cette enquête interroge les acheteurs des entreprises industrielles sur leurs commandes de matières premières avec lesquelles ils planifient leur production future. L’indice, considéré comme le meilleur indicateur avancé pour l’industrie, est tombé en juillet à son niveau le plus bas depuis le printemps 2009. Plus encore, en termes de volume, les entreprises n’ont jamais commandé aussi peu que depuis le début de l’enquête en 1995, selon Claude Maurer, spécialiste de la conjoncture chez Credit Suisse.
Dans le reste de l’Europe, la situation est similaire à celle de la Suisse. Dans les autres pays, l’industrie s’affaiblit également, explique Claude Maurer. Il en va de même pour la Chine, où la reprise est faible après la fin de la pandémie ce printemps.
«Je ne m’attends pas à ce que les ventes de Noël soient fortes», déclare Conrad Keijzer, directeur général de Clariant. Selon lui, il n’y a pas non plus de reprise en vue en Asie en ce qui concerne la demande de nouveaux téléviseurs ou de téléphones portables. Conrad Keijzer revient tout juste d’un voyage d’affaires en Chine. Il y a fait le tour des centres commerciaux pour voir quel était l’état d’esprit de la clientèle. Ce qu’il a observé ne réjouit pas le PDG de Clariant: «Les centres commerciaux étaient certes pleins de gens, mais ils s’asseyaient dans les cafés et les restaurants et n’allaient pas dans les magasins pour faire des achats.»
«La tendance au plein-emploi s’est inversée.»
Mais que signifie le ralentissement de l’industrie pour le marché du travail suisse? «Cela va certainement laisser des traces. La tendance au plein-emploi s’est inversée», déclare Claude Maurer, expert conjoncturel de Credit Suisse.
Des entreprises comme Rieter, Arbonia et Dormakaba ont déjà annoncé la suppression de plusieurs centaines d’emplois chacune. Jan-Egbert Sturm, du Centre de recherches conjoncturelles de l’EPFZ, ne s’attend toutefois pas à de nouvelles vagues de licenciements. Aucune entreprise ne veut se retrouver sans suffisamment de personnel qualifié lorsque la croissance reprendra. En fin de compte, il y a toujours une forte pénurie de personnel. Le ralentissement actuel signifie plutôt que les entreprises n’engagent plus autant de nouveau personnel qu’il y a quelques mois.
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