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L’invitéLes forêts menacées par… l’obscurantisme scientifique

Philippe Delacrétaz réagit à des propos tenus au Conseil communal de Lausanne.

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KEYSTONE

Comme prof de sciences, ayant passé plus de trente ans à transmettre avec passion mes goûts et connaissances en sciences naturelles, j’ai été choqué par ce que j’ai entendu dire lors de la séance de février dernier du Conseil communal de Lausanne, qui devait décider de la création d’un Parc forestier périurbain dans le Jorat.

Je rapporte ici les propos de trois personnes – dont je tairai le nom et l’appartenance politique – que je considère comme de l’obscurantisme scientifique, un peu comme l’astrologie ou le créationnisme, qui reprennent de l’ampleur depuis deux ou trois décennies:
- «Une forêt livrée à elle-même périclite, sans défense face aux aléas de la nature; il suffit d’aller voir au Parc national des Grisons… et… la vocation première de la forêt qui est de fournir du bois. »
- «Vous pouvez dire que je raconte des bêtises, ce n’est pas le cas, c’est une réalité, la biodiversité ne va pas augmenter quand on laisse une forêt inexploitée!»
- «La compréhension urbaine et un peu théorique de la nature… à l’opposé d’une expérience pratique des Communes avoisinantes…»

«La forêt comme milieu naturel ne périclitait pas et se portait plutôt bien avant l’arrivée de l’homme»

Non, Mesdames et Messieurs les conseillers, auteurs de ces propos, la forêt comme milieu naturel ne périclitait pas et se portait plutôt bien avant l’arrivée de l’homme, même sans être gérée. Mais il ne faut pas confondre une forêt naturelle avec une forêt destinée à produire un maximum de bois. Cette option est, et a été, défendable. Tant que la démographie humaine est restée raisonnable et qu’il subsistait des poches de nature suffisamment étendues, la biodiversité a pu subsister.

Mais depuis longtemps ce n’est plus le cas: il a fallu mettre sous protection les forêts et les milieux humides. Puis on a dû laisser des champs en jachère et accepter des forêts plus sauvages. Actuellement on renature des cours d’eau; les milieux pionniers, sauf en montagne, n’existent quasi plus. Malgré cela, l’emprise humaine augmente toujours.

Plafonnement ou décroissance

À terme, c’est bien un plafonnement démographique qu’il faut atteindre au plus vite et même une certaine décroissance (heureusement, il y a aussi eu des prises de parole par des conseillers allant dans ce sens!) si on veut récupérer un peu plus de libertés.

À ce sujet j’aimerais citer un de nos grands philosophes, graveur et peintre animalier, Robert Hainard, qui disait: «Nous avons réduit notre reproduction naturelle… nous conservons hypocritement, pour maintenir l’expansion économique, un faible excédent qui nous mène… au désastre, tandis qu’un aussi faible déficit, sans effet ni sur notre morale, ni sur nos mœurs, ni sur notre bonheur nous mènerait à la détente.» Je tire cette citation de son livre «Le monde plein» de 1991, mais il tenait déjà des propos quasi identiques dans son livre «Et la nature? Réflexions d’un peintre» paru en 1943 (!) puis dans «Expansion et nature» en 1972.

Alors, faisons attention à qui nous choisirons lors des prochaines élections!